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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Dim 03 Nov 2013, 19:44 
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La tâche macabre semblait ne point avoir de fin ce qui ne manquait pas d'énerver la barbare. Elle jurait tout son saoul sur ces "vermines gigotantes" qui ne voulaient pas devenir "viande" et de toute manière, l'attrait pour leur chair lui était passée. Découpant par automatisme, il n'était pas question d'en ingurgiter la moindre miette.

_ ça donne pas trop faim...
Lâcha-t-elle même, à son compagnon qui tailladait avec opiniâtreté de son côté.

Cherchant une meilleure idée, elle se rendit compte que le vent se levait de plus en plus avec une certaine angoisse. Il était temps de rentrer ou ils auraient toutes les difficultés du monde à retrouver leur chemin... Elle entreprit d'empaqueter les morceaux de chair devenus inoffensifs dans un baluchon guettant l'horizon.

_ Faut qu'on se casse, l'elfe. Le vent va effacer nos traces, bouger les dunes et brouiller les repères, annonça-t-elle anxieuse. On empaquète la bidoche. Je boufferai pas cette merde ! Par contre, on pourra s'en servir pour attirer d'autres bêtes mangeables. Des appâts, hein. Mais à côté du repaire. Là on est trop loin...

Elle attacha comme elle put son linge et se leva prestement pour remonter leurs traces.

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Lun 04 Nov 2013, 18:48 
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L'elfe était également dépité par ce manque d’envie de mourir de la part des vers.
Il mis un peu de la bouillasse grouille des vers dans une sorte de baluchon fait avec le bas de sa cape.


Tu as raison, dépêchons nous de rentrer.
Je vais semer un peu de cette purée le long du chemin, en espérant qu'une bestiole plus intéressant suivra la piste.

Zancar joignit le geste à la parole et emboita la pas de la velue.

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Lun 04 Nov 2013, 21:36 
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les deux chasseurs rentraient en pressant le pas, soucieux de ne pas perdre la piste de leur refuge. tous en marchand ils laissaient de leur 'viande', enfin de la pâte informe et caoutchouteuse qu'ils avaient récupérées sur les lombrics précédemment tranchés.

Après quelques heures ils retrouvèrent le lieu et virent Ryn en pleine discussion avec Himmit. Et tout comme le lombric se régénère, le problème de la nourriture restait presque entier. d'ailleurs nos héros commençaient à avoir faim !!!



la suite

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Dim 13 Avr 2014, 14:32 
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Ainsi Elifern après avoir subi un déluge de coups, vit une lumière blanche, qui semblait l’attirer. Il faisait bon, il faisait chaud, ça sentait bon le sable chaud … Mais alors que tout semblait devoir se finir dans la douceur et dans la joie, une main glaciale attrapa l’âme d’Elifern et la fourra dans une sorte de sac glacé et hérissé de piquants. La femme chien ressentit une peur comme jamais. C’était si primaire, si fondamental, si brutal … Puis la pauvre fut jeter sur une surface dure et inquiétante.
Elifern souffrait le martyr dans un corps qu’elle n’avait plus, une sensation très désagréable. De la douleur à l’état pure, une douleur capable de vous rendre fou au point d’y préférer la mort pour que tout s’arrête. La Mort ? Elle devait être juste là :

- à deux doigts,

-à un pas,

- à un cheveu,

- à une griffe …

Une voix qu’Elifern reconnu lui adressa la parole d’un ton autoritaire et empli de suffisance :


-Comme on se retrouve …
Je savais vous revoir, mais je ne pensais pas si vite.
Bien, j’ai un marché à vous proposer, mais êtes-vous disposer à m’écouter ?


La douleur rendait forcement la conversation pénible, et la barbare avait du mal à voir exactement d’où venait cette voix, mais elle reconnue très clairement la voix du prince diabolique.

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Dim 13 Avr 2014, 18:56 
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La mort n'était pas si terrible après tout... la femme-bête flottait dans une quiétude qu'elle n'avait encore jamais ressentie. Une profonde harmonie, baignée de bienêtre réellement "physique", bien qu'elle n'ait plus aucun corps pour l'exprimer, avait saisi son essence. L'incarnum, cette force atemporelle qui donnait vie aux âmes luisait partout autour d'elle. Des formes brumeuses bleutées animaient le désert qu'elle était en train de quitter. Plus bas, sa dépouille, son corps de femme lui semblait étranger, déjà si lointain. Elle s'attarda un moment à regarder ses ex-compagnons de route, sans émotion, libérée du joug de ses passions violentes. On disait, chez les siens, que la mort efface toutes les folies de l'ego, et la femme-bête goûtait aujourd'hui toute la réalité de cette affirmation.

Son corps couvert de ses quatre bras et de sa carapace, son héritage mystique, se désagrégea sous ses yeux. Elle vit l'incarnum se dématérialiser en volutes azurées. La substance des âmes rejoignait la masse indistincte de l'ensemble, cet ensemble qui contenait tout. Toutes les expériences de vies, toutes les intentions qu'avaient pu avoir les consciences individualisées retournaient à cette ensemble portant tous les souvenirs de chacun. Dans cet état transitoire, elle comprit finalement l'essence de ce qui avait été son pouvoir sans qu'elle le sache. Cette forme de conscience apersonnelle et sans frontières, nourrissait les êtres qui s'incarnaient, donnait corps à leur âme et était nourrie en retour par ceux qui mourraient. Il était légitime de rétribuer cette fonction partagée, le moule qui modelait son âme, par ses propres expériences. C'était au sein de cette masse d'expériences de vie, que son pouvoir allait puiser. Et tandis qu'elle voyait se dématérialiser ses amalgâmes sous ses yeux, elle contemplait cette énergie qui retournait à son endroit spécifique, celui des girallons et autres tarasques. Il était étonnant de constater comme cette masse bleutée, infusant le monde mais invisible pour les vivants, pouvait être si spécifique et si générale tout à la fois. Un paradoxe que l'âme morte d'Elifern résolvait aisément lorsque son esprit étroit n'aurait que buté dessus sans échappatoire logique...

Elle vit son chien, son brave Tsang'Grimst si jeune et si inexpérimenté, se faire assassiner à son tour. Sa seule faute avait été de suivre son cœur, d'être loyal à sa maîtresse. Elle vit également son âme se démêler avec hâte et rejoindre l'incarnum libre. Elle comprit, encore sans réfléchir, à cet instant que les âmes d'enfant filaient plus aisément vers la masse dont ils avaient été extrait et que les plus anciennes, comme elles s'attardaient, prisonnières de leur plus forte personnalité individuelle, avaient une cohérence qui était plus longue à défaire. Un tissu d'âme plus complexe qui ne se fondait pas immédiatement dans l'ensemble indifférencié. De l'âme du jeune chien de Yeth, il ne subsista très vite plus grand chose. Et tandis qu'elle s'acheminait vers les hauteurs de ce désert sans formes noyé sous les flots de l'incarnum, elle put observer Tsang'Grimst se dissoudre dans le Grand Tout.

En paix, son âme s'enfuit plus haut, délaissant la scène macabre et ses compagnons d'infortune. Elle n'avait plus de regrets en elle. Plus ni haine, ni esprit de vengeance. "Je suis ce que je suis", ces mots que la très vieille chamane du clan Vastanar, celle qui lui avait donné son nom, Elifern, avait parfois prononcés, prenaient une dimension singulière à la lumière de son état présent. Elle dériva bientôt trop haut pour ne plus rien distinguer qu'une vaste étendue baignée de vapeurs indigos et elle aurait probablement poursuivi son chemin s'il n'y avait eu cette main invisible.

Elle se sentit saisie. D'une étreinte immatérielle mais tout à la fois écrasante. Elle aurait voulu se débattre, refuser cette contrainte alors qu'elle avait déjà échappé à un corps rigide, mais elle n'avait aucune ressource en elle, pas un bras pour repousser ni un tronc pour se tortiller, rien qui puisse résister à la coercition. Elle perçut qu'on malmenait son âme, la soustrayant à son cheminement logique : n'avait-elle point mérité le repos des guerriers ? N'avait-elle pas le droit de rejoindre le bleu nuit des âmes, comme son chien ou ses amalgâmes ?

Apparemment pas. Ce fut fulgurant et atroce : une douleur insupportable, bien supérieure aux coups de hache traîtres du demi-géant sans couilles. Le supplice était d'autant plus intense que son âme avait déjà goûté un soupçon de paix, de cette paix des morts, cette complétude fascinante. La femme-bête n'était pas destinée à cela.

Allait-elle déchoir aux Abysses ? Une peur immense fit frémir ce qu'il restait d'elle tandis qu'elle souffrait le martyr. La terreur, le mal à l'état pur. Implacable et impossible à situer dans cette enveloppe non charnelle et dont la source n'était, elle non plus, point localisable...

Puis elle reconnut la voix du Prince diabolique qu'elle avait espéré ne jamais recroiser. Le petit être exécrable devait la fixait, arborant son sempiternel ton suffisant. Avec un écho, digne d'une cathédrale, elle perçut ses palabres. C'était donc lui qui l'avait tirée de son devenir pacifique ? C'était lui qui lui refusait la fusion avec l'incarnum ? Elle le détesta de toutes ses forces : sublimant la souffrance, elle canalisa sa haine retrouvée contre le petit prince. Elle s'agita et, sans mesure, folle de douleur et de terreur, voulut lui répondre :


_ Va t'faire enculer sale bâtard !

:HRP: Elle est en forme ? Je crois qu'elle est en forme, ouais :ange:

EDIT : j'ai relu ton post et j'ai bien fait : j'ai pas vraiment de corps on dirait ^^

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Mer 16 Avr 2014, 19:47 
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Au moment où Elifern prononça ses paroles, elle prit conscience de sa petitesse et de sa dérisoire colère face à l’engeance qui lui tenait tête. Cette fois ci le rapport de force ne serait pas en sa faveur, et elle le sentait du plus profond de son être. Son instinct de chasseresse pressentait que cette fois ci elle serait la proie, et chose beaucoup plus inquiétante, elle n’avait aucune issue. Son âme, qui somme toute était la seule chose qui lui restait, ou devrions nous pensez, la chose qu’elle restait, semblait enfermée dans une sorte de bulle de verre sans issue et sans aucune faille. La prison parfaite. Le prince tenait cette goutte dans la paume de sa main et la faisait rouler tel un jouet sans importance. Il le faisait si bien, qu’il était évident que cette âme n’avait aucune valeur à ses yeux. Tout en regardant ailleurs et semblant préoccupé par autre chose, le diabolique répondit à l’insulte :

-C’est bien, déteste moi, ce sera la base de notre relation. Plus ta haine sera grande et plus j’aurai le pouvoir sur toi, j’adore ça, c’est un de mes jeux favoris : mater les petites écervelée qui se croient plus malines. En fait je me demande qu’elle est la part d’humanité en toi par rapport à celle de sauvagerie. Nous allons voir.

Tout en parlant, Elifern sentait le doigt du prince s’enfoncer démesurément dans sa gorge. Ajouter à la douleur ambiante, une sensation d’étouffement finie par prendre le dessus. Le doigt s’enfonçait si profondément que la femme chien pouvait le sentir chatouiller son estomac, c’était répugnant. Un gout immonde envahie son âme toute entière, elle était au bord de l’inconscience, mais curieusement n’y parvenait pas vraiment. La sensation de basculer dans le vide mais sans jamais tomber
. La petite voix reprit :


-Voilà ce que je vais faire, pendant une année tu vas nettoyer les latrines de mes esclaves les plus immondes, ça te laissera le loisir de réfléchir à la réponse que tu fourniras la prochaine fois que je te poserai ma question. Enfin, c’est dans le cas où tu comprends ce qui se passe. Sinon, et bien tu tireras des charettes de fientes pour l’éternité, ce n’est pas travail qui manque ici.


Un lourd silence retomba, la presence diabolique quitta Elifern. Elle pouvait parler à present.

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Jeu 17 Avr 2014, 08:33 
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La force du maelstrom émotionnel dans lequel était plongée la femme-bête n'avait d'égale que la douleur que l'avatar du Mal lui faisait subir. Sa prison de verre était un réceptacle, au même titre que son corps disparu, livré par des traîtres aux charognards du désert, et elle venait de s'y incarner dans la peine et la terreur. On dit que l'accouchement est une souffrance qu'un adulte ne saurait supporter ; il semblait bien qu'Elifern goûtât le retour à ses passions de la plus cruelle des façons. Une mise bas qui portait bien son nom tant elle touchait le fond à présent. Son âme réintégrait soudainement son caractère revêche tout autant que ses repères identitaires en devant assimiler des sensations pour le moins inhabituelles, telles que ce doigt géant fouaillant ses tripes, dans une extraordinaire perception de sa petitesse : un titanesque ouragan cognitif. De quoi briser n'importe qui...

Elle aurait tant préféré la mort, cette dissolution paisible de son expérience personnelle dans l'Incarnum. Et peut-être, le reste, son identité aurait-elle été digne de rejoindre son divin maître, le Seigneur Bestial ? Mais elle n'en saurait jamais rien. Il était parfaitement clair qu'elle n'échapperait d'aucune manière à ce tortionnaire implacable. Elle ne goûterait point de repos. Ni ne rejoindrait les séides de son dieu. Elle n'était plus rien que le jouet des misères dont voulait bien l'affliger la pire et la plus dangereuse des créatures qu'elle eût jamais rencontrée.

Aussi, lorsqu'un doigt immatériel quitta la panse puis la gorge d'un corps qui n'en était plus un, la chose la plus puissante qui se manifesta dans les tréfonds de son âme, fut sa volonté de vivre : le noyau dur enfoui au cœur de son être. Tout en elle avait depuis le début été inspiré par un profond instinct de survie. Elle se revit, à cet instant, à son premier souffle puis dans la fange d'un chenil laissé à l'abandon. Elle ressentit la détresse du nouveau-né sans mère, voué à l'extinction alors même qu'elle n'avait pas encore vu la fin de son premier jour. Elle se remémora cette présence, auréolée de perceptions aux formes et aux couleurs chaotiques, qui l'avait vue et ramassée. Une simplicité salvatrice qui répondait à une absolue volonté de survie chez un nourrisson qui luttait pour échapper à son funeste destin. Des crocs qui la saisirent non pour tuer mais pour broyer sa vie d'humaine et lui en offrir une autre. Ainsi saisie par la gueule de sa mère chienne, son instinct de conservation, la marque de sa forte personnalité, avait su trouver une échappatoire.

La femme-bête venait de perdre ce destin inféodé à la meute. L'elfe s'était révélé tel qu'il était réellement : il n'était pas un frère de clan mais un assassin qui se réclamait d'un honneur fallacieux et tuait par traîtrise. Et elle avait négligé la couardise du demi-géant qui ne s'était point soumis mais aiguisait plutôt son esprit revanchard, attendant patiemment comme une araignée, que les conditions soient réunies pour cracher son venin lorsqu'elle avait été vulnérable. Dieu, qu'elle aurait dû le tuer devant les portes du château ! Qu'elle avait été sotte de les considérer ainsi. Quelle terrible désillusion sur leur comportement et sur sa propre bêtise ! Elle n'avait vécu que sous l'angle de la meute et de ses règles élémentaires régies par la domination et la soumission. L'évidence lui apparaissait cruellement à présent : les êtres pensants ne comprenaient rien à l'ordre naturel. Ils ne devaient absolument pas être traités comme des frères de meute. Même le serpent, si souvent décrié, ne savait se permettre la négation des valeurs fondamentales. Elle avait fait fausse route et trahi la voie offerte par sa chienne-mère. Tout était à recommencer...

Une vie était consommée. Une seconde se présentait où il ne devait normalement plus y en avoir. La chance restait à saisir : comme autrefois, l'instinct qui avait reconnu la chienne, vit au travers du fils de diable, un exutoire potentiel. Lorsqu'elle put enfin parler, la pauvre chose sans destin qu'était devenue la fière barbare tuigane, s'inclina d'un ton pressé :


_ Attends ! Je t'en supplie : je ferais ce que tu voudras ! Implora-t-elle dans une détresse incroyable. Ne me laisse pas moisir dans la merde. J'écoute ta proposition !

La fierté n'était rien lorsqu'il était question de vie ou de mort. Elifern n'avait jamais considéré les choses autrement. Le faible se soumet à celui qui le domine. Ou il crève. Et l'asservissement insipide qu'il lui promettait n'était pas loin du tourment éternel qu'on promettait aux âmes perdues aux Enfers : il devait y avoir une alternative...

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Mer 04 Juin 2014, 08:56 
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Le labeur avait été épuisant et son corps meurtri la faisait souffrir le martyr. La fatigue eut pourtant rapidement le dessus et elle sombra dans la bienfaisante inconscience du sommeil qui libère de cette prison charnelle pleine de douleurs. Et tandis qu'elle sombrait, elle se sentit aspirée vers le haut dans une sensation de légèreté et de vitesse vertigineuse. Une sensation qu'elle avait déjà ressentie auparavant...

Elle était dans une clairière sombre baignée de teintes de gris. Des arbres aux arêtes tranchantes encadraient un terrain nu de pierres et de cendres. Curieusement, il lui semblait qu'aucune couleur ne venait à percer : tout n'était que nuances de noir et de gris. Un tableau monotone qui sentait la désolation et la mort.

Elle suffoquait. Ce lieu lui volait sa vie. Elle sentait ses forces la quitter comme si un million de sangsues la drainaient de son sang. Elle se desséchait comme une plante que les ondées évitent dans un sol aride. Un sentiment d'impuissance l'envahit : elle se sentit toute petite, pitoyablement fragile et esseulée. Un sentiment qu'elle n'avait plus ressenti depuis sa tendre enfance. Un sentiment étranger à Elifern, la terrible femme-bête : la perception cruelle de sa vulnérabilité.

Paradoxalement, tandis qu'elle voyait ses forces vives la fuir en tentant vainement de les retenir, les couleurs prirent autour d'elles des valeurs de bleu et de rouge francs de plus en plus marquées. Des feuilles rouges jaillissaient des branches noires tandis que des bourgeons explosaient des ramures tranchantes. Des fleurs éclatantes d'un bleu roi luisant poussaient au milieu des touffes de feuilles. Le sol inégal se couvrit bientôt d'une prairie écarlate laissant venir de petites fleurs des pâturages aux teintes violacées ou azurées. Curieusement, la végétation semblait pousser par à-coups, au même rythme pulsatile que celui qui la privait de son énergie comme si le monde se nourrissait d'elle...

