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Malgré une disposition au défis, l'azurin restait vif et attentif aux paroles du prêtre. Il s'agissait donc d'une chasse au trésor dans un cimetière... Le jeune homme n'était pas vraiment porté sur les contraintes cérémonieuses, mais il lui semblait tout de même que retourner les tombes n'était pas la plus saine des activités. Sans doute cela pouvait se justifier en prétendant que des individus moins scrupuleux n'hésiteraient pas, eux, à dévaliser avec sauvagerie les mausolées pour faire un bien funeste usage de l'objet. Enfin, les dévots devaient plus ou moins être en rapport avec tous ces interdits sacrés, et il les laisserait volontiers prier à sa place, pour savoir si oui ou non Tyr voyait d'un œil bienveillant les opérations.
Par contre, la perspective de parler avec un dieu l'intéressa bien plus profondément. Les mises en garde du clerc étaient loin d'être suffisantes pour réprimer son désir d'une telle communion. Même si le Juste n'était sans doute pas la plus ouverte des divinités, une occasion de sonder les plans supérieurs n'était jamais donnée à la majorité des mortels. Velykan aurait peut-être pu rester toute son existence à discuter Monde et philosophie avec un être aussi exceptionnel, n'aurait-ce été que par son âge, mais il songeait également à l'utilisation qu'il pourrait en faire lui-même. Qu'allait en faire les prêtres du Coeur Radieux une fois l'artefact en leur possession ? Solliciter, tous les cent ans, sinon jamais, un prétendu imperturbable, sous prétexte d'une amplitude rituelle, et conserver le reste du temps la relique dans un inventaire ? Non, la sagesse des divins pouvait éclairer les hommes, et il était du devoir du barbare de l'offrir à la société.
Le jeune homme, sortant avec difficulté de ses rêveries, se préparait à reprendre la parole, quand son compagnon le fit à sa place. Il s'en trouva gêné par une question qui révélait, d'après son propre avis, la manque de pratique des contrats de ce type. Il supposait que les employeurs, comme les commanditaires des chargements marchands, étaient souvent réticents à exprimer leurs motivations réelles. Il était opportun de chercher à les comprendre, mais inutile de leur demander, si ce n'était que de plus cela augmentait généralement leur méfiance et leur réserve : Velykan en avait fait plusieurs fois l'expérience avant de comprendre.
-Allez Elric, il n'a pas de compte à nous rendre.
Sur ces bonnes paroles, il amorça un pas vers la sortie. Il avait inconsciemment un peu plus d'affection pour le temple depuis qu'il savait qu'ils éprouvaient des difficultés avec la justice; une sensation qui balançait entre la compréhension, le soutien bienveillant et une certaine forme de jubilation qui provenait d'un sentiment de supériorité, en ce moment-là, de son éthique sur celle des dévots. La tête à demi-détournée, il lança finalement :
-Vous avez une idée d'à quoi ressemble votre objet ?
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