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 Sujet du message: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse d'Âmes
MessageMessage posté...: Mar 23 Déc 2014, 19:30 
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Il était une fois un pouvoir mystérieux
Qui liait les âmes de tous les êtres entre elles,
Inextricable trame collectant tous les modèles,
Un flux d'azur, filant tout, même les dieux.

Il était une fois une femme sauvage,
Forte de corps, pauvre d'esprit, emplie de Rage,
Que le destin rendit puissante et impétueuse
Libérant le Don d'Azur en son âme de rêveuse...




SOMMAIRE




APPENDICE

_________________
Elifern, la femme-bête


Dernière édition par Elifern Vastanar le Jeu 15 Jan 2015, 04:51, édité 19 fois.
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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mar 23 Déc 2014, 19:38 
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La Louve Bleue

    J'ai compris le sens du présage lorsque j'ai vu sa peau laiteuse se parer d'azur...

    Allongée assoupie tout près de moi, son corps magnifique dénudé, sculpté tout en finesse comme seuls savent l'être ceux des femmes des steppes, me projetait ses courbes envoûtantes teintées des couleurs chaudes des reflets du feu de camp. Je venais d'abattre un jeune cerf quand sa meute a débarqué : cinq chiens bruyants qui clamaient leurs droits sur ma proie." Va-t-en ! C'est à nous ! Notre chasse !" Criaient ces impudents à mes oreilles de loup. Agacé, je m'apprêtais à ajouter cinq victimes de plus à mon tableau de chasse du jour lorsqu'elle apparut : une jeune femme athlétique munie d'une arme d'hast, beauté barbare, pur produit de ces terres orientales. Les cabots étaient les siens : étaient-ils seuls ? Ou y avait-il à craindre de voir se pointer tout un groupe de chasseurs ?

    Farouche et déterminée, ses yeux m'évaluaient tandis qu'elle glissait un mot à ses canidés qui se regroupèrent autour d'elle. Un grognement fort peu digne du beau sexe enfla dans sa gorge. Je m'attendais presque à la voir rugir ! C'est à ce moment là que sa peau devint toute bleue.

    La veille j'avais fait un rêve, un de ceux qui vous laissent un goût étrange. Un goût tenace qui vous reste en bouche même après que vous l'ayez presque oublié. Je suivais une piste sous ma forme animale lorsque je sentis un parfum irrésistible : une femelle errait non loin. Au détour d'un gros chêne, nos regards se croisèrent. C'était une belle louve à la fourrure singulière, d'un bleu azur surnaturel presque phosphorescent. Elle s'enfuit. Je la poursuivis.

    Un orage éclata tandis que nous courrions, elle pour m'échapper, moi pour l'attraper. C'était la nuit. Après une course effrénée, elle ralentit et s'abrita sous arbre massif et sombre. J'avançais victorieux pour réclamer mon droit. Je l'avais conquise et acculée, elle était mienne. Soudain, un éclair déchira le ciel de ténèbres dessinant une forme qui me figea sur place : l'abri arborescent qui l'enlaçait était un grand fauve noir aux yeux de braise. Il protégeait la louve lasse de ses immenses pattes et fixait sur moi son regard effroyable. Le message était clair : mon dieu, Malar, m'annonçait son empire sur elle, sa marque bestiale. Il n'y eut pas de mots, ni de geste. Juste quelques éclairs qui confirmèrent ma vision du Seigneur Bestial. Je m'éveillais avec ce sentiment de contact au divin sans savoir ce qu'Il attendait de moi...

    Elle remua dans son sommeil et se retourna, livrant à mon regard son opulente poitrine. Le tatouage bleuté courait sur son visage, ses épaules et ses seins m'invitant à suivre ses circonvolutions hypnotiques. Bien que n'étant qu'une humaine, son parfum, étonnamment, n'avait rien de dégoûtant : elle avait du fauve en elle, tapis dans son âme et cela me la rendait agréable contrairement à toutes celles de son espèce. Je pris ma forme d'homme ce jour-là et nous partageâmes le cerf. Cela faisait maintenant trois lunes que nous communions par la couche et la chasse...

    Je regardai les étoiles me remémorant nos conversations. Elle n'était pas très prolixe et son esprit était simpliste et fuyant comme celui d'une proie sauvage qui refuse de se livrer. Je lui parlai de mon Seigneur : elle semblait intéressée. C'était une enfant naturelle de Malar. Son âme était sauvage et brutale. Sa mise en pratique des principes de mon dieu était totale et complètement instinctive. J'eus maintes fois le plaisir de le constater durant nos traques. C'est sans doute la raison pour laquelle chaque fois que je tentais de lui exposer plus avant le dogme de la Meute, elle m'interrompait de ses étreintes charnelles, fille sauvage et sensuelle, lassée d'écouter mes litanies à rallonge...