Et il s'en nourrissait ! Elle s'affaissait, tombant vers le sol et son regard s'en vint bientôt au niveau de la bruyère sanguine. Elle put voir le ciel sombre se gorger de pétales de fleurs de tous les tons de bleu qu'un vent arrachait aux arbres et faisait tournoyer au-dessus d'elle comme pour la narguer, dispersant son essence volées sans vergogne. Elle n'avait plus la force de s'en émouvoir. Elle était figée, incapable de diriger même son regard...

Une présence...

Avant de le voir, qu'il n'apparaisse à sa vue, elle sut : l'émissaire sombre aux yeux de braise se tenait droit devant elle, puissant et charismatique. Encadré par un ballet de feuilles et de pétales, une valse azur et écarlate, il la fixait sans mot dire. Elle voulut le supplier de l'aider, tendre une main désespérée pour être ramassée par son protecteur mais elle ne pouvait rien faire que le voir, impassible, contempler sa mort.

Ses forces s'amenuisaient et son regard se fit trouble : la silhouette de l'être simiesque à quatre bras devenait de plus en plus floue. C'était la fin. Tout devint noir. Les ténèbres sans goût, sans odeur, sans forme. Cette fois, c'était bel et bien fini...

Une tension brutale. Comme un choc électrique ou un coup de fouet. Elle hurla.

Du fond de son être, une étincelle jaillit pour devenir son seul repère : comme un joyau, elle tenait son essence, une larme de vitalité cristallisée qui ne demandait qu'à sourdre au-delà de ses frontières. Une rage prodigieuse l'envahit soudain, la débordant. Comme un cœur battant silencieusement à ses tempes, l'influx la grisait. Elle menaçait d'exploser.

Puis, d'un coup, elle perça la nuit. L'émissaire était là, la regardant de toute sa hauteur. Mais elle s'élevait doucement comme une jeune pousse bien nourrie, arrivant progressivement au niveau de ses genoux, de sa taille, de son torses, de sa gorge... Lorsqu'elle croisa ses yeux écarlates elle hurla d'un son qu'elle n'avait jamais encore entendu : une sorte de crissement suraigu à vous percer les tympans.

Elle poursuivit son ascension dépassant la stature de l'émissaire. Elle constata que le sol était jonché des fleurs et des feuilles en décomposition dont l'éclat n'était plus qu'un souvenir. Elle s'en nourrissait. Une nouvelle vigueur brumeuse, incertaine baignait son être. Elle ne se sentait pas de frontière, pas de dureté ni de souffrance. Son essence renouvelée coulait comme un filet d'eau claire sur le flanc d'un rocher.

Les arbres étaient à nouveau nus. Lorsque plus aucune couleur ne subsista sur le sol rocheux, elle sentit qu'elle rapetissait. Avec douceur, sa haute stature diminua jusqu'à retrouver son niveau habituel, face à la taille du serviteur de Malar, et se stabilisa. Elle n'était plus tout à fait la même ; quelque chose en elle avait changé mais elle n'aurait su dire ce que c'était. Elle se sentait... libérée d'un poids...


Ta rage de vivre est encore tenace, femme-bête, s'exprima alors l'émissaire de sa voix de basse, caverneuse et surnaturelle. Je te pensais brisée mais tu sembles finalement digne des efforts que j'ai consenti à ton bénéfice. Le Seigneur Bestial me commande à nouveau de veiller à ce que tu lui sois utile. C'est ta dernière chance. Je détruirais ton âme personnellement si tu fais montre de la moindre faiblesse. Ne me déçois pas ! Tonna-t-il.

Il se ramassa et bondit d'une impulsion prodigieuse qui l'envoya au loin à une distance incalculable. En un instant il était devenu un point éloigné dans le ciel gris-noir. Ce bond laissa une effroyable sensation nauséeuse à Elifern qui digérait déjà tout juste les mots et leurs conséquences ; quelque chose d'impensable, qui vous secoue jusque dans les fondements de votre perception... Elle se sentit tournoyer sur elle-même...

Elle s'éveilla dans son corps meurtri d'esclave en sueur. Ce rêve qui n'en était pas un, venait de poser le dernier clou sur le cercueil d'Elifern Vastanar, la fillette fougueuse assassinée par deux traîtres. Elle comprit qu'elle venait de passer une nouvelle épreuve qui aurait signifié sa fin. La mort rôdait autour d'elle sous bien des aspects mais ce à quoi elle venait d'échapper était pire que la mort. Pire, elle aurait perdu l'attention de son dieu. Elle aurait été bannie, délaissée. Un jouet délavé, sans essence aux mains d'un demi-diable exécrable voué à la servitude. Une existence insipide devant laquelle l'Enfer était presque préférable.

Elle venait de jouer plus que sa vie cette nuit : sa flamme, son âme avait bien failli disparaître, dévorée par sa propre faiblesse. Et elle en ressortait grandie ! Un second souffle : voilà ce que l'émissaire venait de lui offrir. Même si cette enveloppe charnelle était une prison dont le diable l'avait affligée et qu'il détenait son âme par des moyens magiques, il n'était rien en comparaison d'un dieu.

Elle avait un espoir à présent : un jour, elle regagnerait sa liberté ! Mais plus important encore : elle avait un but et une destinée. Malar la surveillait.


_ Je ne te décevrais pas, Ô Seigneur Bestial... Souffla-t-elle avec une conviction totale, seule, sur sa couche.

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Mer 04 Juin 2014, 08:57 
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Les jours passaient et se ressemblaient tous... La répétition des corvées étaient particulièrement abrutissante et avait le don de ronger toute velléité, toute volonté de sédition. Ses coreligionnaires en étaient réduits à l'abandon. Elle le sentait très clairement : ils avaient échoué à conserver la moindre trace de fougue. Ils étaient comme des bêtes affamées s'entredévorant. Ils projetaient leur abîme personnel les uns sur les autres. La haine régnait en maîtresse incontestée sur les cachots. Si certains n'avaient pas été mauvais à l'aube de leur existence, tout ce qui restait d'eux était perdu à tout jamais. La servitude, les châtiments mérités ou non, les privations et l'ambiance suintant la vilénie du château du Prince, tout participait à priver les individus de leur force.

Elifern observait des comportements primitifs chez les autres esclaves qui lui rappelaient nettement ceux de bêtes féroces qu'on aurait entassées dans un lieu par trop confiné. Les jeux de dominations, soumissions, alliances s'appliquait dans les cachots et dans les corvées. Il était vital de rester vigilant : ceux qui montraient des signes de faiblesse ne mangeaient pas à leur faim. Et puisqu'ils ne mangeaient pas, ils s'affaiblissaient davantage et devenaient inutiles aux travaux. Il semblait qu'ils étaient alors remplacés par de la chair fraîche. Les plus anciens régnaient férocement : il s'agissait des plus forts, des plus impitoyables et donc des plus aptes à la survie. Leurs saloperies lui firent oublier bien vite la traîtrise de l'elfe et du grand couard : à côté, ils n'étaient que des enfants de cœur. Mais l'expérience lui avait servi de leçon : elle s'était juré de ne plus bâtir aucune forme de confiance envers des êtres pensants. Ils n'étaient bon qu'à être matés, détruits ou obéis.

Le nouveau corps que lui avait octroyé le diable ressemblait fort à son ancienne carcasse aujourd'hui bouffée par les vers du désert. Elle n'avait pas eu trop de difficultés à s'y habituer : ses gestes avaient été saccadés et malhabiles les quelques premiers jours mais elle avait su s'y faire et si elle était encore prise au dépourvu et déséquilibrée par des coins de mur ou des défauts du sol, ce n'était toutefois plus aussi gênant pour être efficace dans son labeur. Et cela diminuait considérablement le nombre de coups de fouets et les tours vicieux de ses camarades. Cette facilité à prendre possession de cette enveloppe charnelle avait été décisive pour sa survie, elle en était convaincue.

Son incursion aux portes de la mort lui avait permis de développer son lien avec l'Incarnum. Elle était capable de voir à présent la Mer des âmes couler et infuser le monde et les individus avec une aisance stupéfiante. Et elle comprenait parfois des choses, des éclairs de savoir sans pour autant se l'expliquer. Cependant, elle n'était pas encore parvenue à remodeler sa propre essence pour reforger ses attributs bestiaux. Curieusement, elle n'était pas inquiète : elle savait qu'il ne s'agissait que d'une question de temps. Son âme ne collait pas encore tout à fait à son corps. Ou peut-être que quelque chose l'en empêchait. Qui savait ?

Et puis, elle n'avait pas eu besoin de cela pour se faire respecter : le premier soir, l'un des plus affreux individus qu'elle ait jamais senti d'aussi près avait tenté d'abuser de son corps encore mal maîtrisé. La Rage guerrière puisée dans l'Incarnum avait alors envahi sa chair infusant comme auparavant tout son corps de sa puissance : ses mouvements autrement gauches étaient devenus puissamment précis. Le malheureux n'avait eu qu'un instant pour hurler avant d'avoir la trachée arrachées et la nuque brisée. Elle l'avait roué de coups jusqu'à épuiser toute sa furie : la bouillie sanguinolente qu'elle avait laissé dans le cachot avait laissé une tâche indélébile sur le sol aussi bien que dans les esprits des prisonniers. Depuis lors, plus personne n'avait cherché à lui nuire de quelque manière que ce fut.

Elle dormait donc avec sérénité sans plus se soucier du menu fretin tel le prédateur trop gros pour être inquiété. Il faudrait qu'elle renouvelle les mesures de cruauté, s'était-elle fait la réflexion : ils finiraient par croire qu'ils auraient une chance sinon. Patiente, elle les surveillait toujours, décelant les plus audacieux, les plus traîtres et les meneurs des coulisses, les pires. Oui, il faudrait qu'elle en tue un pour l'exemple de ces petites vipères, ces rats lâches comme ce stupide demi-géant qui n'avait de couilles que pour s'avancer traîtreusement...

En attendant, elle allait bientôt quitter ce monde sans espoir pour rejoindre sa bouffée d'oxygène. Elle avait une porte de sortie dérobée qu'elle exploitait la nuit tandis qu'elle dormait. On lui délivrait des enseignements sur l'art du combat. Un entrainement fastidieux mais ô combien utile. Tant pour son propre mental que pour son avenir ; n'était-elle pas morte bêtement comme le lui avait fait remarqué l'Esprit de la Meute, parce qu'elle fonçait toujours tête baissée plus bête qu'une bête ?

Elle avait besoin d'évoluer, c'était clair. Une mort était un bon facteur pour vous faire avancer si d'aventure la providence trouvait opportun de vous ressusciter !

Elle tenait maintenant sa seconde chance : le diable y avait veillé et même si elle s'en serait bien passé, elle avait appris le soir même de sa réincarnation qu'on lui offrait une véritable renaissance lorsque l'émissaire l'avait soumise à l'épreuve. Les rêves s'étaient poursuivis chaque soir où sa condition physique et mentale semblait le lui avoir permis. Dès le lendemain, par exemple, elle avait fait la connaissance des Esprits de la Meute...

Elle s'était envolée vers le royaume lugubre qu'aimait à façonner l'émissaire. Elle avait retrouvé la clairière de la veille. Tout y était sombre. Elle sentait qu'elle était déjà venu mais elle était incapable de se souvenir quand. Ce genre de sentiment indéfini, un goût de déjà-vu.


Elle tourna sur elle-même : elle se sentait observée. Ses mauvais yeux d'humaine ne lui laissaient pourtant pas déceler la menace. Mais pouvait-on réellement parler d'yeux dans un rêve ?

Elle rêvait !

C'était peut-être la première fois depuis qu'elle avait rencontré l'émissaire, qu'elle se faisait cette réflexion. Avant, tout avait paru si naturel qu'elle ne s'était même pas posé de question. Elle se rendit compte qu'elle n'avait jamais eu la direction de quoi que ce fut : telle un animal, elle n'avait fait que suivre sans s'interroger, réagir sans y penser.

Et aussi naturellement qu'elle avait pris conscience de ce fait, elle émit l'intention de lever ses mains devant elle et vit apparaître deux pattes glabres aux longs doigts blanchâtres. Elle examina tout son corps, ce qu'elle pouvait en voir : c'était bien le sien. Elle était nue comme un vers.

Soudain, un frisson glacé lui courut sur l'échine. Comment avait-elle pu négliger le danger perçu un instant avant ? Elle était cernée par les loups ! Des loups noirs et gris dont les silhouettes fantomatiques se mouvaient silencieusement autour d'elle.


_ Nous sommes l'Esprit de la Meute, persiffla une voix nasillarde un rien menaçante.

Elle se tourna cherchant celui qui venait de lui adresser la parole. Ils se ressemblaient tous et pas un ne semblait se détacher du lot. Un son semblable à un rire grinçant se fit entendre. Il résonnait comme si plusieurs rires s'additionnaient ou comme si son écho se répercutait. Elle eut l'intuition qu'ils n'avaient pas besoin de bouche à proprement parler pour communiquer.


_ Nous sommes là parce que tu nous as déçu, lança le concert de voix à l'unisson avant de laisser filer un nouvel éclat de rire.

Elle voulut protester. Qui étaient-ils ? Comment avait-elle pu les décevoir ? Se connaissaient-ils ? Elle chercha le chemin de sa voix. En vain... Les rires crissants repartirent de plus belle. Ils étaient prodigieusement agaçants !

_ Tu es morte parce que tu ne sais pas te battre...

Ils avaient du culot de lui dire cela ! A elle ? La puissante chasseresse ? Elle sentit la grogne lui monter au nez : ce n'étaient pas quelques loups qui allaient lui faire peur !

_ Tu as échoué parce que tu n'es qu'une imbécile... continuait la voix, sans pitié. Tu as abandonné ceux que tu appelais les tiens. Par ta bêtise tu les as tués, ceux qui te protégeaient. Femme couarde ! T'étais pas digne de diriger la meute ! Tu aurais dû crever à leur place !

Cette fois-ci c'en était trop ! Leurs accusations pointaient la disparition de ses compagnons canidés : le souvenir fut assez vif et douloureux pour réveiller quelque chose en elle : du fond de ce qui devait être sa gorge monta un râle qui enfla jusqu'à devenir un rugissement. Elle sentit une tension violente dans ses muscles - était-ce seulement des muscles ? - tandis que les valeurs de noirs qui constituaient sa perception viraient à l'écarlate. Elle s'élança.

Son corps était étrange. Ses frontières indéfinies. Elle se sentit avancer mais le mouvement n'était pas bien clair dans son esprit. Le loup qu'elle avait cru envoyer valdinguer n'avait fait qu'un petit pas de côté lui semblait-il mais il était déjà hors de portée. Elle chargea à nouveau. Et à nouveau, elle le vit s'écarter sans effort et sans bruit.


_ Tu fonces comme un taureau décérébré ! Imbécile que tu es ! Se moquait l'Esprit de la Meute. Imbécile ! Imbécile ! Imbécile ! Imbécile !

Sa fureur était totale. Plus il l'invectivait et plus elle ruait, brassant l'air sans parvenir à effleurer la moindre créature velue. Et ce qui devait arriver arriva : elle finit par ressentir les effets de la fatigue. Ce n'était pas parce que c'était un rêve qu'on ne s'y épuisait point à gigoter dans tous les sens. N'était-ce pas un peu étrange d'ailleurs ?

_ C'est ça ! T'es crevée pauv'tite chatte ? C'est ce que je disais : tu te crois puissante mais tu sais pas te battre, pauv'brêle !

A bout de souffle, Elifern n'avait plus de quoi leurs tenir tête. C'est alors qu'ils se mirent en branle : des grognements de toutes parts resserrèrent leur étau autour de la chasseresse devenue proie et tandis qu'elle cherchait du regard d'où viendrait l'assaut, elle sentit une douleur déchirer ce qui devait être son mollet droit. Elle fit volte-face en frappant du poing mais n'atteignit pas sa cible : le loup, comme précédemment était déjà trop loin.

Puis ce fut une autre morsure et encore une autre et ainsi de suite... Ce qui était le plus terrible était de ne parvenir même pas à distinguer son assaillant : systématiquement, il réintégrait le groupe sans qu'elle ne sache si c'était bien celui qui la narguait ou l'autre à côté. Une intense frustration accompagnait la souffrance ce qui enrageait davantage encore le pauvre femme-bête. Comment pouvait-elle souffrir d'ailleurs puisqu'elle rêvait ?


Rêve ou pas, elle avait mal. De plus en plus. Et elle finit par s'effondrer, vaincue, se débattant mollement sans parvenir à échapper aux crocs. Tandis qu'elle rendait son dernier souffle, que les ricanements la torturaient entre chaque nouvelle blessure, elle entrevit la forme de l'émissaire derrière la meute déchaînée. Curieusement il portait une armure rutilante aux tons écarlates...

_ Hé ben voilà ! T'es crevée ! Bon débarras !

Cette seconde nuit, elle s'était réveillée dans un état pitoyable : ses loques étaient inondées de sueur et de sang. Son sang ! Elle regarda sa peau : des traces de morsure maculaient l'albâtre mais elles disparaissaient à vue d’œil se refermant sans effort. Ainsi donc, le rêve était réel...

Elle sombra dans l'inconscience immédiatement. Lorsqu'elle s'éveilla, elle était épuisée. Un goût amère lui restait en bouche : et si l'Esprit de la Meute avait raison ?

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Mer 04 Juin 2014, 19:56 
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L'Esprit de la Meute, ce clan de loups fantomatiques, devint son partenaire nocturne durant longtemps, probablement des mois. Combien de temps cela avait duré exactement ? Le compte était difficile. La vie d'esclave rendait ce genre de considérations inutiles. Le jour, elle récurait les écuries infernales et d'autres souterrains pour bêtes encore plus immondes. La nuit, elle filait se faire dévorer par un bavard impénitent particulièrement pénible et acerbe.

Le Prince diable avait veillé à tenir parole : le crottin des chevaux des enfers était particulièrement immonde. Une puissante odeur de souffre qui vous asphyxiait lorsque vous racliez la merde et qui vous poursuivait longtemps encore après vous infligeant quintes de toux sur quintes de toux. Certains esclaves anciens respiraient mal la nuit : ils ronflaient, faisaient des apnées, s'agitaient semblant presque s'étouffer. L'un d'eux, un ancien, particulièrement vicieux, lui avait confié qu'il avait vu mourir tous ceux qui avaient inhalé trop de ces vapeurs.

