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La journée avait été emplie, plusieurs choses c’étaient produite, une arrivée, des murmures, une piste, un sentier, une bande de voleurs, une rencontre non négligeable et troublante, une entente importante, une rencontre et le repos. La chaleur de l’auberge épaississait l’air comme un manteau posé sur des épaules trop tendues.
Le bois craquait. Les voix se mêlaient. La bière moussait, l’hydromel coulait, et pourtant, sous le plancher, sous la pierre, sous l’île quelque Chose écoutait.
Marcy, qui jusque-là suivait les échanges avec l’attention d’un chien prêt à bondir, plissait les yeux à la dernière remarque de Dalkeorn. Pas vexée, juste intriguée et un peu opportuniste. Elle était bien au chaud, bien entouré, ventre et sac à vin bien empli.
Arkan hochait la tête avec ce sérieux prudent des hommes qui ont déjà trop survécu pour aimer les évidences. Il fit une remarque qui ne tombait pas dans l’oreille d’une sourde, au contraire la chaleur de la pièce montait d’un cran. Le parfum qu’elle portait semblait encenser l’endroit. Esmaralna, elle, sourit encore, néanmoins son sourire s’affinait. Elle aimait les gens qui résistaient. Cela rendait les jeux plus intéressants. Elle ne perdit pas les dires du prêtre, au contraire, sans le laisser voir et paraitre, elle étudiait, prenait des notes et plaçait tout bien en ordre. Et puis juste au moment où elle allait répondre à Arkan et Dalkeorn, un frisson parcourut l’ensemble des présents, pas juste pour eux, mais aussi dans les bois où les oiseaux quittèrent leurs branches, les mammifères cherchèrent à entrer dans leurs terriers ou fuir, la flore ne bougeait plus, ainsi que le vent qui avait cessé; un silence glauque s’était abattu.
Dalkeorn ne sursautait pas, cependant sa main cessait, une fraction de seconde, de bouger autour de sa chope. Il sentait qu’il avait été trop loin de penser qu’il dirigeait sa destinée, il réfléchissait avec les œillères de son dieu et non avec son propre esprit qui lui ordonné, méthodique, propre, ne lui permettait pas de voir au-delà du véritable. Il semblait saisir, néanmoins il ne contrôlait rien de ce qui se tramait, pourtant, pour lui, tout semblait si ordonné et clair.
Rugdol retenait sa gorgée de descendre, il comprit ce que les autres ne semblaient pas saisir.
Non senti sur lui un regard si sombre qu’instinctivement ou de prudence, il disparut dans l’ombre d’un coin de la salle.
Nancersan, semblait être le seul intouché par le moment et lui aussi comprenait réellement, l’ampleur de la quête.
Les murmures susurraient trop faiblement… pas forts, ni envahissants, juste présents, comme si la conversation et les pensées venaient d’être… notée.
Esmaralna inclinait légèrement la tête, comme si elle écoutait au-delà des murs, au-delà du possible et rieuse, elle poursuivit… -Intéressant, Dalkeorn!- Dit-elle doucement. -Vous parlez comme si le choix vous appartenait encore entièrement. –Il n’y avait pas de moquerie ni de menace, c’était un constat.
Pour Arkan, son regard se portait instantanément dans celui de Rugdol, Nancersan et Non qu’il ne voyait plus, reconnaissant en eux comme en lui, puis Esmaralna une gravité beaucoup plus grande que leur intellect.
La jeune fille effleurait la table du bout des doigts à défaut de le faire sur l'épaule droite d'Arkan et… -Les trois lieux ne sont pas des pièges. Ils sont des résonances, comme le dit Dalkeorn, ce sont des souvenirs, des songes et le sang… ce ne sont pas des directions, ce sont des états. - Son regard se posait sur Dalkeorn, prudent, calculé, sans trace d’envoutement ou de manipulation, juste net et précis… - Le lac n’est pas « évident ». Il est calme et le calme attire moins les chasseurs que le pouvoir. - Un silence, puis, derrière le mur, un très léger grattement, comme des griffes fines sur la pierre.
Marcy redressait la tête brusquement. Ses narines frémissaient, cherchant parmi les notes d’ambre gris d’Esmaralna, celle d’une connaissance dernière, oui, Sylveth, les poils gras, humide et rance. Cette odeur s’infiltrait entre les planches, entre les pierres… Elle souriait, car cette rate-garou avait été de bon augure pour elle.
Non voulut ouvrir la bouche pour plaisanter, mais il restait dans l’ombre, comprenant qu’ils n’étaient pas seuls.
Dalkeorn, ne tournait pas la tête vers le mur de pierre, il regardait le plancher. Le bois semblait respiré. Une vibration sourde, lointaine, comme un battement retenu, un cœur révélateur lui cognait dans les tempes, car ce qui dormait éveiller au tréfonds de Gemmaline était encore plus ancien que son dieu et le sarruk.
Rugdol ressentit une force, non pas magique, mais comme une essence pure, la source de toute force, tout comme Nancersan et Non. Arkan lui, cette force dépassait tout entendement. Esmaralna ressentit l’eustress avant la copulation. Dans le creux de leurs oreilles, une pensée fragmentée s’infiltrait… *« …Veiller…Choix…Pas seuls… »*
Esmaralna fermait brièvement les yeux pour savourer l'odeur de la transpiration du guerrier. - Il n’aime pas être ignoré trop longtemps. – Dit-elle sans préciser qui. Néanmoins, tous savaient, sans vraiment le savoir.
Encore, la même pensée avec la voix de Sylveth, pour ceux qui l’avaient déjà entendu, se fit entendre en eux… *Le Tharûn. Dûn-Kor, le Veilleur des Profondeurs. Il ne force pas, il observe et parfois… il rapproche les pièces. * Cette fois-ci, Marcy avait bien entendu.
La lumière de la salle restait chaude. La bière devenait amère. Le vin devenait âcre et trop tanin. Quelque part sous Gemmaline, quelque chose a compris que Rugdol, Nancersan, Non et Esmaralna ne se laisseraient pas guider comme des pions. Cela devenait intéressant, car parmi eux, l’Ordre œuvrait à coup de piété et auprès d’eux, une rage sommeillait, attendant d’exploser.
Le repas arrivait. Ils mangeaient comme si c’étaient leurs derniers repas, puis la digestion s’installait, sinueuse et avare des dernières forces de leurs corps. Les paupières se faisaient lourdes. Pour ceux qui n'avaient pas réservé de chambre, c'était le moment.
Cette journée approchait de sa fin, encore quelques disettes, et le sommeil gagnerait. Esmaralna ne semblait pas vouloir en finir là et ne cachait plus l’envie de passer au désert.
_________________ Seuls les morts ont vu la fin de la guerre, car tout le monde ne mérite pas une fin heureuse. Donc je ne suis pas là pour vous menacer. Je suis là pour vous tuer !
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