Pendant deux heures, la vigilance de Radulf eut l'occasion de s'émousser et son esprit de vagabonder dans la verte forêt. Il commençait à ranger l'incident du sapin agressif dans un carton destiné aux archives de son cerveau, mais la vue d'un petit groupe de voyageurs au devant d'eux raviva son attention. Il remarqua la nervosité des gardes du convoi et s'avança vers Aânkhti qui ouvrait la marche.
La vue de deux halfelins avait tendance à le rassurer, tout comme celle de l'humaine qui les accompagnait.
Faisant peser le manche de son morgenstern sur son épaule qui supportait en outre son sac à dos bien rempli, il approcha et manqua les premières paroles de sa comparse. Quand elle eut fini de parler il adressa au trio un sourire sincère et dit humblement, la main sur son pendentif divin :
"Bonjour à vous, que votre route soit pavée d'or par la grâce de Waukyne."Par ces mots il demanda à sa Déesse de pallier la faible acuité de son regard et de son intelligence. Il souhaita savoir par Elle si ces voyageurs avaient une longue route derrière eux, et si elle pouvait lui donner une idée vague de leur provenance.
Ces gens étaient habillés aux couleurs de la forêt mais peut-être venaient-ils de la capitale ?
Puis il écouta leur réponse à la question d'Aânkhti.
Il en profita pour apprécier un peu, à vue de nez, l'état général de leur mise : présence de poussière, de boue, trace de fatigue ou tout autre indice permettant d'estimer la durée et la nature de leur voyage.