Mais le danger le plus immédiat n'était pas celui-ci. Le château possédait des réseaux de galeries souterraines que les sentinelles nommaient le "Labyrinthe". Une succession de tunnels creusés ou parfois étayés de murs bâtis qui devaient se lover autour des fondations de la demeure et dont l'étendue était impressionnante. Les gardes et les esclaves étaient terrifiés à l'idée de s'y rendre. Elifern avait compris qu'il s'agissait d'une corvée réservée aux larbins parmi la soldatesque. Un jeu de grilles en fer forgé souvent bizarrement tordues, permettait de fermer certaines entrées afin d'accéder en toute sécurité aux zones à nettoyer. En certains endroit se trouvaient des fosses larges et ouvertes sur le dessus : Elifern n'eut pas de mal à reconnaître une arène de combat semblable à celle qui avait abrité le massacre du demi-géant. D'autres cavernes semblables étaient des points d'accès vers le Labyrinthe : on y descendait par des chaînes que l'on s'empressait d'enrouler pour vous laisser seuls dans l'obscurité. Pour "raisons de sécurité".

Le travail consistait à dégager les cavernes en transportant divers détritus - des excréments, des ossements, de la chair en décomposition et parfois des cadavres frais - vers les tunnels. D'affreux bruits, des grognements, des bruits de succion, et autres sifflements indistincts, se faisaient entendre aux abords de ces galeries. Par prudence, les gardes ne s'éloignaient pas de l'emplacement où devait descendre les chaînes. Mais les esclaves tels que Elifern devaient aller y porter au fond la raclure de lie. La terreur était poignante et les souffles courts. Les protestations étaient vite étouffées et le travail généralement rapidement achevé : personne n'avait envie de moisir en ces lieux plus que nécessaire.

Un jour, un des occupants des tunnels avait surgi brusquement : une masse sombre s'était enfoncée contre la grille et on avait entendu le métal plier. D'immenses tentacules s'étaient faufilés entre les barreaux tordus. Les hurlements des esclaves s'étaient mêlés à un rugissement terrible. Quelques malheureux, les plus proches des tunnels adjacents, qui venaient de déposer leur fardeau nauséabond se firent happer par les membres désarticulés et finirent dans la gueule du monstre. Les chaînes descendirent : les gardes criaient, paniqués. Les esclaves se terrèrent contre la paroi opposée quand d'autres cris montèrent parmi eux, une nuée de cafards rayés de rouge et des masses gélatineuses s'attaquaient à eux par derrière. Les cris d'agonie et de terreur se mêlaient aux râles des monstruosités. Lorsque les nacelles furent à portée, les trois sentinelles s'y ruèrent et ordonnèrent qu'on les remonte sans attendre : ceux qui n'avaient pas été assez vifs ou assez proches ne purent qu'observer leur planche de salut leurs glisser des doigts...

La chance avait été du côté de la femme-bête ce jour-là. Elle avait pu en réchapper. Plus d'une douzaine d'esclave avait péri ce jour-là. Les corvées des jours suivant n'en avait été que davantage pénibles ; la réduction du personnel ne signifiait pas une réduction de la masse de travail chez le Prince Diable. Le bon côté des choses était que certaines raclures anciennes avaient été purgées : les esclaves restants étaient d'inoffensifs nouveaux venus. Un processus de renouvellement de la main d’œuvre comme un autre...

C'était cette nuit-là qu'elle avait enfin pu toucher un de ces pénibles loups de l'Esprit de la Meute. Durant tous ces mois, toutes ces curées nocturnes, le clan l'avait attaquée sans relâche. Jamais elle n'était parvenue ne serait-ce qu'à les effleurer. Elle avait déversé tant de rage, tant de fureur frustrée que sa haine pour les loups n'avait jamais connu de tels sommets pour aucune autre créature. Pas même le Prince ou ses meurtriers. Elle ne pouvaient plus en voir un seul même en peinture !

Sa furie guerrière n'avait pas démérité : elle avait senti qu'elle prenait davantage de contrôle de ses gestes qui devenaient plus puissants et plus incisifs. Ses frénésies étaient également plus profondes et plus mesurées. Se battre avec des fantômes n'avait pas été vain. Même elle s'en rendait compte. Et ce qui était manifeste dans le rêve le devenait également au cours de l'éveil : son corps s'était raffermi. Mais si les travaux forcés renforçaient à l'évidence ses muscles, la sensation de souplesse et de vivacité qu'elle ressentait le jour n'était pas le fruit des besognes manuelles répétitives : l'entrainement de l'émissaire payait.

Mais ça ne l'empêchait pas de ne brasser que du vent et de finir en pâté pour chien à chaque session onirique. Ses facultés de contrôle dans le rêve s'étaient également réveillées : la voix qui n'était que grognement était progressivement venue à sa volonté. Des échanges houleux étaient donc devenus monnaie courante entre la femme-bête et son mentor l'Esprit de la Meute. Seulement, si le clan des loups ne se privait point de palabres, il ne pouvait en aller de même pour Elifern qui devait constamment chercher son souffle. Une frustration supplémentaire à son endroit.


_ Trop lente ! Gros tas !

Les crocs se plantèrent dans les fesses bien rebondies de la guerrière ; une partie de sa chair la quittait à nouveau. Elle était essoufflée. Les loups noirs étaient sans expression. Ils bougeaient furtivement, grognaient sans ouvrir la gueule et babillaient en permanence sans qu'aucun d'eux ne cause.

Elle en avait marre ! Ras le bol ! Par dessus la tête de ce supplice quotidien !

L'échec était cuisant. Et toujours souligné par la raillerie permanente. Étrangement, le jour, elle se disait qu'elle ne l'écouterait plus. Qu'elle n'y prêterait plus attention. Ne pouvait-elle faire abstraction de cet abruti, cet esprit qui passait son temps à jacasser et calomnier ? Et elle avait beau se dire cela et se le répéter avant que les canines débutent leur valse écarlate, rien n'y faisait : systématiquement, l'Esprit de la Meute parvenait à la mettre hors d'elle-même.

Il fallait dire que les morsures et la cuisante douleur avaient de quoi vous émoustiller. Comme les aiguilles que l'on enfonce dans le taureau pour le faire enrager. Olé ! Elifern se ruait en voyant rouge. Et comme le taureau, elle n'encornait qu'un leurre et finissait dans une marre de sang à la merci de son bourreau.

Traître d'émissaire qui lui infligeait pareil châtiment ! Elle n'en voyait pas le bout ! Y aurait-il jamais une fin à son tourment ? Et inlassablement, chaque nuit, le manège macabre se répétait. Et si elle découvrait son anatomie chaque fois de différente manière par la douleur et les crocs, le résultat n'en restait pas moins le même au final : frustration, souffrance, échec et mort...


_ Tu bouges comme un bœuf trop gras !

_ Ta gueule, putain de... Arh ! Mugissait-elle, s'étouffant dans un râle de douleur.

_ Tiens ! ça va peut-être t'alléger, crissait la voix en lui bouffant un morceau du flanc.

Esclave le jour à bouger, manger, respirer de la merde. Martyr la nuit à satisfaire les lubies d'une bande de chiens galeux beaucoup trop bavard. Elle avait même pensé au suicide dans un moment de désespoir total. Mais ç'aurait probablement été inutile. Il fallait se rendre à l'évidence : n'était-elle pas déjà passé par la mort ? Et que cela lui avait-il valu ? Elle avait bien plus peur de ce qu'on pourrait lui faire si elle tentait de se soustraire à cela. Elle n'imaginait pas comment cela pouvait être pire mais elle estimait, avec sagesse pour une fois, que ses maîtres diurne et nocturnes avaient bien plus d'imagination qu'elle...

_ Tu ne vois rien venir ! Imbécile ! Ricana l'Esprit de la Meute.

_ Ferme-la ! Rhaaa ! Saluant le cri d'un inefficace coup de pied circulaire en guise de revanche pour une nouvelle blessure à la fesse.

_ A quoi te servent tes yeux ? Des crocs sortis de nulle part déchiquetèrent alors son visage. A rien ! Voilà qui est mieux ! Tu n'en as plus besoin. aha ha !

Une douleur fulgurante perça son crâne de part et d'autre : ses yeux ! La Meute venait de les lui arracher. Elle hurla de fureur. Les crocs lui arrachèrent deux doigts qu'elle tenait devant elle comme pour se protéger. Puis son flanc droit fut attaqué. Sans qu'elle ait le temps de dégager l'animal d'un geste brusque qui ne toucha que le vent, elle se débattit violemment. Ce qui n'empêcha nullement de nouvelles morsures. La curée finale semblait inévitable : fort bien ! Elle allait crever, se faire dévorer comme chaque nuit et se réveiller loin de ces impitoyables clébards !

Soudain l'impensable se produisit : ce n'est qu'à postériori qu'elle en prendrait réellement conscience car tout alla trop vite pour ses pensées déjà pas bien vives. Tandis qu'elle se débattait et subissait comme à l'accoutumée les assauts des loups, elle "sentit" le mouvement de l'Esprit de la Meute sans le voir. Elle sut où les crocs s'apprêtaient à mordre avant qu'ils ne la touchent. Et c'est d'un magistral uppercut qu'elle cueillit le menton de la bête dans une sensation de craquement dur - enfin quelque chose de dur !

Le loup couina. La plus belle musique qu'elle ait jamais entendue. Elle l'avait enfin touché ! Sacré nom d'une pipe ! Bien que blessée à mort, un regain d'entrain comme jamais infusa son corps meurtri.


_ Ne te réjouis pas trop vite, sale garce ! Persiffla la Meute.

Et l'assaut reprit de plus belle. Les crocs mordirent, à son grand désespoir, sans qu'elle ne puisse les sentir venir. Avait-ce été un coup de chance ? Elle gesticula en vain. Aucun des autres gnons n'atteignit sa cible et elle finit comme toujours, dans un bain de sang...


Elle se redressa en sursaut sur sa couche. Tout était noir. Elle approcha ses mains de son visage et palpa ses orbites : les crocs de l'Esprit de la Meute avaient laissé une profonde empreinte. ça devait s'arranger. Comme toutes les blessures qu'il lui infligeait durant la nuit, elles se fermaient le jour. Elle n'était pas inquiète.

Dans sa gangue de douleur, de sueur et de sang, elle sourit : elle l'avait touché cet enfoiré ! Ce qui lui avait paru insurmontable s'était finalement révélé possible. Elifern n'était pas une flèche mais elle comprit que cela avait un rapport avec ses yeux : elle avait trop fait confiance à sa vue pour percevoir les mouvements de ses assaillants. Le clan de loup était une illusion. Comment avait-elle pu ne pas s'en rendre compte auparavant. Elle dispersait son attention en recherchant dans toutes les directions ses ennemis.

Elle comprit également autre chose : les attaques n'étaient jamais survenues en même temps. Pourquoi plusieurs loups ne cherchaient-ils pas à attaquer de concert ? C'était contre nature ! L'Esprit de la Meute n'avait qu'une et une seule gueule. C'était une évidence.

Fallait-il mettre son manque de clairvoyance sur la lenteur de son esprit dans son état de rêve ? Elle avait toujours l'impression de penser dans du coton. Elle n'avait jamais vraiment compté sur ses pensées de toute manière. Trop humain. Inutile et détestable.

De nouvelles perspectives s'ouvraient à elles : elle savait à présent qu'il lui fallait percevoir les assauts de l'Esprit de la Meute. Il lui fallait réagir avant qu'il ne la touche. Elle ne commettrait plus les mêmes erreurs.

Le jour suivant, elle fut aveugle. La régénération rapide dont elle bénéficiait habituellement n'avait pas eu raison de la cécité. Le nombre de coups de fouet qu'elle ramassa cette fois fut prodigieux. Elle était passablement inefficace. Pas vraiment décidés quant à la conduite à tenir après avoir découvert ses yeux sanguinolents et boursoufflés, les gardes finirent par la remettre au cachot. Elle avait échappé au Labyrinthe. C'était déjà ça. Mais si la blessure ne guérissait pas rapidement, elle ne donnait pas cher de sa peau.

Les portes rouillées claquèrent. Les autres esclaves traînèrent leurs chaînes à l'intérieur. Le bruit de la gamelle. Ils ne recevaient qu'une seule auge pour tous. Cela se jouait à la vitesse et à l'ancienneté. Souvent ils se battaient entre eux. Surtout les nouveaux. Ce soir là, les coups plurent. La femme-bête hésita : elle ne voyait pas comment elle pourrait s'en approcher sans risque. Les leçons de l'Esprit de la Meute, c'était bien joli, mais elle n'avait pas trop envie de lutter en aveugle contre des salops affamés. Elle jeunerait ; ça n'était pas un drame. Elle mangeait en premier d'habitude. Tous avaient peur d'elle et de sa force prodigieuse lorsqu'elle était toute bleue...

Une erreur que les bêtes féroces ne lui pardonneraient pas cependant : tandis qu'elle essayait de trouver le sommeil, ayant pour une fois hâte d'aller en découdre avec le clan des loups, elle entendit le mouvement des esclaves s'approchant de son recoin. Tous savaient qu'il ne fallait pas s'approcher d'elle. Alors que voulaient-ils ? Elle se redressa. Trop tard !


_ Tenez-la bien ! Ordonna une voix qu'elle reconnu : c'était le rouquin. ça ne pouvait être que lui. L'un des plus anciens. Il était déjà là lorsqu'elle était arrivée.

Elle sentit sa rage poindre mais des dizaines de mains se saisirent d'elle et la plaquèrent au sol. Sa force prodigieuse fit trembler la pyramide humaine. Mais sans effet. Elle comprit ce qui l'attendait.

_ Tenez-la bien ! Elle a plus de force qu'un taureau enragé ! Répéta le roux. Alors ma belle. Depuis le temps que j'te r'garde. Hé hé. T'es la seule femme ici et qu'on ne peut pas goûter tellement qu'elle est dangereuse. Chais pas ce que tu fous, sorcière, chaque nuit pour finir en sang mais sans tes yeux, demain t'es crevée. Au Labyrinthe. Pfiou ! Qu'y z'ont dit les gardes. Hé hé ! Mais ce soir ! Pour ton dernier soir ma toute belle, on va s'amuser tous ensemble...

_ Je vais tous vous crever, tas de... Tenta-t-elle l'invective qui dut s'achever dans le silence d'un coup de poing à la tempe.

Elle était sonnée. Les bruits se firent lointains et les sensations diffuses. C'était mieux comme ça...

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Mer 04 Juin 2014, 22:58 
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La vue lui revint progressivement le jour suivant. Et tous se rendirent compte qu'elle pouvait à nouveau assumer ses tâches. Les gardes ne la laissèrent pas tranquille pour autant : elle boitait sévèrement et n'avançait pas à l'allure convenable. Et puis elle semblait faiblarde : comme tout dans ce château, les sentinelles étaient de fieffés bâtards. S'ils pouvaient assouvir leur vices, ils ne s'en privaient pas. Et n'y avait pas de justice pour les faibles.

Mais Elifern s'en moquait bien. Elle regorgeait de haine, une haine terrible qui suintait comme le pus de ses yeux azurs dont la pupille retrouvait peu à peu son éclat. Un éclat qui faisait frémir les autres esclaves. Et tandis que pleuvaient les coups de fouets, elle croisait parfois les yeux d'un de ses bourreaux de la veille. Elle réprimait alors la cuisante douleur et se permettait un sourire carnassier qui présageait du traitement qu'elle leurs réservait.

Et lorsque le soir fut venu, que les esclaves furent reconduits dans la grande cellule qui les abritait, les yeux phosphorescents de la belle étaient tout à fait intacts, fixant chacun de ses pairs, impitoyables. La gamelle fut balancée et la porte bouclée. Les gardes ne restaient pas la nuit : ils n'avaient que faire des règlements de compte entre esclaves. C'était même bon pour le climat ambiant et encouragé par les autorités. Aussi, pour une fois, lorsque la gamelle glissa, personne n'osa bouger le moindre petit doigt. Un silence de mort s'était abattu sur la prison.

Lentement, droite et terrible, la femme-bête s'approcha de l'obole. Elle boitait toujours : les blessures du monde réel ne semblaient pas guérir au même rythme que celles de l'Esprit de la Meute. Elle arborait quelques belles bosses au visage qui mettrait des jours à disparaître, devinait-elle. Avec un sourire, elle se saisit de l'auge à une seule main. La marmite en fer pesait un âne mort : volontairement, elle la souleva d'une main, démontrant sa puissance au cas où quelqu'un en aurait encore douté, et d'un geste brusque elle la lança de toutes ses forces en direction du rouquin : il reçut le projectile sur les avant-bras, protégeant son visage et bascula sur son séant. Il n'en menait pas large.


_ Aujourd'hui, on mange de la chair fraîche !

Sa voix avait mué de façon dramatique au cours de sa phrase toute comme la coloration de sa peau. Elle s'élança brusquement, chargeant dans le tas : aucun n'en réchapperait ! S'ils étaient des innocents dans le lot, il n'y en avait aucun pour la furie vengeresse. Certains essayèrent de se défendre, mais ils n'avaient aucune formation. Et ils ne savaient œuvrer de concert que pour assouvir des bassesses comme celle de la veille. Ils furent massacrés, impitoyablement.

Que cela faisait du bien de briser des os, d'arracher des gorges avec ses dents, de libérer son corps dans la folie du combat ! Du massacre eut été plus exact. La furie bleutée ne s'arrêta que lorsqu'il n'en resta qu'un. Un couard qui avait pris soin de se tenir loin des coups et qu'elle n'avait pas cherché à massacrer immédiatement : le rouquin. Elle lui réservait un sort tout particulier...

Il était l'ombre de lui-même. La terreur qu'elle lut dans ses yeux la remplit d'allégresse. Feintant un geste brusque ; il se recroquevilla en gémissant. Elle ramassa un éclat de roche tranchant avec lequel un imbécile trépassé avait tenté de se défendre et repoussa le loqueteux sur le dos. Elle arracha sa défroque et s'affaira au funeste châtiment. Il hurla mais n'osa pas se débattre : il savait qu'il n'avait aucune chance d'en réchapper.


_ Mange ! Ordonna-t-elle en lui tendant ses parties génitales fraîchement tranchées. Mange !

Il fallut un certain nombre de coups de pieds pour qu'il se décide à accomplir sa volonté. Mais il s'y plia finalement. Le rire d'Elifern lui glaça les sangs. Il était pétrifié. Elle le laissa en vie : il était définitivement traumatisé... Cette nuit-là, elle dormit profondément sans aucun rêve ni aucune interruption.

Elle fut rouée de coups par la soldatesque pour avoir massacré plus d'une vingtaine d'esclaves. Pas un sourire ne naquit pourtant sur le visage figé par l'horreur du rouquin émasculé. De la chair fraîche fut livrée une fois que les deux survivants eurent dégagé la zone et porté les cadavres au Labyrinthe. Une vingtaine de nouveaux esclaves tout neufs et prêts à être dressés.

La chaîne d'Elifern fut raccourcie afin qu'elle ne puisse atteindre tous les recoins dans lesquels les plus faibles pourraient au moins s'y réfugier. Le rouquin se laissa partir à la dérive : il périt de la faim et de la gangrène quelques jours plus tard. Il avait eu le temps de transmettre son histoire car personne n'osa inquiéter Elifern ni manger avant elle. Les choses rentrèrent dans un certain ordre...

