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La semi-ogresse s'était réveillée avec un terrible mal de tête, rien de bien exceptionnel, mais tout de même, comme à chaque fois c'était douloureux. Bien sûr, elle ne s'en étonnait pas, et une fois de plus se dit qu'il faudrait qu'elle arrête de boire, une fois de plus elle n'avait rien vu venir et une fois de plus encore elle s'était retrouvée dans une sorte de traquenard dont elle n'avait pu se sortir indemne.
Frottant sa tignasse, et cherchant à rassembler ses souvenirs de la veille, elle se vit au port d'Eauprofonde, où des dockers lui avait payée un coup contre un coup de main. Pour elle, un classique pour se faire quelques pièces de cuivre, il faut rappeler que Marceline peut soulever à elle seule deux ballots de plus de cent kilos, un dans chaque main, et avec le sourire s'il vous plait. Alors évidement les gars des quais ne se privent pas de cette aide à bon marché. Et puis c'est toujours marrant de la faire boire la pauvre : ça permet de se moquer d'elle s'en qu'elle s'en aperçoive.
Et puis allez savoir pourquoi la soirée s'était prolongée sur un navire où elle s'était endormie, enfin où elle était tombée ivre morte, allongée entre les différents chargements de la journée. Bien évidement personne ne s'en était inquiété, et le navire était parti sans la réveiller. Bercée par la mer, elle n'avait peut-être pas passée une si mauvaise nuit. D'ailleurs quand elle se réveilla, la journée était déjà bien entamée.
A présent, elle se réveillait avec ce terrible mal de tête, et cette sensation de ne pas être au bon endroit au bon moment, ce sentiment que la vie ne vous aime pas et que rien ne va aller aujourd'hui. Cherchant à comprendre où elle se trouve, elle tend l'oreille, et entend comme des murmures, serait-ce des gens à côté qui se moquent d'elle ? Levant sa grande carcasse, elle empoigne son sac de bouteilles, et va voir : personne. Elle est juste au fond d'une cale avec les marchandises.
Prenant conscience qu'elle est sur un bateau, elle monte sur le pont et comprend que ce dernier va bientôt amarrer, elle voit la terre, la cote, le port. L'air frais lui fait du bien, elle regarde la ville, et toutes ces petites maisons, les rues, les gens, les commerces, les quais, quelques rayons de soleil : elle trouve ça beau. Toutes ces vies qui se mélangent, chacune différentes et pourtant formant une même harmonie.
Les marins du navire l'ont bien repéré, mais personne ne semble disposé à aller lui demander ce qu'elle fait là, de toute façon c'est un navire marchand, et même si elle était clandestine, personne ne viendrait le lui faire remarquer. Et puis qui sait, si elle aidait à décharger la cargaison, ce serait une demi-journée de gagnée.
D'ailleurs en arrivant c'est ce que lui propose les gars du navire, "un p'tit coup de d'main la grosse ? On t'paie un coup après". Evidement la semi-ogresse un peu perdue accepte, il faut dire qu'elle est toujours prête à donner un coup de main, elle à bon fond la Marceline. Aussi le travail est terminé avant que le soleil ne soit couché, et comme promis, les gars paient un coup, et un autre, et un autre, et un autre encore, et c'est- parti ! Malgré sa bonne résolution matinale, Marceline englouti autan de bière qu'il en faut pour ne plus savoir où elle est, ni même qui elle est. Il y a toujours ces murmures agaçants qui lui tournent la tête, c'est quoi ça ?
Quand elle sort de la taverne dont elle ne sait plus le nom, elle prend l'air dans la ruelle attenante, elle n'en sait pas le nom non plus. S'appuyant dos au mur elle respire l'air frais de la rue, même si ce n'est pas la meilleur odeur qui soit, et regarde le mur en face d'elle : chaque pierre est un peu différente, et pourtant se confond avec un tout plutôt harmonieux, l'esprit de Marceline vagabonde sur ces multiples entrelacs qu'un trait de Séluné vient enchanter : elle trouve ça beau, elle ne pense à rien, ça fait du bien.
Et puis elle a envie de s'allonger, de se reposer un peu. L'idée de dormir dans la rue ne la dérange aucunement, elle l'a fait des centaines de fois et cela se reproduira sûrement encore bien d'autres fois. Elle est habituée à vivre comme ça : en prenant ce que la ville lui donne, on dit qu'elle une "barbare civilisée", sorte d'oxymore qui en dit plus long sur la société que sur l'individu qu'elle désigne. En tout cas vivre à la rue ne la dérange pas. Elle sert son sac de bouteilles pour se rassurer : quoi qu'il arrive la soirée n'est pas finie.
Les murmures reprennent : Marceline cherche autour d'elle : mais qui la suit ainsi ? Ces voix sont elles intelligibles ? Elle se concentre comme elle peut pour essayer de comprendre, fronce à nouveau ses gros sourcils : il n'est peut-être pas l'heure de se coucher finalement. Marchant un peu au hasard de cette nouvelle ville qu'elle ne connait pas elle reprend peu à peu le dessus.
_________________ fiche Marceline
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