    Je lui parlai également de ses dons pour l'Incarnum : il y avait un Vieux Chasseur dans les forêts de Damarie dont la renommée n'était plus à faire. On disait de lui qu'il avait abattu un béhémoth seul à mains nues durant sa jeunesse. J'eus la chance de le côtoyer et de bénéficier de son immense sagesse. Comme la Louve Bleue, il était né avec le don de modeler l'Incarnum. Peu de gens savent ce que cela signifie et mon amante, en dépit de sa maîtrise remarquable de son potentiel ignorait tout de lui. J'entrepris de le lui dévoiler comme jadis, le Frère Béhémoth me l'avait exposé...

_________________
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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mar 23 Déc 2014, 19:39 
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Le pouvoir de l'Incarnum

    _ La Mer des Âmes baigne toute chose, tout ce qui vit dans le Multivers. Elle nourrit les âmes des vivants, garde celle des morts et se transmet à ceux qui sont à venir. Personne n'échappe à son pouvoir : même les dieux lui doivent leur existence !

    C'était sur cette déclaration présomptueuse que le Vieux Chasseur avait commencé à m'exposer cette force mystérieuse qu'est l'Incarnum...

    Selon lui, ce qu'il appelait tantôt la Mer des Âmes, l'Incarnum ou encore le Flux des Âmes était un fluide impalpable, immatériel qui infusait tout ce qui possède une âme. Ce fluide conservait en lui l'expérience de toutes les âmes vivantes ou mortes. Une sorte de collecteur des vies de tout le monde qui se fonderaient dans une soupe les contenant toutes :


    _ Regarde cette marmite, me disait-il en désignant le chaudron d'une Vieille Chasseresse y préparant en ragoût, un sanglier que nous venions d'abattre.Si tu bois le bouillon, tu y trouveras le fumet du sanglier, le goût des herbes de la vieille folle, des patates, des oignons... Pourtant, tu n'auras pas mangé une seule miette de ces trucs solides. Que du bouillon !

    _ Tu sais c'que't'dit la "vielle folle" ?
    Protesta la vénérable Sœur Ours, ne recevant qu'un rire gras en guise d'excuses...

    Il m'expliqua que ce qu'on appelle "âme" est une emprunte personnelle de l'Incarnum. L'âme d'un individu renferme toute l'expérience qu'il a personnellement vécue et pas une once de plus ou de moins. C'était cela qui persistait après la mort de l'individu et aspirait à rejoindre le domaine de sa divinité tutélaire.

    L'incarnum quant à lui, n'est pas propre à l'individu : c'est une "mer" sans borne qui imprègne toute chose vivante.


    _ La marmite, tu la vides : elle va garder l'odeur du ragoût. Il n'y a plus rien dedans mais toutes les odeurs mélangées par la cuisson sont imprégnées dedans. L'âme quand t'es crevé, ressemble à la marmite vide : durant ta vie, tu es sur le feu en train de mijoter, baigné dans l'Incarnum, le bouillon, jusqu'à ce que tu sois cuit et que tu meurs. Le bouillon, les ingrédients ne t'appartiennent pas : toi ce que tu conserves c'est juste la marmite, ton âme, et l'odeur du ragoût qu'a laissé l'Incarnum sur les bords. Tu comprends ?

    _ L'Incarnum, c'est comme le scribe qui écrit sur le parchemin. Le parchemin, c'est ton âme. L'incarnum, c'est celui qui écrit qui tu es et toute ton histoire dessus.


    L'histoire, la personnalité, les idées, les pensées, les souffrances, les espoirs... Tout ce que vit, ce que ressent, chaque individu produisait selon lui, des ondes qui se propageaient au sein de l'Incarnum.

    _ L'eau de la marmite, c'est juste de l'eau. Mais une fois que la vieille y a mis les ingrédients et que ça cuit, ça devient du bouillon. Ben imagine que la marmite c'est toi : la vieille c'est ton espèce, ta race, tes aïeuls. C'est eux qui ont foutu dedans les ingrédients qui donnent ce goût au bouillon.

    _ Pour chaque espèce, chaque race, une recette différente. Pour chaque individu de la même race, la même recette. Pourtant, si tu connaissais comme moi le ragoût de mamie, tu verrais qu'elle a beau mettre les mêmes trucs dedans dans les mêmes proportions mais c'est à chaque fois différent. C'est comme nous : on est tous les deux des lycanthropes de naissance mais pourtant on est différents. Même recette. Goût très proche, mais pas identiques. Hé !