L'Esprit de la Meute s'était fait moins prolixe depuis qu'il avait goûté le poing de la femme-bête. Et les séances oniriques en étaient d'autant plus éprouvantes : il ne lui laissait plus aucun répit, la harcelant sans relâche.


Elifern avait décidé de se passer de ses yeux pour le combattre. Qui aurait cru que cela pouvait être si difficile de combattre les yeux clos ? Le premier réflexe alors que mordait la douleur, était de regarder son tourmenteur. Un inhibition bien délicate à mettre en place.

Mais cela porta ses fruits : de façon ponctuelle d'abord puis de plus en plus souvent au cours des nombreuses nuits suivantes, elle réussit à prévoir son angle d'attaque et à le frapper avant qu'il ne la touche. Le combat prenait une autre tournure : de massacre, il s'agissait véritablement d'un duel à présent.

Ce n'était que lorsqu'elle avait pu parvenir à le frapper plusieurs fois qu'elle prit conscience que le nombre de loups diminuait autour d'elle :


Il avait espacé ses assauts pour bavasser des inepties pour la énième fois au sujet de sa gaucherie au combat. Elle ouvrit ses yeux. Il lui sembla qu'il manquait des éléments à la meute.

_ T'as laissé des frangines au terrier ou bien ? Se moqua-t-elle.

Pour une fois, l'Esprit de la Meute ne trouva rien à répondre. Ce qui devait lui mettre la puce à l'oreille. Combien de fois l'avait-elle touché cette fois ? Sept ? Huit fois ? Elle tenta de dénombrer ses adversaires... et se fit mordre au mollet. Elle ne devait pas se déconcentrer ! C'était toujours ainsi qu'il parvenait à la briser...

_ Tu crois que tu nous tiens ? Tu n'as pas changée d'un iota : tu es toujours aussi idiote !

Une seconde morsure à la cuisse. Il fallait fermer les yeux et se concentrer. Fermer les yeux. Se concentrer...

Là !

Le genou mordit méchamment la mâchoire du loup. ça n'était pas un coup mortel pour sûr, mais il aurait évoqué la prudence chez l'animal. Elle devenait douée. Le truc ne consistait pas à s'avancer pour attaquer mais plutôt à se saisir d'un certain sens du minutage : l'ouverture se proposait à elle et elle devait réagir en un instant, plus vite que son attaquant. Depuis qu'elle avait saisi cela, elle ne faisait plus que guetter la faille et rendre son corps disponible.

Mais c'était plus facile à dire qu'à faire ! Parfois les morsures s'enchaînaient sans répit. Le clan des loups faisait tout son possible pour la déstabiliser : elle avait compris que son bavardage incessant était également une tactique pour la troubler et l'empêcher d'atteindre le niveau de concentration nécessaire pour percevoir l'attaque. Qu'elle avait été stupide de foncer comme une bête féroce dans le tas ! Elle s'en rendait compte à présent...

Sa Rage de guerre avait bien évoluée également : l'abandon totale dont elle était coutumière avait mué en quelque chose de plus profond. Elle s'était servi du flux de l'Incarnum qui l'habitait durant le combat pour apaiser ses émotions. Comme les écuries qu'elle récurait quotidiennement, elle était chargée de détritus dans lesquels s'empêtraient ses émotions et son attention au combat. Le nettoyage aux grandes eaux de la Mer des Âmes n'avait plus laissé derrière lui qu'un esprit puissant et affûté comme une lame maintes fois trempée. Ce qu'elle voyait teinté du rouge et de l'écarlate de sa folie furieuse, était maintenant baigné de bleu et de pourpre couvrant le noir du triste décor et de la robe des loups...

A droite !

Le coude s'abattit sur le crâne du loup qui blêmit. Puis le talon remonta vers la gauche et cueillit le second à la tempe...


_ Tu commences à être moins mauvaise brave petite. Enfin ! Ton dieu peut être fier de toi !

Et les crocs la lardèrent au flanc droit. Jouer sur la flatterie et les attentes silencieuses de la femme-bête était son grand truc en ce moment : la Meute savait qu'il devenait difficile de la troubler en usant seulement de quolibets. Mais les mots doux semblaient encore faire leur effet. Elle avait encaissé pas mal de coups cette nuit et sentait qu'elle faiblissait.

Concentre-toi !


_ Tu y as cru hein ? Pauv' cloche ! Ha ha ha !

Le tranchant de la main frappa à nouveau un crâne : le coup était violent cette fois. Le poing enchaîna de l'autre côté puis encore le tranchant. Elle l'avait touché trois fois d'affilée ! Elle s'améliorait c'était certain !

Il couina un peu plus fort que d'habitude. Étonnamment fort. Elle sentit immédiatement que quelque chose avait changé dans l'air ambiant. Une pesanteur s'était dissipée et quelque chose de puissant comme un brasier venait de faire son entrée...


_ Ouvre les yeux, femme-bête, rugit une voix qu'elle n'avait plus entendu depuis longtemps.

Elle s'exécuta : l'émissaire se tenait face à elle sombre et dominateur dans son armure rutilante aux tons écarlates. Elle le détailla de la tête aux pieds en battant des cils comme si elle se réveillait. Elle avait l'impression de sortir d'un rêve. Étrange, pour quelqu'un qui est en train de rêver ? C'était étonnant de voir une telle créature engoncée dans une armure de plates : il était magnifique. L'incarnation de la puissance.

A ses côtés, immobile, se tenait un loup sombre. Une version agrandie des multiples petits loups dont elle avait subi les caresses durant tant de nuits. Il était silencieux et la fixait sans hargne, en paix. Ses contours étaient plus nets que ses répliques. Elle comprit qu'il s'agissait de l'Esprit de la Meute dans sa forme individuelle. Elle comprit également qu'elle l'avait vaincu.


_ Ce volet de ton éducation s'achève, poursuivit l'émissaire, comme en réponse à ses pensées.

_ Tu es lente et stupide mais tu as quand fini par y arriver, c'est pas trop tôt, renchérit l'Esprit de la Meute la félicitant, une fois n'était pas coutume en ouvrant la gueule pour articuler. Notre Seigneur et Maître est bien cruel : j'ai cru que j'allais devoir te torturer pour l'éternité. Quel triste châtiment pour un serviteur aussi dévoué que moi que de devoir me coltiner...

_ Silence ! Tonna l'émissaire qui ne semblait pas enclin à supporter le babillage du lupus ce que Elifern serait bien la dernière à lui reprocher. Je t'ai ôté tes armes, femme-bête, et je ne te les rendrais que lorsque tu seras prête.

C'était donc lui qui empêcher ses griffes de repousser ? Elle sentait bien qu'une force avait verrouillé son pouvoir de modeler son Incarnum. Même sa marque, son tatouage bleuté implanté dans sa chair avait disparu. Elle s'en était rendue compte à la faveur d'un reflet dans une mare d'eau un jour dans le Labyrinthe : outre sa mine de souillon, ces bandes bleues qui parfois ondulaient, étaient apparues il y a longtemps tandis qu'elle n'était encore une enfant et qu'elle apprenait à dresser les chiens dans le clan Vastanar. Elle n'avait compris que bien plus tard qu'il s'agissait d'une manifestation de son pouvoir sur la Mer des Âmes.

_ Ces armes, tu n'as pas su t'en servir lorsqu'il fallait protéger ta vie, mortelle, continuait-il accusateur. Une arme trop puissante dans les mains d'une enfant stupide ne mène qu'à la ruine. Tu dois apprendre à te servir de ce que la nature t'as donné en tant qu'humaine. Tu n'es pas une bête. Tu feins de l'être. Tu crois devoir te montrer enragée pour trouver la bête en toi mais tu ne fais que te rendre folle. Folle et stupide !

_ Stupide ! Stupide ! Répéta le loup en gloussant, un gloussement qui mourut dans sa gorge d'un claquement de doigts de l'émissaire. Il se tortilla sur place de manière visiblement inconfortable.

La femme-bête ne bronchait pas. Elle réprima néanmoins un sourire devant la facilité déconcertante avec laquelle le Servant de Malar avait fait taire le coyote jacasseur. Il avait raison sur toute la ligne. Elle le savait. Pour une fois, elle avait la sagesse de n'écouter que la vérité : était-ce le résultat des tourments de l'Esprit de la Meute ? Elle se sentait calme et sereine. Comme l'eau qui dort...


_ Tu es née humaine et tu réveilles l'animal en toi. Il n'est pas souhaitable de rejeter l'un pour avoir l'autre contrairement à ce que tu crois.Tu dois accorder les deux. Un outil défaillant est inutile à ton Dieu.

Il marqua une pause et regarda le loup qui n'avait cessé de gigoter comme luttant contre une entrave invisible. Il s'immobilisa, le regard et les oreilles basses.

_ Tu as fait tes premiers pas. Il te reste à consolider tes acquis. Les humanoïdes sont nés sans griffes mais ils excellent pourtant dans les arts du combat. Apprends ce que tu dois de tes ascendants. Tu ne dois avoir que cela en tête : tu dois devenir plus forte.

Il cligna des yeux et tendit l'une de ses quatre pattes supérieures vers l'Esprit de la Meute : en un instant, il sembla enfler et grossir. Le loup se redressa sur ses pattes postérieures tandis que son buste s'élargissait et que son museau s'allongeait : en quelques secondes, un massif loup-garou se tenait devant la femme-bête. A l'évidence, son prochain défi. Et tandis qu'un sourire canin ourlait une gueule garnie de crocs, la conscience d'Elifern s'effilochait pour regagner sa condition d'esclave...

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Jeu 05 Juin 2014, 23:12 
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Depuis l'hécatombe, le chef de la garde des racleurs de merde l'avait dans le pif. Elifern soupçonnait qu'il avait dû en prendre pour son grade : perdre plus d'une vingtaine d'hommes, fussent des esclaves, tenait certainement de l'incompétence aux yeux de ses supérieurs. Elle entendait ricaner parfois des sous-fifres dans son dos et, bien que ne comprenant pas un traître mot de leur langage aux sonorités cassantes, elle se figurait assez bien le contenu désobligeant de leurs propos à son égard.

Fait nouveau, la cellule était à présent surveillée la nuit. Les règlements de compte n'avaient pas pour autant été abolis mais une surveillance particulière avait été allouée aux faits et gestes de la barbare. Elle s'en rendit compte à la faveur d'un évènement somme toute assez banal, loin du massacre qu'elle s'était permis en représailles, lorsqu'un petit crétin un peu plus audacieux que les autres avait cru bon de vérifier la véracité des histoires qu'on racontait sur sa force. Il avait posé une patte sur la gamelle en guise de défi et, avant qu'il n'ait pu la retirer, elle avait fini sous le talon de la belle qui avait fait pas mal de corne depuis le temps qu'elle écumait pieds nus les pires oubliettes qui soient. Elle ne parvint toutefois pas à étouffer ses piaillements à temps lorsqu'elle lui tordit le cou : le garde en faction appela immédiatement ses cohortes et on la repoussa à coups de matraque dans son coin que les autres prisonniers appelaient, inspirés, le "recoin de la bête". Le petit chef lui fit son numéro, appuyant ses coups plus que tous les autres : elle cracha le sang. Elle avait des côtes cassées c'était certain.


_ Un jour, tu vas manger de la merde, pet... Avait-elle menacé entre deux coups vicelards. Les joies de la vie d'esclave...

Ses pérégrinations nocturnes en avait été interrompues durant plus d'une décade : blessée, il semblait que l'émissaire ne lui permettait point de poursuivre son entraînement. Et on comprenait aisément pourquoi il agissait ainsi : les rencontres avec le clan des loups passaient à côté de ce qu'elle affrontait à ce moment pour des ballades printanières. L'Esprit de la Meute n'avait pas seulement changé de forme, il avait également changé de caractère. Elle avait maintenant un point de comparaison qui lui faisait presque regretter ses diatribes exaspérantes. Son nouveau partenaire ne causait quasiment pas : sa voix caverneuse ne s'élevait que pour lui ordonner de poursuivre la lutte ou de frapper plus fort. Mais la plupart du temps, il se contentait de rugir et de gronder de sa gorge puissante.


_ Tes coups sont des caresses, femelle humaine, articula-t-il de sa voix de stentor en ponctuant la déclaration d'un rugissement de tonnerre.

Une fois encore elle était à terre. Sa respiration était difficile. Elle toussa : un filet de sang rouge macula le sol de roche noire aussitôt absorbé par les cendres. Les griffes avaient déchiré sa peau au niveau de la poitrine emportant un peu de sa chair. Le poumon était touché. Elle ne ferait plus long feu cette nuit...

Le loup-garou était trop puissant. Elle ne voyait pas comment elle pouvait espérer le vaincre. Ses petits poings étaient complètement inefficaces : elle avait beau le matraquer, c'était comme de cogner un arbre ou un roc. Elle ne sentait rien, aucun dommage occasionnés par ses efforts. Pourquoi l'émissaire l'avait-il mis devant un tel défi ? C'était impossible !

Il chargea. Elle roula sur le côté et, prenant appui sur un pan de mur éboulé, elle se propulsa de ses deux jambes dans la direction tentant de lui échapper en le prenant au dépourvu. En vain. Elle ramassa un coup de griffe qui fit partir son visage à la renverse. Une fontaine de sang gicla devant ses yeux hagards. Elle retomba mollement sur le côté. Elle était sonnée : ses tempes battaient la chamade et ses oreilles sifflaient. Son instinct lui criait de bouger, de s'échapper mais son corps ne répondait plus. Son regard était flou, elle se sentait plutôt bien, une certaine quiétude ayant envahi espace mental. Toute souffrance avait baissé pavillon...

Devant ses yeux alanguis un paysage désolé s'étendait à perte de vue. Elle était au bord de ce qui avait pu être un balcon ou une terrasse de pierres. Un vide de plusieurs étages la séparait d'une cour en pierres taillées couverte de débris rocheux de toutes les tailles. Au-delà, les restes d'habitations noircies dont il ne subsistait plus que la structure en dur, s'étalaient en diverses configurations. Cela pouvait faire penser à une ville en ruine mais le plan d'ensemble n'avait ni queue ni tête : depuis les mois qu'elle arpentait avec le loup-garou - se faisait massacrer par le loup-garou - les lieux, elle avait pu remarquer que rien n'était droit. Pas une ruelle, pas un pan de mur, pas un sol n'était conçu de façon fonctionnelle : un véritable imbroglio de n'importe quoi. L'architecte d'une telle cité était fou à lier à n'en pas douter.

De surcroît, les pierres semblaient vivantes, elles ondulaient et changeaient parfois de forme sans prévenir. Et elles étaient vicieuses ! Il lui était souvent arrivé de se tordre la cheville au pire moment à cause d'une anfractuosité qui n'y était pas l'instant d'avant. Elle avait cru d'abord à son imagination mais avait dû se rendre à l'évidence : ses salopes lui tendaient des coups fourrés à la moindre occasion !

Et le pire était encore la "mer incandescente". C'était ainsi qu'elle l'avait nommée pour elle-même. Elifern n'avait jamais vu de roche en fusion auparavant ; certains secteurs étaient noyés sous une nappe de liquide rougeoyant qui dévorait les édifices. Lorsqu'il s'approchait d'un mur en pierre, celui-ci s'enflammait et s'effondrait, englouti, fondu comme la neige dans une casserole sur le feu. Parfois, le liquide jaillissait du sous-sol dans une fontaine qui éclaboussait de tisons bouillonnants les alentours. Une fois, elle en avait même vu un immense au loin qui avait déversé une telle quantité de cendres et de fumée que l'air était devenu impossible à respirer tant il était brûlant.

Elle avait l'impression d'être en Enfer ! Lorsqu'elle parvenait à éviter les griffes du monstre, c'était ce monde qui se liguait contre elle pour la mettre à mal. Combien de fois avait-elle été brûlée vive ? Combien de fois avait-elle été ensevelie sous les décombres ? Elle se sentait prise au piège, impotente, incapable de passer cette épreuve...

Le balcon de pierre sembla s'incliner. Les pierres lui jouaient encore un tour. Elle se sentit racler le sol puis rouler : la chute serait certainement fatale. Elle mettrait fin à son tourment. Et tandis que son corps cédait à la gravité, elle se sentit soulevée. Curieusement le monde était à l'envers.

La gueule massive du loup-garou entra dans son champ de vision. Il avait l'air impitoyable qu'elle lui connaissait mais elle n'arrivait pas à ressentir la peur qu'il lui inspirait habituellement. Une douleur fulgurante la ramena à la réalité. La bête venait de lui briser les reins sur son genou. Il balança sa proie désarticulée dans la cour en contrebas : elle n'eut pas le temps de souffrir de l'impact qu'elle avait déjà rendu l'âme...

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Ven 06 Juin 2014, 01:16 
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Entre les sévices des sentinelles et les terribles blessures qu'elle subissaient dans ses rêves, les processus de régénération de la barbare étaient mis à rude épreuve. Elle avait toujours été solide et vaillante mais là, les mauvais traitements commençaient à lui ronger sérieusement le moral. Elle devait parfois se raisonner pour trouver la force de survivre : sécuriser son coin de cellule contre les autres prisonniers, surveiller leurs messes basses, frapper et tuer quand il le fallait pas plus qu'il ne fallait, conserver la première place à la curée, démontrer son utilité aux travaux pour éviter les coups de fouets superflus... Il fallait avoir les nerfs solides pour tenir tête à l'adversité !

La femme-bête était en perdition : elle chuchotait seule dans son coin, s'agitait parfois dans des spasmes d'une rare violence. Ses camarades de chambrée étaient terrorisés : qu'elle fut extrêmement dangereuse était acquis pour tout le monde. Mais ce danger-là était bien trop imprévisible, trop choquant pour que l'esprit puisse trouver le repos.

En pleine nuit, à deux reprises elle s'était agitée, folle de rage en courant dans toute la cellule et en rugissant de façon inhumaine. Trois esclaves qui n'avaient pas eu le réflexe de se plaquer à la paroi, hors de sa portée avaient fini broyés, éjectés contre les murs et disloqués comme des pantins avant que les gardes ne réagissent. Et elle avait encore blessé trois gardes avant d'être matée copieusement.

Même le jour, alors qu'elle était habituellement relativement docile, consciente qu'il n'était pas dans son intérêt de prendre des coups, son attitude avait changée : plusieurs fois, elle s'en était prise aux garde. Elle avait même blessé le chef qui l'avait prise en grippe : il n'osait plus la frapper que lorsqu'il était parfaitement certain qu'elle ne pouvait pas bouger. Quatre gardes ayant été insuffisant à l'empêcher de lui briser trois côtes...