    L'incarnum ne se contente pas de recevoir et de conserver les expériences : il détermine également des influences auxquelles nous sommes rattachés. C'est ce qu'il appelait des "courants dans l'Incarnum". Un courant est un agrégat d'expériences similaires passées et présentes qui s'expriment chez l'individu. Dans son analogie, cela correspondait aux ingrédients de la recette. Notre "bouillon" personnel était donc dicté par ce que d'autres, nos ancêtres, notre race, nos dons avaient mis pour nous dedans.

    Ces courants sont comme des tuteurs qui nous aident à pousser selon les critères de l'espèce. Ils modèlent nos consciences au travers de l'expérience.


    _ Par exemple : quand tu chasses, tu fais comme tous les chasseurs qui ont vécu et qui vivent présentement. Tu chasses quoi. Hé ben le simple fait de t'adonner à cette activité active un courant dans l'Incarnum qui infuse ton être : tu actives le courant des chasseurs. Et grâce à ce courant tu vas te comporter comme les chasseurs, penser comme les chasseurs et bouger comme eux ! ça te met en contact avec tout ce que les chasseurs ont eu comme expérience.

    _ Évidemment, quand tu n'es encore qu'un louveteau, tu ne sais pas chasser et plus tu y vas plus tu t'améliores. Tu engranges de l'expérience. En même temps que tu affûtes tes sens, tu affûtes parallèlement ta capacité à évoquer le courant d'Incarnum des chasseurs. Tu te mets dans la peau du chasseurs. Ta volonté va chercher dans l'Incarnum l'Intention des chasseurs. Et cette Intention te guide et sans que tu t'en rendes compte te fait devenir petit à petit un vrai loup...


    L'individu nourrissait donc le courant d'Incarnum correspondant à son activité et y puisait tout en même temps l'inspiration de ses aïeux et de ses contemporains - qui infusaient eux aussi de leur expériences propres ce même courant à leur tour.

    _ Y'en a qui sont sensibles à ça et peuvent jouer dessus : t'as l'impression que c'est des tueurs-nés, qu'ils sont nés plus doués ou qu'ils sont plus dégourdis que les autres. Des fois c'est vrai. Des fois, c'est parce qu'ils sont plus capables de sentir les courants. On n'est pas tous aussi sensibles les uns que les autres pour jouer avec l'Incarnum. C'est comme ça.

    _ Regarde la vieille, elle n'y voit plus grand chose. Y'en a c'est pareil : ils sentent pas ces courants. Du coup, ils ne savent pas y puiser la sagesse des âmes. Ils avancent à l'aveugle dans toutes leurs activités et leur vie. Ils ne sont pas connectés à cet immense source. Ils nourrissent toujours le courant de leurs expériences vécues mais c'est presque à sens unique : eux, ils ne reçoivent rien parce qu'ils y voient comme des taupes.

    _ Et la taupe elle est pas sourde !
    Braya l'ancêtre aux fourneaux.

    Ce qu'il appelait "avoir l'intention du courant" permettait par un effort de volonté d'éveiller des savoirs intuitifs concernant une activité, un comportement, un domaine de connaissances. En se reliant au courant, on bénéficiait des expériences qui n'étaient pas les siennes sous forme semi-consciente. Et par la pratique de cet usage singulier de la volonté, il était possible de puiser de plus en plus clairement à cette banque de données.


    _ Mais pour ça, faut affûter ta volonté. D'abord faut pas être aveugle. ça c'est quitte ou double, à la naissance. Après faut se concentrer sur cette sensation et repérer les courants. puis faut les suivre, les amadouer, jouer avec pour faire jaillir le savoir. ça a l'air simple mais c'est pas clair comme processus. Mais avec la pratique ça devient facile.

    _ C'est prêt.
    Annonça laconiquement la Vieille Chasseresse.

    _ Viens ! On va manger le bouillon de l'Incarnum. ça vaut pas la chair fraîche mais quand t'as les chicots pourris c'est l'idéal !

    Je comprenais mieux la place que tenait l'Incarnum mais en dépit de ses analogies, certaines choses me paraissaient encore obscures : comment lui, un modeleur d'âme selon ses propres mots, parvenait-il à invoquer ces étonnants objets ou attributs évanescents ?

    _ Ce qu'il faut que tu comprennes mon gars, c'est que l'Incarnum voyage partout et contient tout mais que parce que t'es né loup-garou bah t'as accès qu'aux courants des loups-garous. Moi, je suis à un degré supérieur : j'ai accès à tous les courants.

    Saisissant sa corne à boire, il la plongea dans le ruisseau et la porta devant mes yeux.

    _ Voilà ! ça, c'est toi. T'es une marmite pleine de flotte.

    Et replongeant sa main dans l'eau, il me fit signe de regarder : il tenait sa corne droite et immergée.