Plus inquiétant : lors d'un nettoyage d'une fosse du Labyrinthe, elle s'était soudain élancée contre les grilles métalliques en hurlant et en les secouant comme une forcenée. Les gardes paniqués avaient fait évacuer la zone en toute hâte. Elle s'était arrêtée hébétée. Aucun monstre n'était fort heureusement, venu en réponse à ses "appels" et on l'avait récupérée gentiment une fois que l'on fut sûr qu'il n'y avait pas de danger.

Son état se dégradait... Les corvées en étaient perturbées. Il fut décidé un jour de s'en débarrasser : on vint la chercher - une petite escorte de vingt soldats - et on la traîna dans les corridors des cachots puis vers des zones qu'elle ne connaissait pas. Elle pensait son heure venue et, absente et éteinte comme elle l'était de plus en plus en dehors de ses éclats, elle se laissait mener à l'abattoir. Elle n'était même plus en état de conceptualiser sa fin et n'avait plus d'énergie pour se rebeller. A quoi bon de toute manière ? D'autres coups. Toujours des coups...

Au lieu de l'exécution, on la jeta dans un cachot de grande taille. Elle était toute seule. Les chaînons aux murs étaient énormes : la pièce n'était pas conçue pour abriter de frêles humanoïdes. Ce n'est que lorsqu'elle entendit les hurlements qu'elle comprit où elle se trouvait...

Elle avait arpenté les lieux par en-dessous. Les caillebotis laissaient filtrer les excréments des chenils du Prince Diable. Enfin... de chenils, il s'agissait surtout d'une réserve de monstruosités mi-animales mi-diables. Des chimères, produits de l'imagination débridée d'un cerveau malade, profondément incurable.

Un gros type à tête porcine fit irruption sans ménagement dans la cellule en ouvrant la grille d'un coup de botte. Il était gras et soufflait comme un bœuf. Il avait les proportion d'un nain mais la taille d'un demi-ogre. Des cornes de bélier ornaient une tête affreuse, couverte de cicatrices d'où s'échappaient des exhalaisons d'une puanteur insolite. Il portait un tablier de mailles et une gigantesque matraque en acier.


_ 'Paraît que t'es solide ? Mouais... Le dernier a fait deux jours. Combien qu'tu crois qu'tu vas t'nir ?

Il balança une marmite qu'il tenait sous son bras aux pieds d'Elifern. Une odeur infecte s'échappait de la tambouille...

_ Mange ! T'auras b'soin d'toutes tes forces d'main. C'est qu'mes bébés y sont pas tendres avec les gringalets ! Ha ha ha.

Son rire était à son image : gras et détestable. Il tourna les talon en claquant la porte. Un grondement semblable au vrombissement d'une tempête secoua une cellule adjacente déclenchant un tonnerre de cris et de hurlements de toute sorte : il avait réveillé toute la ménagerie. Un "Vos gueules !" d'une puissance surnaturelle suivi d'un chapelet de jurons inintelligibles salua le concert.

Les tâches commencèrent dès le lendemain : il fallait récurer les cellules, déplacer les créatures, les laver et les nourrir. Elle fit la connaissance de chacun des occupants du bestiaire. Il y en avait de toutes les tailles, certains plus gros encore que l'ankylosaure qu'ils avaient abattu dans le monde du dessus. D'autres de la taille de petits rongeurs. Il y en avait des affreux et des puants mais également de magnifiques aux couleurs chatoyantes. C'était un refuge de diversité et d'étonnement qui ravirent les yeux éteints de la femme-bête...

La barbare se rendit compte qu'en dépit de leur aspect singulier, ils se comportaient comme des animaux. Ce contact à la faune sembla la ramener petit à petit à la raison : l'abrutissement des sombres tunnels et de la récurrence immuable de son cadre de vie venait d'être brisé. Elle revivait ! C'était un second souffle qui étouffa les miasmes de décrépitude qui l'avaient envahie...


_ Si tu l'ouvres ou qu'tu m'désobéis : j't'écrase. Si tu essayes de t'barrer : j't'écrase. Si tu bosses pas comme y faut : j't'écrase. Si tu abîmes mes bébés, j't'écrase. T'as compris ?

Le gros porc qui était en charge du chenil était impressionnant : sa force colossale faisait de lui l'individu idéal pour ce poste. A l'évidence, il n'avait pas peur d'Elifern. Quand on l'avait vu mettre des claques à un mastodonte garnie de crocs de la taille d'épées, on pouvait se douter qu'il ne craignait pas grand monde. Il enleva les chaînes de la barbare et lui expliqua le boulot. Il n'utilisa pas une seule fois le fouet pour se faire respecter : Elifern était docile. Cet endroit valait mille fois les souterrains. Elle pouvait même apercevoir la lumière extérieure ! Quel luxe !

Son terrible entraînement nocturne repris de plus belle. Son état pitoyable avait compromis sa santé et elle n'avait plus rêvé depuis plus d'un mois. Lorsqu'elle revit, le paysage désolé et l'Esprit de la Meute dans sa forme de loup-garou, elle dut faire une moue désenchantée car il se fit plus bavard qu'à son habitude :


_ Cela fait longtemps, humaine.

Il appuyait souvent sur ce qualificatif, "humaine", de façon méprisante. L'émissaire lui avait pourtant dit qu'elle n'avait rien à renier de sa qualité humanoïde...

_ As-tu mis de l'ordre dans ton esprit ?

Il éclata de rire comme si c'était la chose la plus drôle qu'il ait jamais dite. Un geyser de lave à une centaine de mètres salua ses émotions tandis qu'un pan de mur s'effondrait sur sa droite. Le sol ondula : Elifern chancela et dut faire un un pas de côté pour esquiver un morceau de roc qui tombait, probablement projeté par l'explosion de roche en fusion. Elle était bien de retour dans les emmerdes...

Le rire de l'Esprit de la Meute redoubla. Il était en forme cette nuit ! Soudain le sol se fissura sous les pieds de la guerrière. Elle put apercevoir un bain de lave en train d'affleurer par la fracture. Elle sauta vers des marches d'escaliers qui couraient le long d'un mur et trébucha : les marches avaient soudainement grandi ! Une pierre se détacha du mur qui tremblait et manqua de justesse s'écraser sur son crâne.


_ Voyons voir si ces jours de vacances t'ont inspirée...

Il avait cessé de rire : le combat allait recommencer. De là où elle se tenait, le femme-bête remarqua quelque chose d'insolite : la fissure qui avait laissé sourdre la mer incandescente s'était arrêtée à quelques pas juste devant son adversaire. Et aucune pierre n'était tombée là où il se trouvait... Était-il le maître du monde pour qu'il semble ainsi l'épargner de ses vicissitudes ?

Le mur s'était arrêté de trembler. Le loup-garou s'élança. Elle laissa l'Incarnum infuser son corps de rêveuse. Il bondit. Elle sauta les deux pieds en avant et le toucha au vol au niveau du torse. Inutile... Sans aucun effet sur sa course, elle rebondit et bloqua deux coups de griffes de ses avant-bras. Il rugit. Des pierres aux angles acérés avaient poussées dans son dos et sa réception foireuse fut accompagnée par son cri déchirant : le premier sang fut versé. elle s'était amplement entaillé le flanc...


_ Toujours aussi faiblarde...

Qu'il était bavard aujourd'hui ! Elle eut envie de lui rabattre son caquet, de le voir baignant dans l'hémoglobine, là maintenant, qu'il crève, qu'il agonise. La fureur l'emporta. Hors d'elle, elle se releva et arracha l'éclat de roche en hurlant. D'un bond prodigieux, elle s'envola vers le loup-garou et lui colla son poing sur la mâchoire avec une énergie qu'elle ne s'était jamais encore sentie posséder. Le coup fut fulgurant : l'hybride partit en arrière en trébuchant et se prit les pieds dans un parterre qui venait d'enfler pour l'occasion.

Elle avait enfin senti sa force lui revenir ! Que s'était-il passé ? Avait-elle bien vu ? Les dalles avaient-elles réagi à sa réussite ? Ou était-ce le fruit du hasard ? C'était la première fois qu'il se faisait surprendre par ce décor funeste. Elle en était certaine !

Les yeux mauvais du loup-garou se plissèrent de colère : il se rua sur elle. Un déluge de crocs et de griffes s'abattit sur la pauvre guerrière qui fut totalement dépassée par les évènements. Elle perdait du terrain. La flaque de lave était devenue une rivière et elle coulait à revers : elle était piégée !

D'un coup d'une puissance effroyable, l'hybride brisa sa garde et son bras avec, l'envoyant valser dans la mer incandescente. Elle hurla de douleur : une fois de plus, elle avait échoué...

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Ven 06 Juin 2014, 06:44 
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Sa nouvelle affectation la ravissait : après avoir pataugé dans un océan de merde dans les égouts de la forteresse, n'importe quelle corvée était un plaisir. Et au milieu des monstruosités, elle se sentait finalement davantage parmi les siens. Les animaux ne trichaient pas contrairement aux humanoïdes : et si les entendre jacasser pouvait être parfois pénible, ils avaient le mérite de ne pas occuper la même cellule qu'elle. La quiétude d'une pièce privative était un luxe qu'elle n'avait depuis si longtemps.

Et l'hygiène ! L'eau était disponible à volonté dans les parcs : elle n'avait jamais autant apprécié le contact glacé d'un bassin d'eau claire. Durant tout ce temps, couverte de sa propre merde et de toutes sortes d'immondices, déposant une nouvelle couche de sang pratiquement chaque nuit... Elle se demandait comment elle avait pu survivre à tant de crasse sans attraper la gangrène ou d'autres maladies.

Son patron était un abruti fini mais il n'était pas trop sur son dos. C'était un solitaire qui aimait ses bêtes d'une manière toute personnelle. Il n'était pas tout seul dans sa tête également ce qui expliquât peut-être pourquoi il ne recherchait pas particulièrement de compagnie. De temps à autres, il lui gueulait dessus. Parfois sans raison. Une fois, il avait piqué une colère pour une histoire de rangement totalement absconse : il fallait enrouler telle chaîne dans un sens et pas dans l'autre. Il avait attrapé la femme-bête par le col et l'avait balancée contre le mur avec une facilité déconcertante. Elle n'était qu'un jouet dans ses grandes pattes. Sonnée par sa réception elle avait encore dû encaisser un coup de botte avant qu'il ne la laisse à son inconscience. Elle s'était réveillée dans sa cellule avec un mal de crâne digne de ses plus grosses cuites. Hormis ces quelques éclats de folie, il ne posait pas de réel problème ; elle comprenait néanmoins pourquoi ses prédécesseurs ne faisaient pas long feu.

D'autres dangers guettaient également le commis - puisque c'était son titre. Certains animaux étaient extrêmement agressifs : Elifern avait beau commencer à les connaître, il y en avait deux qui étaient cons comme leurs pieds et ne gardaient pas un souvenir d'elle, l'attaquant à vue dès qu'elle passait les grilles. L'un était un mélange entre un gros rat et une grenouille de la taille d'un cheval de trait que le patron appelait Raja et l'autre une sorte de félin à huit pattes avec une queue d'écureuil qui dévorait cent kilos de viande tous les jours à lui seul. Un certain Gravich. Par bonheur, il était convenu qu'elle ne racle sa cellule qu'après qu'il eut été nourri. Mais bizarrement, il lui semblait que même ainsi, il aurait toujours eu un petit creux pour se mettre une humaine toute fraîche sous la dent.

Quant à l'autre, Raja, c'était le préféré du gros porc : il rentrait tous les jours l'air bonhomme dans sa cellule avec un paquet de tripailles et le monstre le chargeait toutes griffes dehors. Il mangeait quelques bonnes beignes ce qui ne l'empêchait pas de continuer.


_ ça c'est mon champion ça ! ça c'est mon champion ça ! Paf ! Et il lui collait une droite qui l'envoyait valser contre un mur. C'est ça mon tout beau ! Viens voir papa ! Gouzi gouzi gouzi...

Et le manège se répétait : c'était leur façon à eux de se montrer leur affection il fallait croire... Elifern était dubitative : si les coups étaient nécessaires pour se faire respecter, il fallait être bien tordu, estimait-elle, pour en faire la base d'une relation. Bref : à chacun ses méthodes...

Quant à ses batailles nocturnes, elles avaient peu à peu pris une autre tournure. Elle avait fini par saisir son impuissance et les roueries du monde des ruines étaient liées. Ou plus exactement, c'était sa volonté confrontée à celle de son mentor, le loup-garou qui façonnait son incapacité à le blesser ainsi que les variations subites du décor. Lorsqu'elle avait réussi à le toucher, elle avait pris conscience d'une certaine force, un certain sentiment physique à mi-chemin entre la rage, l'émotion et l'intention de nuire. Une énergie qui voulait s'exprimer mais qui nécessitait une certaine disponibilité dans son esprit.

C'était comme si cette énergie avait toujours été présente autour d'elle et en elle mais qu'elle n'avait jamais su la distinguer tant elle était entremêlée de pulsions, d'émotions et de manifestations physiques. Il avait fallu qu'elle purifie sa rage de guerrière, qu'elle la polisse et mette de côté sa folie pour se rendre compte qu'il n'était pas nécessaire de s'abandonner à la sauvagerie la plus stupide et la plus crue pour déployer toute sa puissance. Au contraire même : elle savait qu'elle était plus forte encore qu'avant depuis qu'elle canalisait sa fureur bestiale.

Mais il s'agissait ici de quelque chose d'autre : un rapport entre la puissance et la volonté de détruire. C'était difficile à cerner. Frapper sans habiter le poing de cette intention menait systématiquement à l'inefficacité : le coup ne portait pas sur un point vital ou il n'était pas assez puissant pour heurter les os ou les organes ou encore, il était trop prévisible. Dans cette guerre à mort qu'ils se livraient, seuls les frappes décidées, portées par une volonté aiguisée avait une chance de passer les défense de l'Esprit de la Meute. Et elle avait compris que c'était tout l'enjeu de cette bataille contre le loup-garou.

Elle avait aussi remarqué que le champ de ruine et de désolation était très sensible à cette énergie : elle avait appris qu'elle pouvait ordonner au monde de tendre des pièges à son ennemi. Ce qu'il faisait lui-même dès qu'il en avait l'occasion. Pire ! Ce salopard avait su évoluer et s'adapter au même rythme qu'elle découvrait ses pouvoirs. Les confrontations n'étaient plus seulement de brutales confrontations univoques mais des duels de volontés s'acharnant à maintenir leur domination sur les paramètres physiques du monde de ruines...


Elle courait le long d'un mur. Où était-il ? Elle l'avait perdu de vue... Soudain, le sol se lézarda à toute allure. C'était lui : elle concentra toute son attention sur les dalles. Elle les voulait solides et unifiées. Le geyser jaillit projetant la masse rocheuse et elle avec comme un bouchon de liège expulsé par les bulles d'une bouteille qu'on sabre.

Elle ne perdit pas un instant ; l'autre ne lui laissait plus aucun répit depuis longtemps maintenant. Elle invoqua un mur. A toute allure, les pierres s'empilaient du sol vers le firmament. Son esquif rocheux commençait à bouillir. Elle ne pouvait attendre. Elle bondit juste à temps : le geyser de lave finit de consumer la dalle. Elle étouffa un grognement en se réceptionnant sur son mur.

Le mur trembla. Elle perdit l'équilibre. Quelle idée n'avait-elle pas eu de se fourrer si haut ! Plus dure serait la chute. Tout allait s'effondrer. Elle se concentra et l'espace d'un instant, le mur cessa de bouger. Puis dans un sursaut, il reprit de plus belle. Il se montra enfin : derrière un mur en ruines, sa tête dépassant tout juste. Il jouait de sa volonté pour la faire échouer. Elle résistait.

La lave courrait non loin du périmètre de son ennemi : elle déplaça une partie de son attention sur la rivière incandescente. Si elle parvenait à l'encercler : il était cuit ! Le mur branlait méchamment. des tonnes de pierres s'effritaient sur toute sa hauteur comme un château de cartes qu'on dégomme en soufflant dessus. Il était trop fort. La rivière l'encadrait presque : encore un petit effort, un tout petit effort...

Elle tombait. Allait-elle encore périr ? A choisir, elle préférait encore être écrasée par les décombres que brûlée dans la mer incandescente : les suites étaient moins pénibles durant la phase d'éveil. Accomplir ses tâches quotidiennes lorsque votre peau se craquèle sans cesse est particulièrement douloureux.

Non !

Non. Ce n'était pas fini ! Rien n'était définitif dans ce monde chaotique. Rassemblant ses forces, elle regroupa les pierres de proche en proche en une gangue de protection. Elle sentit qu'il avait relâché sa pression : il était aisé d'ordonner. Il l'avait vue tomber et avait cru la partie gagnée. C'était sa chance !

Elle était chahutée dans tous les sens. Sans perdre un instant, au mépris de la situation présente, elle projeta toute sa volonté sur la rivière qui devait encercler les ruines où elle l'avait aperçu et en appela à la Mer incandescente. Tendue comme jamais, elle visualisa le bouillon sous-jacent et lui intima de surgir et d'emporter la construction.

Sa bulle de pierre s'effondra dans les décombres : elle avait touché le sol. Elle sentit sa jambe craquer sous l'impact et l'os percer la chair. Elle roula et se fracassa contre les parois resserrées de la sphère rocheuse tandis qu'elle sentait presque les impacts d'autres roches tenter de briser son emprise sur la matière. Elle tenait d'une main sa construction et devait empêcher coûte que coûte sa destruction. Et de l'autre, son geyser qu'elle ne pouvait qu'espérer voir surgir...

La sphère sembla s'immobiliser. Des tonnes de rocs dégringolaient encore. Elle était épuisée. La douleur de sa jambe - de son bras droit aussi ? - la submergea. Attendre encore un peu. Et sortir de là...

Les bruits cessèrent. L'inconscience l'appelait. Elle devait résister. Elle résista : elle avait un tas de cailloux à déblayer ! Tendant sa volonté, elle sentit les roches s'éparpiller, dégageant son berceau. Délicatement, elle ouvrit la sphère comme un œuf brisé par son nouveau-né. Le ciel tourmenté aux teintes grisâtes laissa entrer un filet de luminosité. Le champ semblait calme. Elle escalada tant bien que mal sa bulle de sûreté et se dégagea à la force des bras et de sa volonté un angle de vue.

Elle écarquilla les yeux : la zone ciblée était noyée sous un champ de lave bouillonnante fraîchement établi. Elle ne voyait pas sa cible. Elle se crispa, tendue. Elle n'avait plus la force de résister à un assaut frontal. Ni sur le plan physique. Ni sur les combats de volonté.

Elle pissait le sang... Pourquoi ne venait-il pas pour en finir bon sang ? ça n'était pas dans ses habitudes ! Elle grogna. Elle clopina vers le bas du monticule s'aidant de son contrôle sur les pierres pour faire basculer son corps vers l'avant d'une plaque à une autre.

Où était-il ?

Enfin elle le vit. Ce qu'il en restait... Elle n'en croyait pas ses yeux ! Il était carbonisé le chacal puant ! La moitié basse de son corps avait été dévorée par la vorace mer incandescente. Tous ses poils avaient grillé. Il lui rappelait un rat passé à la broche - elle avait eu l'occasion d'en manger un jour de grande détresse, il y avait longtemps. Il respirait encore mais il n'en avait plus pour longtemps.


_ Cette fois tu m'as eu, humaine, articula-t-il avec peine en la sentant approcher.

Ses yeux étaient brûlés également. De près, elle pouvait sentir l'odeur de la chair flambée. Elle s'approcha encore et... lui cracha à la gueule. Elle n'avait pas les moyens de faire plus létal châtiment...

_ Tu as passé ta seconde épreuve, fit la voix de l'émissaire.

Il se tenait à quelques mètres de là, debout sur la mer incandescente sans paraître le moins du monde affecté. Il marcha doucement jusqu'à eux et tandis qu'il approchait, le décor changeait dramatiquement : si seulement elle avait pu faire cela aussi facilement elle se serait épargné bien des souffrances. Lorsqu'il fut à leurs côtés, ils étaient dans une grande salle de pierres. Elifern reconnut les pierres du champ de ruines. Elles étaient cette fois agencées de manière méthodique. Des bas reliefs ornaient les quatre murs y dépeignant diverses scènes de bataille dans un style baroque. Le sol était dallé et poli avec soin. Au plafond couleur de sang étaient suspendus trois lustres volumineux qui dispensaient une lumière pourpre. Le changement d'ambiance était saisissant !

L'émissaire ramassa le cadavre de l'Esprit de la Meute par la peau du cou. Et regarda Elifern droit dans les yeux :


_ Tu t'es bien débrouillée mortelle. Mais tu es n'es pas encore complète... fit-il toujours aussi énigmatique. Je te renvoie, pour l'heure, penser tes plaies en attendant ton prochain défi...

_ Attends ! L'interrompit la femme-bête. A quoi tout cela sert-il puisque je suis prisonnière ?

C'était la lassitude qui parlait : elle savait pertinemment pourquoi elle endurait tout cela. L'émissaire ne répondit pas et ne lui en tint pas rigueur. La dépouille du demi loup-garou qu'il tenait entre deux doigts griffus se mit à osciller, prise de spasmes de plus en plus violents. Elifern se ramassa sur elle-même, inquiète. Dans d'affreux bruits de déchirement d'os et de chair, elle vit le corps faire repousser des jambes et se métamorphoser. En un rien de temps, l'émissaire déposa un humain de sexe masculin sur le sol de roches. C'était un modèle de perfection, un athlète tout en muscles. Il avait un regard glacial et des pupilles écarlates. Et il était complètement nu...

_ Voici ton nouvel adversaire.

Et avant qu'elle n'ait pu ouvrir encore son clapet, il renvoya son âme vers son enveloppe charnelle qui aurait encore bien des dégâts à réparer...

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MessageMessage posté...: Ven 06 Juin 2014, 19:28 
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Elle se trouvait dans la grande salle de pierres noires. Les trois lustres inondaient le plafond de multiples reflets qui oscillaient de manière surnaturelle. Les facettes cristallines semblaient faire office de prismes et de réflecteurs pour la lumière bleutée des bougies, d'une quantité impressionnante de bougies. L'effet associé à l'écarlate, la couleur naturelle de ce plafond autrement parfaitement lisse, était saisissant et il renvoyait dans toute l'antichambre des vagues de couleurs pourpres.

Les bas reliefs représentant des batailles, des duels pour être exact, semblaient presque vivants : l'artiste avait mis un point d'honneur à ce que ses créations soient le plus réaliste possible. Il y en avait sur les quatre murs. Elle remarqua d'ailleurs qu'il n'y avait ni porte ni fenêtre. Seulement des murs sculptés. Chaque duel mettait en scène diverses créatures mais l'un des adversaires était toujours le même : elle reconnut sans peine l'homme que lui avait présenté l'émissaire de Malar la veille. Il était partout associé à un nouvel ennemi, nu comme un vers tenant en respect tantôt un minotaure, un ogre, une araignée géante, ours et diverses autres animaux et monstruosités. Et elle put noter également qu'il tenait à chaque fois une arme différente.

La salle était vide. Son adversaire n'était nulle part en vue et en même temps partout dépeint. Elle parcourut les gravures en marchant doucement. On était loin du paysage chaotique et torturé du monde des ruines où elle avait affronté et vaincu le loup-garou. Cette grande pièce respirait l'austérité et la quiétude. On sentait que tout y était à sa place, ordonné. Elle tenta de projeter sa volonté sur les pierres. Elle ne perçut rien si ce n'est l'énergie de son propre corps. Elle apprécia son flux et son reflux, comme un souffle d'air sur sa peau qui balayerait également l'intérieur de son corps et la mettrait en contact avec le monde extérieur.

Elle sera le poing : sa volonté rassembla le flux autour de sa main repliée. Comme une masse faite d'acier trempé, elle sentait ce poing lourd et dur. L'énergie faisait de son corps une arme, l'infusant d'une vigueur invisible. Mais tout à fait palpable : le loup-garou en avait fait les frais plus d'une fois !

Où était passé l'Esprit de la Meute ? Avait-elle quelque chose à faire de particulier ou devait-elle simplement attendre, là, toute seule ?

En tournant la tête elle découvrit un immense râtelier qui n'était pas là l'instant d'avant. Un assortiment de diverses armes y étaient disposé s'offrant à elle. Le message était clair : choisis ton arme et bats-toi ! Elle s'approcha et étudia l'ensemble avant d'arrêter son choix. Il y en avait de toutes sortes : certaines qu'elle connaissait, d'autres qu'elle appréciait et d'autres encore qui lui étaient inconnues et lui semblaient bien mal balancées, inutiles ou probablement inefficaces. Se fiant à ses anciens amours, elle arrêta son choix sur une coutille intégralement en métal dont la qualité ne faisait aucun doute.

Une présence !

L'humain, produit de la métamorphose du cadavre calciné de l'Esprit de la Meute, se tenait au centre de la pièce, droit et digne. Il était toujours aussi nu mais portait à son côté une coutille dont le pommeau reposait sur le sol. Il ne bougeait pas : apparemment c'était à elle de faire le premier pas.


_ Tu es sûr de vouloir prendre cette arme là ? C'est mon arme favorite tu sais...

Pas de réponse... Celui-là n'était pas bavard du tout, semblait-il. Sans hâte elle tourna autour de lui sans le menacer. Puis elle se mit en garde. Aussitôt, il prit une posture martiale : fermement campé sur ses deux jambes puissantes. Elle ne le surprendrait certainement pas. La femme-bête apprécia le relief de sa musculature puissante contractée en vue de l'affrontement : c'était un magnifique spécimen...

_ Tu es prêt ? Demanda-t-elle pour la forme.

Elle chargea. Une fois au contact, elle le harcela de petits coups rapides qu'il para sans difficultés. Il riposta d'un puissant coup de taille au corps qu'elle bloqua de travers. L'impact la souleva du sol et l'envoya valser à une dizaine de pied en arrière. Ses pieds crissèrent sur le sol lustré : elle était encore debout. Le métal du manche de son arme sonnait comme une cloche en vibrant dans ses mains. Elle étouffa la résonance.

Son adversaire n'avait pas quitté sa position pour l'attaquer : décidément, il était clair que c'était elle qui décidait de l'affrontement. Elle était le chasseur et lui la proie. ça changeait des épreuves précédentes. L'homme mettait son énergie dans son arme, elle l'avait clairement perçu. Elle n'avait jamais songé à cette utilisation et ne s'était même pas posé la question : tout cela était tellement nouveau pour elle. Elle savait néanmoins qu'elle n'avait aucune chance si elle ne faisait pas la même chose : elle avait assez pu constater les médiocres résultats d'une frappe sans volonté de détruire durant ses innombrables rencontres avec le loup-garou...

Appelant la perception du souffle, elle le sentit se rassembler et le projeta au-delà des frontières de son corps, au-delà de sa peau vers le métal. Jusqu'à la pointe. C'était facile, non ?

Elle s'élança. L'échange suivant fut des plus complexes. Il était doué le bougre ! Et bigrement inventif : Elifern avait toujours été considérée comme une excellente manipulatrice de la coutille déjà au sein de son clan. Elle avait son lot de faits de guerre et toujours avec cette arme au poing. Cet homme là était certainement son égal... sinon plus...

L'échange se poursuivait, remarquablement équilibré. Soudain, il perça sa garde. Elle se contorsionna et évita la pointe de justesse. D'un coup sec du poignet, il fit pivoter la lame et utilisa le contact des deux manches comme point de pivot, point de bascule et partit d'un coup de taille serré d'une force prodigieuse. Le tranchant mordit la chair de son flanc nu. Si elle avait eu son armure à cet instant, la lame aurait probablement glissé sans entamé sa peau. Mais depuis le départ, dans tous ses rêves, elle était totalement nue. ça ne la gênait pas vraiment : Elifern n'était pas pudique. Mais il était certain qu'elle se trouvait plus vulnérable aux crocs, griffes et maintenant lames de ses opposants.

Profitant de l'audacieuse manœuvre de son partenaire, elle saisit immédiatement l'arme de son adversaire par le manche, calant son avant-bras contre le manche de sa propre coutille et fit levier pour le déséquilibrer. Loin de se laisser surprendre par cette tactique, l'homme relâcha sa poigne de son arme et fit un demi-tour sur lui-même à une vitesse surprenante qui s'acheva par un coup de pied retourné qu'elle prit de plein fouet au foie. A nouveau, elle décolla, fut projetée en arrière et atterrit sur son séant. Sa coutille chut dans un bruit de tonnerre.

Il avait su dégager son arme et frapper sa victime dans le même mouvement. Elle était impressionnée. L'allonge que conférait la coutille permettait de tenir en respect des adversaires ayant une taille supérieure. C'était un avantage que la femme-bête avait beaucoup prisé dans sa jeunesse : étant une femme, elle était bien souvent amenée à affronter des bonshommes plus grands qu'elle. Mais l'une des plus importantes faiblesses de cette arme était qu'il était très difficile de combattre lorsque la distance était réduite. L'homme venait de lui montrer que cela ne lui posait aucun problème quant à lui...

Elle se remit en position et contrattaqua. Le combat était serré : la femme-bête fit appel à l'Incarnum et laissa les âmes de toutes les créatures enragées, tous les berserkers des temps présents et passés, infuser son corps de leur puissance. Sa peau nacrée trempée de sueur vira au bleu azur. Elle prenait l'avantage. Sa force brute et la concentration qu'elle avait acquise durant toutes ces séances nocturnes étaient un atout qu'il ne pouvait contenir.

Elle le toucha d'abord à la cuisse. Il ne broncha pas. Même son souffle était silencieux. Pas une goutte de sueur ne perlait à son front. Cet homme était bien inhumain... Puis elle entailla sa main droite, la main directrice. Il en fut visiblement handicapé dans sa gestuelle et lorsque l'occasion se présenta elle mit tout son coeur dans un coup d'estoc qui lui transperça la gorge de part en part. Il s'immobilisa, blessé mortellement. Pas une goutte de sang ne s'échappa de la plaie béante. Son corps se désagrégea en poussière grisâtre comme s'il n'avait pas de substance et les cendres se dispersèrent, dissoutes dans l'air même.

ça avait été facile pour une fois... Elle se tourna à la recherche de l'émissaire avec une remarque pleine de prétentions sur le bout des lèvres, mais ce qu'elle vit à la place était bien insolite : sur l'un des bas reliefs, un ours massif ondulait. A ses pieds gisait un combattant, une représentation de l'homme qu'elle venait de vaincre, déchiqueté par la bête. Puis l'ours tourna ses yeux vers elle. Lentement, elle vit ses babines se retrousser comme pour grogner et... il jaillit dans une pluie d'éclats de roches minuscules hors de la sculpture. A toute vitesse, il fonça sur la femme-bête qui récupérait son souffle. Elle fut prise au dépourvu : la bête fut sur elle en un instant. Elle ne put rien y faire...

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Sam 07 Juin 2014, 09:02 
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Le nouveau défi qu'elle affrontait lors de ses heures de sommeil était d'une toute autre nature que ceux qui l'avaient précédé. Si le principe reposait encore sur une certaine forme d'opposition et de combat, il n'y avait cette fois pas de truc ou de déclic à saisir. Si contre la Meute, elle avait dû apprivoiser son instinct et calmer ses folles ardeurs pour saisir l'instant fatal, contre le Loup-garou elle n'avait pu trouver son salut que dans la maîtrise d'une force étrange, imprévisible et chaotique imprégnant le monde et son propre corps. Cette fois, il n'y avait rien de tel : froid et dur comme la pierre, l'enseignement était une succession d'affrontements sans astuces avec des armes et des créatures toutes différentes.

La seconde nuit où elle était retournée dans la salle des combattants, elle avait été chargée sans préméditation par l'ours ; il semblait qu'il n'avait pas trouvé opportun d'aller se recoucher dans son bas-relief celui-là... Échappant aux griffes mortelles, elle avait bondit vers sa coutille ensanglantée - son propre sang, étalé abondamment sur le parvis - et avait pu abattre l'animal sans y laisser cette fois sa peau. Tandis que la bête disparaissait en poussière comme l'homme avant elle, la coutille également, subissait le même sort. Sur le mur, à l'emplacement d'où avait surgi l'ursidé, liés par un même destin, l'homme et la bête étaient réconciliés dans la mort : allongés l'un sur l'autre, les membres emmêlés, ils figuraient une image de lutte sans merci s'étant soldée par le décès de chacun...

Elle avait alors fait le tour du râtelier et dénombré les armes. Il y en avait autant que de scènes de bataille. Les règles du jeu était claires : elle avait du pain sur la planche !

Sa phase diurne s'enfilait avec monotonie dans une certaine routine. Elle avait rapidement acquis tous les détails inhérents à sa fonction et elle menait à bien ses tâches sans faillir. Elle s'efforçait de se soustraire au maximum à la vue de son geôlier : il semblait avoir autant de mémoire que ses deux plus stupides protégés et elle avait remarqué que tant qu'il ne la voyait pas, il ne songeait pas à lui hurler dessus. Enfin... presque pas.

Elle avait eu le temps de sympathiser avec certaines des créatures. Ses talents empathiques envers le mon de animal n'avaient pas été inutiles. Les deux plus impressionnants spécimens étaient aussi les plus doux, une fois qu'on savait s'y prendre. Naturellement, ils détestaient le gros porc qui ne connaissait que les coups comme mode de communication. Elifern plus subtile et plus patiente avait su s'en faire des alliés. En dépit de leur masse extraordinaire, ils étaient précautionneux avec la frêle humaine et s'efforçaient de manœuvrer dans leurs cellules en évitant de l'écraser. C'était un moment reposant pour la femme-bête lorsqu'elle s'occupait des appartements de ceux-ci et elle en faisait souvent davantage, brossant leur toison ou chassant les parasites par affection...

Et cela lui sauva probablement la vie : tandis qu'elle faisait sa ronde, un jour, du côté de la volière, elle se rendit compte que l'un des occupants, une sorte de chauve-souris rosâtre au long museau de crocodile, gisait sur le sol. Elle était vraisemblablement morte étouffée par un morceau d'intestin que son patron lui avait filé à bouffer. Hélas pour la goulue : le boyau avait dû bloquer la trachée. C'était une erreur inhabituelle chez le maître des lieux mais la barbare était bien embêtée : elle savait que le taré allait lui imputer toute la responsabilité. Elle décida de feindre de ne l'avoir pas remarquée...

Ce qui devait arriver arriva : à la tournée du soir, elle entendit un hurlement particulièrement sauvage. Sans perdre un instant, elle se faufila dans la cellule d'un de ses deux protégés, un quadrupède laineux qui ressemblait à une chèvre gigantesque, et grimpa sur son dos. Elle l'entendit fulminer et taper sur les murs : toute la ménagerie s'agita dans une cacophonie assourdissante. Il gueulait son surnom :


_ Mange-merde ! Viens ici ! Tu peux pas t'échapper ! J'vais t'crever salope de Mange-merde !

Il inspecta toutes les cellules et ne parvint pas à la trouver. Elle resta en planque quatre jours durant. Tous les jours, il crachait des insultes et des menaces de mille sévices à son encontre mais au bout d'un moment, l'odeur de merde devint si pesante dans le chenil qu'il sembla développer un semblant de raison. Le cinquième jour, on l'entendit susurrer d'un ton mielleux :

_ Mange-merde, ma p'tite Mange-merde, reviens ma toute belle ! Y'a tout plein de beaux tas de merde rien que pour toi. Je sais que c'est pas toi qu'a crevé Fitgarce. Je sais bien. Je sais bien. Trop glouton le Fitgarce. Il a tout avalé tout cru et s'est noyé dans la tripaille le Fitgarce. Vilain Fitgarce. Où qu'tu t'caches ma Mange-merde préférée ? Si tu reviens, j'vais pas t'taper Mange-merde. Promis ! Promis !

N'en croyant pas un traître mot au départ, elle décida de le faire mariner encore un peu. Elle sortirait de toute manière : la nourriture de la biquette titanesque ne lui convenait pas des masses et son estomac criait famine. Mais lorsqu'il commença à s'impatienter, elle n'y tint plus et se pointa sous son nez. Il fallait saisir l'accalmie dans son tempérament imprévisible : cela pouvait être bien pire par la suite. Il lui fit étonnamment, un accueil cordial comme à la fille prodigue qu'on n'espérait plus revoir et la serra dans ses bras en baragouinant au sujet du souci qu'il s'était fait pour sa santé. Il était vraiment fou à lier... Et pour faire bonne mesure, toutes ses effusions d'émotions se soldèrent par une paire de trempes d'une puissance colossale qui la laissèrent sonnée dans les couloirs. Elle avait eut beau bloquer les coups, ça ne servait pas à grand chose...

_ T'as rien foutu pendant quatre jours. Tu crois p't'être qu'y z'ont arrêté d'chier les mômes ? Au tas ! Et qu'ça saute !

Et il la laissa survivre. Elle l'avait échappé belle. Gradouble n'aimait pas racler la merde. Il ne faisait que nourrir et battre les animaux. Il avait désespérément besoin des services de la commis...

Les duels nocturnes avançaient gentiment. Parfois, elle mourait des mains de sa Némésis. D'autres fois, elle succombait sous les assauts des monstres. Elle avait naturellement commencé par les armes dont elle savait pouvoir se servir efficacement. Encore qu'elle fut étonnée de l'habileté de l'homme de pierre : il lui sortait des enchaînements parfois, d'une technicité dépassant l'imagination limitée de la barbare. On pouvait dire qu'il lui apprenait beaucoup. Elle avait d'ailleurs saisi que le but de la démonstration était de lui montrer ce que l'on pouvait tirer des toutes ces armes. Il la préparait à affronter les monstres.

Il y avait pourtant des ustensiles dont elle n'entravait pas vraiment l'utilité. Comment pouvait-on avoir jamais pensé tels instruments à des fins guerrières ? Il y avait des sortes de fourchettes pour géant par exemple : c'était moins bien qu'un crochet pour agripper l'adversaire ou ses armes et moins bien qu'un poignard pour le planter. Alors, par Malar, à quoi servait donc cette saloperie ?

Elle avait buté sur "ces fourchettes" durant des semaines ! L'homme se jouait d'elle avec une facilité déconcertante : il les lui arrachait des mains avant de l'envoyer bouler au sol. Elle avait bien essayé de changer d'arme : le temps de prendre un autre ustensile, l'homme avait lui-même passé la main. Cela ne changeait pas le problème de fond : elle devait lui faire la peau avec les "fourchettes". C'était le contrat.

A force de persévérance et de don de soi, elle finit néanmoins par l'avoir : elle le laissa planter ses deux armes dans ses flancs et lui planta le sien dans l’œil. Avant que le monstre ne surgisse, elle était déjà morte !

La bête était une sorte de scorpion géant. Quelle idée avait donc eu cet imbécile de poser à poil avec ses fourchettes face à une telle bestiole ? Lui non plus elle ne l'avait pas eu du premier coup : le jour où elle en était venu à bout, elle lui avait arraché une de ses pinces et la lui avait enfoncée en travers de l'abdomen. Les fourchettes n'avaient qu'à bien se tenir !

D'autres fois, elle était plutôt chanceuse : lorsqu'elle s'était saisie de la cognée d'une fameuse hache de guerre rutilante, elle s'était sentie comme au pays ! Le garçon n'avait pas grand chose à lui apprendre. Elle le décapita proprement et se campa pour accueillir un monstre-plante, une sorte d'arbre à la tronche torturée. Il avait mangé la hache de tous les côtés et des jurons de bucheronne à chaque fois qu'une racine la faisait trébucher. Elle avait aimé ce moment de défoulement : ça changeait des frustrations.

Voyant sa réserve diminuer, elle s'était forcée à se coltiner les outils les plus détestables. Et comme une gourmande, elle s'était gardé un petit plaisir pour la fin : une large épée à deux mains qui devait trancher un homme de pierre et un minotaure de dix pieds de haut. Une promenade, sommes toutes...

Elle avait patiné sur le minotaure. Peut-être parce que c'était le dernier, l'émissaire de Malar l'avait-il voulu plus coriace que les autres ? Le bestiau était sacrément puissant ! Pas d'énergie, de souffle ou d'autres bêtises de la sorte. Pas besoin. La grande hache de l'humanoïde à tête de vache s'abattait avec une rapidité et une force à couper le souffle. Elle avait passé son temps à courir dans la grande salle en esquivant les coups de taille. Il avait laminé le carrelage : on aurait dit un champ de labour...

Ce n'était qu'au bout de la septième nuit où elle était parvenu à lui faire la peau. Elle avait appliquée la même tactique que les petites gens ont coutume de pratiquer contre les géants : elle s'était glissée entre ses grosses sabots et lui avait flanqué un coup terrible dans les roubignoles. Il ne s'en était pas remis. L'achever ne fut qu'une formalité après cela.


La longue lame couverte du sang du bovin bipède tomba en poussières dans ses mains. Elle soufflait comme le bœuf qu'elle venait d'abattre mais elle était fière d'elle. Elle avait vaincu ! Elle les avait tous vaincu ! La femme-bête inhala l'air de la victoire et rugit en brandissant le poing. Le défi était consommé et bien que courbatue, elle était encore en meilleur état que lors du précédent tableau. Elle n'attendait plus que l'émissaire se pointe...

Soudain, un des lustres dégringola. Il se fracassa dans un vacarme de tous les diables, projetant des milliers d'éclats cristallins dans toute la pièce. Était-ce le grand final ? Elle avait eu le temps de lever les bras pour se protéger le visage par réflexe, et à peine avait-elle cligné de l’œil, qu'un pénible récidiviste avait fait son retour.

Au centre de la pièce, l'homme était réapparu. Dans une pose toujours aussi calme et immobile qu'il affectait de prendre. Les éclats de cristal semblèrent fondre et se dissoudre dans le sol dallé qui pour l'occasion avait été refait à neuf, effaçant toute trace de ses affrontements précédents, notamment le dernier qui avait fait des ravages. Elle jeta des coups d’œils intrigués alentour : deux lustres s'accrochaient encore au plafond. Tiens ! Celui-ci avait changé de couleur : il était mauve. Elle songea, euphorique, que le décorateur avait bien mauvais goût pour avoir peinturluré son domaine de cette affreuse teinte...

Les bas reliefs remplis des cadavres de ses dizaines de victimes avaient disparus. Un peu vexée de ne plus avoir le loisir de contempler ses faits d'arme, elle observa qu'on avait remplacé l'ensemble par des peintures. Elles représentaient des scènes avec deux athlètes musculeux en combat rapproché. Diverses prises et contre-prises étaient illustrées tel un précis de lutte martiale. Elle crut deviner la suite des évènements.

L'homme s'était mis en garde. Cette fois, seul les poings décideraient de l'issue du combat. Elle s'approcha prudemment de son adversaire. Quelque chose avait changé en lui. Ses yeux la fixaient avec insistance et attention. Son visage semblait tendu. Sa poitrine se soulevait rythmiquement. Merde ! Il respirait ! Elle se rendit compte qu'il avait enfin l'air vivant. Même le grain de sa peau faisait moins surnaturel. L'homme de pierre s'était changé en homme de chair. Bien ! Peut-être qu'il saignerait également ?


_ Et tu ne causes toujours pas hein ?

Railla-t-elle se demandant s'il allait rompre son vœu de silence. Elle n'obtint pas un murmure. Parfait ! Elle n'avait pas la tête à jacasser. Ce n'était pas la peine de tergiverser cent-sept ans : elle se jeta sur lui...

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MessageMessage posté...: Sam 07 Juin 2014, 19:56 
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Ramassant ses genoux contre sa poitrine, elle roula en arrière hors de sa portée. Comme d'habitude, il occupait le centre de la pièce et n'en démordait pas, indélogeable. Elle massa sa mâchoire endolorie et chassa le sang d'un revers de la main qui coulait de son arcade sourcilière. Elle n'y voyait plus rien de l’œil droit : un vicieux coup de coude. ça vous tranchait la chair presque aussi sûrement qu'un couteau ces coups-là ! Sa respiration était pénible : des points de côté - des côtes brisées certainement - lui coupait la chique.

Quel enfoiré celui-là ! Et toujours aussi silencieux. Depuis les mois qu'elle le combattait, il n'avait pas lâché le moindre mot. L'émissaire lui avait bouffé sa langue, il fallait croire... Il soufflait de manière saccadée. Elle constatait avec plaisir qu'il n'était pas indemne lui non plus. Des ecchymoses parsemaient son visage et ses avant-bras et un hématome magnifique se dessinait sur sa cuisse : plusieurs puissants coups de pieds de la femme-bête l'obligeaient à présent à boiter et rendaient inutilisable sa jambe directrice. Un filet vermeil suintait depuis le sommet de son crâne imberbe et parfaitement lisse qui réfléchissait les reflets violacés des lumières des deux lustres. Mais son regard était toujours aussi vif. Elle sourit d'un air satisfait.

Il lui avait fallu endurer tant de coups, tant de nuits à se faire bastonner sans pouvoir en placer une avant d'enfin parvenir à le blesser. C'était toute l'histoire de ses rêves depuis sa mort, avait-elle l'impression ! Ne pas toucher une bille et galérer et galérer encore. Si elle avait appris quelque chose dans cette épopée, c'était la persévérance. Et l'art de crever de mille et une manière !

Il lui en avait fait voir de toutes les couleurs, le salop. Paradoxalement, il se débrouillait mieux avec ses poings qu'avec une hache acérée. Elle aurait presque souhaité qu'on lui filât des fourchettes pour qu'il cesse d'être aussi bon ! Il bloquait et esquivait tous ses coups. Il prévoyait toutes les feintes qu'elle avait put mettre au point et riposter dans le même temps. Et son poing frappait plus durement qu'un marteau de guerre en acier trempé.

Et puisque ça ne suffisait pas, il ne trouvait rien de mieux que de mettre en pratique les illustrations des peintures couvrant les quatre murs. Elle avait eu le temps de les admirer celles-là ! Elle les connaissait par cœur. Quand elle n'était pas à terre assommée ou entre ses mains à se faire étrangler, elle récupérait ses forces en vue de l'assaut suivant. Elle s'était surprise à rechercher des yeux les figures dont elle venait d'être la victime et qui était représentées quelque part sur une des dizaines de toiles suspendues dans la salle. "Ah ! Tiens : je viens de prendre celle-là ! Hé hé ! Je me suis échappée de celle-ci !" songeait-elle pour passer le temps.

C'était un incroyable lutteur : si ses coups, imprégnés d'énergie vitale et renforcés par l'Incarnum, étaient plus meurtriers que ceux de l'homme, il savait compenser par une maîtrise technique d'élite des manœuvres de lutte. Elle n'avait pas intérêt à laisser traîner un bras ou une jambe : il s'en emparait et malgré elle, elle entrait dans la danse, dans son terrain de prédilection. Elle avait essayé de le dominer par la poigne mais il avait su lui démontrer que le corps-à-corps n'était pas une question de force. Dès qu'elle voulait l'immobiliser, elle se rigidifiait. Il en profitait pour briser son étreinte d'un coup de nerf en déviant la force de son adversaire pour son propre usage.

C'était très déstabilisant comme technique. Elifern avait toujours pu compter sur sa puissance brute pour écraser les imbéciles qui avaient l'audace de s'approcher trop près. Sentir sa force se retourner contre elle vous laisser un sentiment de traîtrise amère. Et lorsqu'il l'avait déséquilibré, il renchérissait sur une de ces fameuses estampes martiales ce qui se soldait généralement au mieux par une luxation, au pire par sa mort. Elle avait fait la connaissance de toutes sortes de douleurs en rapport avec les os et les articulations. Fou ce que la souffrance pouvait receler de diversité !

Petit à petit, les tactiques d'approche, de saisie et de contrôle que l'homme maîtrisait à la perfection s'étaient imprégnées dans la gestuelle d'Elifern. Certains de ses tours ne marchaient plus, elle les voyait venir. Pour d'autres, elle savait réagir assez rapidement pour mettre en branle la parade appropriée. Même s'il avait encore la main haute sur ce domaine martial, elle s'améliorait. Elle avait vaincu le clan des loups, le loup-garou et remporté tous les défis à force de patience et d'opiniâtreté. Il n'y avait pas de raison qu'elle ne parvienne pas un jour à lui régler son compte à celui-là !

Elle s'élança. Feintant à droite, elle envoya sa gauche vers le menton enchaînant immédiatement par un crochet au plexus suivi d'un uppercut. Il esquiva les deux premiers et bloqua l'uppercut, décollant légèrement du sol sous la puissance du coup. Saisie coup de genou au foie : erreur stratégique ! pivotant le tronc, il glissa son avant-bras dans le creux du genou et avant qu'elle n'ait pu se dégager, la fit basculer sur ses appuis. Elle tomba lourdement sur son dos en expirant brusquement. Sans perdre un instant, ils se retrouvèrent emmêlés dans une clé dont il avait le secret : elle se fit retourner comme une crêpe enserrée par ses jambes musculeuses tandis que son genou gauche vrillait selon un angle improbable.

Elle hurla. De douleur et de frustration. Elle savait qu'elle était foutue : l'articulation était démise. Elle n'avait aucune chance de s'en sortir avec une jambe inutilisable. Mécaniquement, impitoyable, il saisit sa tignasse et lui fit manger le dallage à trois reprises avant de lui tirer d'un coup sec, la tête vers l'arrière. Les cervicales craquèrent. Sa conscience s'échappait...

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Sam 07 Juin 2014, 23:03 
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Il faiblissait ou elle fabulait ?

Elle avait l'ascendant cette fois. Aucun de ses coups tordus ne l'avait prise au dépourvu cette nuit. Quant à son état physique, il était assez pitoyable en comparaison du sien. Il pissait le sang du côté gauche de la tête : elle lui avait arraché l'oreille avec les dents pour lui faire lâcher le coude qu'il aurait voulu luxer. Tous les coups n'étaient-ils pas permis ? Depuis quand y avait-il des règles de déontologie dans un combat à mort ?

Elle n'avait d'ailleurs pas fait que cela, à croire qu'elle s'était spécialisée dans les coups bas cette nuit : le combat en tenue d'Adam et d'Eve laissait des zones très sensibles fortement exposées. Une survivante telle qu'Elifern n'avait pu négliger un tel détail. Lorsque la poigne de fer de la femme-bête avait resserré son étau sur les bijoux de famille, l'homme s'était débattu comme un beau diable avec l'énergie du désespoir. Elle avait été éjectée, heureusement, sans que la bourse ne récompense les mains baladeuses. Il en avait eu les larmes aux yeux : elle s'était étouffée de rire. Il ne broncha même pas, insensible à la vexation : sa courtoisie était à toute épreuve.

La suite s'était révélée plutôt aisée. Elle avait mis le paquet : ne lui autorisant pas de répit, elle l'avait harcelé d'une pluie de coups, une avalanche chaotique qui le firent même mettre genou à terre. Elle fut sans pitié, le tabassant sans discontinuité. Il saisit son bras au vol et ramassa un coup de boule. Il tenta de lui briser la glotte d'un coup direct, les dernières phalanges recourbées : elle lui saisit le bras en clé et d'une rotation du buste, l'amena au sol. Le coude craqua. Il tressaillit de douleur : la seule manifestation de souffrance qu'il s'autorisait à lui offrir.

Il était fait comme un rat ! Il roula sur le dos et dut faire face à une pluie de coups appuyés visant à lui refaire le portrait. Il roulait d'un bord à l'autre en repoussant d'une main la femelle enragée et en se protégeant de l'autre. Mais il prenait trop de coups. Ses blocages et ses esquives étaient insuffisantes. Il tenta de la déloger d'un soubresaut : elle profita pour glisser ses mollets contre ses reins et resserrer son étau constricteur. Tel le serpent, elle l'empêchait de reprendre son souffle. Elle savait ce que cela faisait pour l'avoir vécu beaucoup trop souvent à son goût : on avait l'impression d'étouffer, de se noyer. Et il fallait en plus se débattre ?

Elle mit toute sa hargne dans sa charge. Tout en continuant de le matraquer à la tête avec son poing, une de ses pinces de fer vint se ficher contre sa gorge : le peu d'air qu'il parvenait à happer s'en trouva encore réduit. Son visage n'était plus qu'une bouillie sanguinolente. Son sang écarlate avait éclaboussé tout autour. Il devenait glissant mais elle ne le lâcherait plus cette fois !

Puis s'en fut terminé. Un dernier sursaut nerveux et il s'immobilisa. Pour faire bonne mesure elle abattit encore quelques fois son poing. Ses ongles s'étaient enfoncés profondément dans la chair de son cou. Soudain, un des lustres éclata. Elle sursauta, surprise par le bruit de tonnerre. Comme auparavant, les morceaux de cristal se fondirent dans la roche du dallage. Elle regarda le phénomène et observa les changements qui ne tardèrent pas à se mettre en place.

Le plafond avait encore changé de teinte : il avait viré indigo et le seul lustre rescapé diffusait une myriade de reflets multicolores. Les nombreuses peintures sur les murs avaient disparus rendant à ceux-ci l'aspect nu et lisse de la pierre taillée. Face à elle se présentait une sculpture aux formes torsadées : on y devinait les formes d'un arbre dont le tronc jaillissait depuis le mur et dont la ramure s'épanouissait en deux champs distinct formant un buste et un visage humain et une gueule garnie de croc de chien ou de loup peut-être. Les racines de l'arborescence couraient à la base du mur et disparaissaient tantôt dedans tantôt dans le sol. Les deux figures semblaient en paix : toute trace de lutte avait disparue.

Elle sentit des mains se poser sur son ventre et remonter vers sa poitrine. Elle sursauta et leva le poing instinctivement. Elle était toujours installée à califourchon sur sa victime mais en lieu et place du cadavre ensanglanté se tenait l'homme, parfaitement indemne.

Encore ?! Non...

Elle repoussa ses mains avec violence et lui enserra le cou pour l'étrangler en resserrant son étreinte avec ses cuisses. S'il fallait recommencer, elle partait au moins avec un avantage !

Il ne se débattait pas. Il était mou. Il lui souriait, même. Avait-il perdu l'esprit ? Elle allait lui effacer son air heureux sans traîner à celui-là. Ses mains se posèrent doucement sur les avant-bras de la femme-bête et il la caressa... affectueusement ?

Ses pupilles rouges captèrent celles azurées d'Elifern. A cet instant, elle sentit désarmée. Ses mains perdirent leur force. Elle se mis à trembloter. Que se passait-il ? Il la saisit avec douceur et l'attira à elle. Elle se laissa faire, ne parvenant pas à lui résister. Elle sentit sa chaleur. Une chaleur charnelle, bien vivante, accueillante. Elle fondait...

Ses jambes se délassèrent et leur corps s'entrelacèrent. Il menait la danse avec virilité. Elle s'abandonna totalement à lui. Ils s'unirent de la plus ancienne des façons et celle qui n'avait connu que la douleur pendant plus de deux longues années, reçut cette fois, le plaisir...

A l'apogée de leurs amours, chevauchant son apollon, elle rejeta la tête en arrière et cria d'extase. Tout son être fut emporté dans un tourbillon orgasmique qui lui fit tourner les sens. Le troisième lustre éclata en des milliers de copeaux arc-en-ciel et le temps d'un battement de cils tout le décorum s'évanouit dans la tourmente...

Elle se retrouva face à l'émissaire qui la regardait calmement. Il avait ôté son armure rutilante et réintégré son aspect sauvage. Il semblait calme et satisfait. Ils se trouvaient sur une colline herbeuse parsemée de fleurs des champs très colorées. Il y avait une quantité d'odeurs agréables qui vous enivraient les sens. Le ciel était d'un bleu azur magnifique qu'elle ne lui avait encore jamais vu. Une couleur tout à fait surnaturelle.

Son partenaire avait disparu ; le souvenir fugace de leur jouissance s'esquivait comme la poussière dans le vent. Elle était vêtu d'une chemise en coton et de braies qui voletaient gentiment, caressés par la brise tiède d'un vent de printemps.


_ Tu es maintenant complète femme-bête, conclut-il sans cérémonie. Le chemin s'ouvre devant toi. Et je reste ton guide. N'oublie pas : tu dois acquérir davantage de puissance pour servir notre Seigneur.

Il tendit l'une de ses quatre pattes supérieures et ouvrir sa main griffue : une flammèche brillante d'un bleu très pur dansait dans sa paume. Comme prise par la brise, elle s'éleva doucement en virevoltant et vint atterrir dans la main qu'Elifern venait de tendre par réflexe. La flamme pénétra sa peau d'albâtre. Une onde bleutée balaya comme une vague le bras puis tout le corps de la femme-bête.

_ Je te rends tes griffes. Ne perds pas de temps. Tu dois regagner ta liberté.

Sur ces mots, elle se sentit s'élever dans un mouvement léger comme une feuille dans le vent, comme la flamme bleue auparavant. Elle vit la colline devenir une plaine à l'herbe grasse puis elle s'évanouit dans ce ciel azuré...

Elle se réveilla avec une sensation qu'elle n'avait plus ressentie depuis des éons : elle se sentait complète, forte et confiante. La Mer des Âmes coulait sans précipitation tout autour d'elle. Elle sut ce qu'elle avait récupéré son pouvoir. Sans attendre, elle en appela à ses dons. Elle dévia le flux et invoqua les âmes. Comme si elle n'avait jamais été privée de ses talents, il sentit l'Incarnum répondre à son appel. Il s'enroulait autour de ses membres, sur son dos à travers ses os, renforçant sa chair humaine de la puissance des bêtes.

Lorsqu'elle eut terminé, elle regarda ses attributs bestiaux. Elle se sentait enfin elle-même. Comme si elle revenait d'un long voyage vers sa terre, son domaine.

Le cliquetis du jeu de portes et de grilles blindées se fit entendre. Le gros porc approchait : c'était l'heure de se lever. Il allait bientôt se mettre à brailler. C'était le seul à posséder le trousseau de clés des deux grilles et de la porte d'entrée dans le chenil. Il les conservait farouchement autour du cou. Elle avait déjà songé à les lui dérober mais elle ne savait pas comment s'y prendre. Cette fois c'était différent : un plan avait germé dans son esprit.

Ordonnant à ses amalgâmes de se montrer discrets, les quatre bras griffus et la carapace se firent presque invisibles, réduits en volutes bleutées sans substance. D'un tour de clé, il ouvrit la lourde porte de la cage de la barbare.


_ Allez, feignasse de Mange-merde ! Au boulot ! Et qu'ça saute !

Tous les jours c'était la même rengaine, le même discours aux intonations près. Il n'avait vraiment aucune imagination... Mais ce jour-ci serait différent.

Il y avait des boxes dont l'entrée était une porte massive et d'autres étaient fermés par une grille métallique. Les grilles étaient pour la plupart, montées sur des chevilles mais quelques unes se relevaient comme des herses de château-fort. La cellule de Raja était de ce type-là.

La nourriture arrivait par un monte-charge et il fallait la faire glisser sur un chariot et le traîner. Étant donnée la masse de viandes et autres choses moins ragoûtantes, l'opération était réalisée par Gradouble qui avait la carrure nécessaire. Ce qui laissait un peu de temps à Elifern pour mettre en place les éléments de son évasion.

Tandis que le gros porc, les bras chargés de victuailles, s'approchait de la cellule de cet créature stupide qu'était Raja, Elifern devait actionner la manivelle et enrouler la lourde chaîne qui soulevait la grille.


_ C'est l'gentil Raja à papa ça ? Gouzi gouzi gouzi ! RECULE SALE BÂTARD ! Ou j'te crève !

Ledit Raja s'agitait comme un fou en se jetant sur la grille. Sa bave malodorante giclait partout et notamment à la face du patron. Il prit une baffe à travers la grille et s'envola quelques pas en arrière. C'était le moment quotidien où il était convenu qu'elle dégagerait l'ouverture.

Si elle ratait son coup, elle était foutue : lorsqu'il s'engagea dans l'entrée son sourire porcin barrant son museau, Elifern solidifia ses griffes et fit sauter d'un coup le loquet de sécurité. Il lâcha un "Euh?!" stupide et reçut la grille sur les épaules. Il s'étala de tout son long lâchant la barbaque dans la chambrée de Raja. Ce dernier, fin gourmet comme à son habitude, plutôt que de déguster la viande avariée qu'on lui proposait préféra s'attaquer à la fraîcheur toute relative de son tourmenteur Gradouble : il lui lacéra le visage et lui mordit les cornes, déchaîné.

Il fallait faire vite car le bougre avait une force incommensurable : le poids de la grille ne l'arrêterait pas. A toute vitesse, elle déroula la chaîne et lui ceintura les jambes avec, la passant dans la grille pour limiter ses mouvements. Il gueulait comme un putois en repoussant avec vigueur un Raja fou furieux.


_ T'es morte Mange-merde ! Cette fois j'vais t'crever ! Arg ! Raja !

Il attrapa la gorge du bestiau et le plaqua au sol d'une seule main. Quelle puissance ! Elle fila vers la cellule du résident d'à côté qui s'agitait et rugissait en réponse aux ébats. La prison de Gravich était close par une simple porte. Elle enleva le loquet. Raja s'était tu : le gros porc l'avait tué ! Son protégé ? Il commença à se tortiller en grognant : elle était vraiment foutue s'il parvenait à se détacher.

La porte s'ouvrit avec fracas, repoussée par un Gravich tout excité. La femme-bête eut le temps de se glisser derrière la porte. Le monstre ne fit pas attention à elle. Il renifla, un instant immobile, l'odeur de viande crue du chariot et s'y rua. Elle eut peur qu'il ne remarque son geôlier mais ses craintes furent vite apaisées. Il se jeta sur les jambes de Gradouble et les déchiqueta méthodiquement. Ses hurlements déchirants réjouirent le coeur de la barbare qui se permit un sourire.

Le carnage dura un moment. L'humanoïde parvint même à bousculer suffisamment la grille pour s'échapper. Mais c'était trop tard ! Garvich lui avait déjà rogné jusqu' à l'aine et au genou, les gigots droit et gauche. Sa force légendaire ne suffit pas à retenir le félin à huit pattes : il le mordit à la jugulaire et se fut terminé.

Elle devait récupérer les clés à présent. Il ne manquait plus que l'autre les gobe avec la tête du patron ! Le morceau le plus délicat de son plan allait se jouer : elle siffla : aussitôt, Gravich tourna la tête vers elle et s'élança répondant à ses instincts. Il y avait une souris à chasser...

A l'instant fatidique, elle se jeta sur le côté : le monstre réintégra sa cellule et elle lui claqua la porte au nez. Elle rabattit le loquet juste à temps : une masse frustrée vint s'écraser contre la porte de l'autre côté. Elle remercia son entraînement nocturne d'avoir aiguisé ses réflexes et s'approcha du cadavre. Il n'était pas beau à voir. Elle repoussa les lambeaux de chair et récupéra la clé des champs.

La seconde partie de son plan était tout aussi dangereuse : elle commença par ouvrir en grand les deux grilles qui barraient le passage de l'entrée. Puis elle se dirigea vers la cellule de la chèvre géante, et la déverrouilla. Elle ferait un excellent bouclier contre les autres occupants des lieux les plus virulents. Puis, elle ouvrit toutes les cellules. Le couloir était très large mais bientôt il y eut un bordel monstrueux agglutiné dans le passage. Gravich, excité par le sang frais, se rua sur tout ce qui bougeait. Perchée sur le dos de la biquette titanesque, la femme-bête observait cela avec malice : sa monture était trop grosse pour risquer un assaut même de l'audacieux Gravich qui s'y serait cassé les dents.

Lorsqu'il y eut assez de monde, elle amena son amie vers l'entrée et descendit y fourrer la clé : elle siffla tout ce beau monde et s'engagea dans le couloir. Les bêtes passaient entre les pattes de sa chèvre et se répandaient dans le château comme une maladie qu'on aurait laissé traîner et qui referait surface. Elle ne savait pas du tout où elle allait mais ça n'avait pas d'importance.


_Allez ! Ma belle ! Trouve-moi la sortie, cria-t-elle à son biquette.

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Lun 09 Juin 2014, 22:07 
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Et puis un jour elle s’était retrouvée
Sur le dos d’une chèvre gros gabarit
Curieuse monture pour tenter d’s’échapper.
Et retrouver sa liberté chérie




Le temps de l’esclavage passait lentement, très lentement, infiniment lentement. Esclavage et apprentissage : Elifern Valstar la femme-bête avait été broyée de corps et d’esprit par diverses forces que la plus part des gens, même héros confirmés, ignorent jusqu’à la fin de leur vie. A croire que cette âme intéressait beaucoup de monde ! Le pouvoir de l’incarnum ? Allez savoir, seul les élus le sauront.
Toujours est il qu’elle avait bien changée la jeune Tuigan, sous certains aspects elle était devenu un monstre de guerre. Quelque chose d’inhumain, mais une infime part d’elle avait gardée toute sa détermination à vivre sa vie comme elle l’entendait, sorte de résistance sans limite à l’intrusion divine qui la tourmentait. Les puissances bestiales des âmes barbares regroupées, nommée « incarnum » lui auraient elle filée un petit coup de pouce sans que personne ne s’en rende bien compte ?
(*)



Et puis un jour elle s’était retrouvée
Sur le dos d’une chèvre gros gabarit
Curieuse monture pour tenter d’s’échapper.
Et retrouver sa liberté chérie




S’échapper ? Mais s’échapper de quoi ?

Des bas fonds de ce palais diabolique ?
Pour aller où ?
Pour arriver dans ce même palais où elle croiserait les gardes ‘du dessus’ ?
Sortent de semi-diable à la puissance incommensurable face à de ‘simples’ mortels ?
Elle se croyait invincible la femme-bête, mais les gardes du prince aussi devaient prouver qu’ils l’étaient. Leurs vies en dépendaient. Et peut-être même un peu plus encore !

Et même si elle réussissait l’exploit de franchir les murailles de ce palais, où irait elle ?
Dans ce désert ?
Ce drôle de désert dans ce drôle de monde ?
Désert où le prince pouvait parler à chaque grain de sable ?
Animer chaque souffle de vent ?
Il contrôlait tout en cet endroit du multivers, le saviez-vous ?
N’était-ce d’ailleurs pas « ça » la prison ?
Prison d’où Maître Coccinus voulait s’échapper ?
Mais où était-il celui là ?
Il y avait forcement un rapport entre ces deux entités …

La femme-bête avait apprit une nouvelle façon de se battre, mais n’avais pas gagné grand-chose en recul ; en « intelligence » diraient les moins délicats. Et toutes ces questions lui passaient largement au dessus du crâne. Pouvait-on lui en vouloir ? Là où elle était, l’intelligence était difficile à faire valoir, et c’était bien le but du Maître des lieux que tout cela reste ainsi non ?




Et puis un jour elle s’était retrouvée
Sur le dos d’une chèvre gros gabarit
Curieuse monture pour tenter d’s’échapper.
Et retrouver sa liberté chérie




Elifern chevauchait donc cette laineuse monture qui courait au triple galop dans un couloir de pierres rouges. Le pauvre animal ne savait rien d’où il pouvait aller puisque l’endroit emprunté lui avait toujours été interdit. Le gardien porcin de son coté avait réussi à se dégager, et courait après sa protégée en vociférant les insultes dont il avait le secret. Après une petite demi-heure de cette course poursuite hasardeuse, Elifern Valstar se retrouva face à une grille gardée par deux soldats du type de ceux qu’elle avait vu il y a longtemps à l’entrée du palais. Elle reconnu d’instinct les gardes « du dessus », rien que leurs chemises de mailles respiraient le luxe de l’air frais. Derrière cette herse un grand escalier qui montait vers la liberté, elle le sentait comme elle aurait sentie une proie blessée.
Voyant la chèvre la bave aux lèvres et sa cavalière aux bras multiples, les soldats en faction dégainèrent immédiatement leurs hallebardes et se mirent en réception de charge. Car le bestiau sur lequel était Elifern chargeait droit devant, et ça elle ne pouvait rien y faire ! Chargeait-il la grille ? Un des soldats ? Rien du tout, juste une envie de ne jamais faire demi-tour ?

Au même moment une sorte de diablotin ailé s’envola et se mit à incanter.




Et puis un jour elle s’était retrouvée
Sur le dos d’une chèvre gros gabarit
Curieuse monture pour tenter d’s’échapper.
Et retrouver sa liberté chérie




Maître Coccinus était aussi un peu devin, un peu poète, intéressant non ?

Image


:HRP:
(*) ajout du don volonté céruléenne

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 Sujet du message: Re: Elifern
MessageMessage posté...: Ven 13 Juin 2014, 06:45 
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Depuis sa mort et sa renaissance, elle n'avait plus connu que l'esclavage sans aucune échappatoire, sans le moindre espoir d'en réchapper. Elle avait goûté la lie au sens propre comme au figuré, qui avait marqué sa chair. Elle avait subi mille tourments dans ses rêves et tant de nuits sans repos. Elle avait saigné, souffert, lutté et rampé devant ses maîtres...

Aujourd'hui, tout avait changé ! Solutionnant son schisme onirique, elle avait également su trouver la faille dans un carcan de réalité qui n'en montrait aucune. Comme s'il avait fallu que l'émissaire lui annonce la fin de ses combats de rêveuse pour qu'enfin son être éveillé trouvât un plan capable de la sortir des bas-fonds.

Aujourd'hui, elle jouissait d'une profonde sensation de liberté ! Le fatalisme écrasant avait été rompu et comme la roue d'une diligence allant bon train s'esquivant de son essieu, elle abandonnait le rythme infernal et filait cahin-caha vers d'indéterminés horizons dans un bazar, un chaos, dont ils se souviendraient. Et c'était grisant !

C'était grisant d'avoir vu Gradouble, le nom qu'elle réservait à son geôlier spécialisé en son for intérieur, se faire bouffer la couenne. C'était électrisant d'avoir senti l'agitation des bêtes découvrant les couloirs des oubliettes. Et c'était si bon de chevaucher sans chaînes et sans portes pour vous entraver sur moins de trente pas !

Elifern Vastanar avait foi en cet hasardeux moment béni de libération. L'émissaire ne lui avait-il pas dit de s'enfuir ? Son dieu n'avait-il pas fait d'elle tout ce qu'elle était ? Elle le croyait fermement depuis qu'on l'avait projetée malgré elle au-delà de son plan, au-delà de la vie même ! Elle se devait de s'en remettre à Lui et son émissaire : ils dictaient, elle exécutait. Tels étaient les termes entre un croyant et son Dieu, non ? Et qu'importait donc son opinion dans une telle configuration ?

D'opinion et d'idée, la femme-bête n'en débordait certes point : s'était-elle seulement imaginé les difficultés à venir dans sa tentative d'évasion ? Elle n'avait pas osé. Par foi. Par illusion. Par pitié pour elle-même. On ne minait pas son moral avant d'engager le combat en ressassant les difficultés ! C'était stupide et parfaitement improductif. Elle n'avait fait que cela durant plus de deux années, refoulant toute velléité, tout relent de liberté. Aujourd'hui, elle courait enfin sur la croupe d'une bête massive aussi assoiffée d'émancipation qu'elle-même. Vers où ? Vers autre chose que ce qu'elle avait vécu jusque là. Dût-elle en crever à nouveau, il n'était plus question d'hésiter et encore moins de reculer !

Les couloirs s'enchaînaient, gigantesques. A vous faire tourner les sens d'une prisonnière de longue date. Elle eut le déplaisir d'entendre la voix puissante du maître du chenil qui les poursuivaient : elle était sûre pourtant de l'avoir vu se faire bouffer par Graviche coincé sous sa herse. Comment diable avait-il fait pour s'en tirer ?

"Diable" était certainement la clé et la mesure de ses problèmes... Et comme un frisson lui courait sur l'échine, elle vit enfin le signe tant attendu : un exutoire sentant la délivrance ! La biquette aussi comprit ce que signifiait cette grille et cet escalier. Et elle fonça droit dans le tas, sans demander son reste : elle n'avait pas envie elle non plus, cette brave bête, de recevoir à nouveau les "caresses" de son protecteur...

Elifern évalua d'un œil vif et assuré, affûté par ses longues sessions de batailles nocturnes, ses adversaires : deux sentinelles caparaçonnées pointant leurs armes d'hast vers sa monture décidée. Un affreux humanoïde puant les Enfers qui s'envolait en baragouinant des saloperies d'arcaniste : elle n'hésita pas sur la conduite à tenir. Elle se redressa toutes griffes dehors et rugit en laissant la Rage des Combattants l'envahir toute entière de sa furie azurée...


:HRP:
Je passe en Rage.
For +6 / Con +6 / JS Vol +2 / -4 à la CA

La répartition de mes points d'essentia est la suivante :
-> 2 pour les bras de Girallon + 1 pour la Carapace effroyable (comme d'habitude)
-> 1 pour la Rage de Cobalt

Jets d'attaque +1 / JS Vol +1
-> 1 pour la Volonté Céruléenne (ces deux-là, ils sont fixés pour la journée conformément à la description de ces dons.)
JS Vol +1

PV : 42 +12(Rage 3x4=12 pv supplémentaires) ; griffes enragées (n'est pas hors de combat à -1)
CA : 8
Réf +7 / Vig +12 / Vol +5 (valeurs modifiées)



Mon action :Je laisse la biquette charger dans le tas et quand j'arrive à portée, je saute pour choper et tenter d'engager une lutte avec le diablotin. Ce qui devrait le faire tomber : je m'arrange bien sûr pour qu'il soit en dessous de moi lorsqu'on va toucher le sol ;)

Saut : +10(charge légère + force modifiée en rage) : je bénéficie de l'élan de la biquette ?

->Jet d'attaque de contact (Griffes) : +2(BBA) +6(force) +2(Bras de Girallon) -2(Carapace effroyable) +1(Rage de Cobalt) =
1d20 +9
(+2 éventuellement charge ?)
->Jet de lutte :
1d20 +18
-> Jet de dégâts (griffes) : +6(force) +2(Bras de Girallon) +2(Carapace effroyable) = 1d4 +10

_________________
Elifern, la femme-bête
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