    _ Et ça, c'est moi. Tu vois la différence ? Je suis connecté avec le Flux des Âmes tout entier ! Toi, t'es juste dans ta soupe qui ne contient que les potentiels de ta race et de ton espèce. Tu fais ta petite tambouille personnelle mais tu ne peux pas puiser dans ce qui n'appartient pas à ta race. Tu vois cette coquille d'escargot ?

    Il me montrait une coquille d'escargot vide qui était dans le ruisseau à quelques pouces de sa corne à boire.

    _ Lui c'est une créature d'une autre race. La race escargot. Ben si je veux, je peux invoquer des courants de sa race. Pourquoi ? Parce que je suis connecté à toute la rivière. Tout ce qui est baigné par la Mer des Âmes est à ma portée. Potentiellement, hein. Ce n'est pas si simple.

    Pour évoquer un courant propre à un autre type de créature, à un ensemble de pouvoirs ou de connaissances étrangères à ce dont sa nature le rendait capable, il devait parvenir à agréger le courant visé.

    _ Comment t'expliquer ça ? Si on reprend l'exemple de la marmite, les courants on va dire que c'est les ingrédients. Les carottes de mamie, les oignons, etc... Je t'ai dit pour chaque espèce, une recette différente. Donc dans la soupe de l'escargot, il y a des ingrédients complètement inconnus de ma soupe de loup-garou. Je ne peux même pas les imaginer, tu comprends ? Ils n'existent pas dans l'espèce "loup-garou". Ils correspondent à des expériences et une sensibilité qui nous est totalement étrangère.

    _ Pour aller saisir l'essence d'un courant important de l'escargot, il faut que j'arrive à reconstituer l'ingrédient. Le bouillon de l'escargot porte le goût des ingrédients de l'escargot. Par la Mer des Âmes, je peux avoir accès à son bouillon mais jamais à ses ingrédients.

    _ Agréger un courant, consiste à refabriquer l'ingrédient à partir de son goût dans le bouillon.


    Lorsque le modeleur d'âme était capable d'agréger un courant qui n'appartient pas à proprement parler à son espèce, il pouvait alors lui permettre de s'exprimer au sein de son individu.

    _ C'est comme si je rajoutais un ingrédient qui n'était pas prévu dans la recette de la vieille. ça changerait le goût. Et surtout ça produit des effets magiques comme tu peux le constater...

    Il me désignait son manteau de plumes multicolores, forgé d'Incarnum par ses pouvoirs, qui tombait en cascade le long de son dos courbé par les années.

    La matérialisation était un des pouvoirs les plus mystérieux de l'Incarnum. Selon lui, les paramètres de la matière étaient codés selon les courants qui s'exprimaient au sein de l'Incarnum personnel.


    _ C'est les ingrédients qui sont dans la marmite qui fabriquent le corps. Si tu ressembles à ce à quoi tu ressembles, c'est parce que t'as tel ou tel courant qui s'exprime dans ta soupe. Pour l'escargot c'est pareil : il a ses propres courants qui causent dans son corps. Si je pioche dans les courants de l'escargot, je pourrais me faire pousser un coquille ! Ha ! ha !

    Et il éclata d'un gros rire gras qui s'acheva dans une quinte de toux. Il passa de l'écarlate au violet : j'eus peur qu'il me claque dans les pattes avant d'avoir achevé son explication. Après un bon moment, il reprit :

    _ Le corps, l'enveloppe physique se fabrique à partir des courants, je te disais. Quand tu es un modeleur d'âme de ma compétence, tu peux voir comment que ça se produit : il existe des sortes de portes par lesquelles se forment les formes, les organes, les champs d'énergie qui composent une créature. Ces portes, c'est le lien entre l'Incarnum et le monde de la matière.

    Ces "portes" étaient appelées chakras. Chez les humanoïdes, on les nommait selon leur localisation anatomique : les chakras des yeux, de la tête, de la gorge, des épaules, des bras, du cœur, des mains, des pieds et de la taille. Il affirmait que quelque fut la forme de la créature, même des plus exotiques, ces chakras étaient toujours au nombre de neufs. Parfois, le chakra dévolu aux yeux ne produisait pas d'yeux mais d'autres sens perceptifs, le chakra des bras produisait six bras au lieu de deux, ou deux têtes au lieu d'une seule comme chez les stupides ettins.

    _ Peu importe le nombre d'appendice ou les formes que ça prend, c'est toujours par ces portes que l'Incarnum fabrique la réalité matérielle. Et c'est par ces portes qu'un modeleur d'âme fabrique sa propre réalité à son tour.

    Il me précisa qu'il existait deux autres chakras un peu particulier qui n'étaient pas à proprement parler dans le corps. L'un concernait les quatre extrêmes qui traçaient le cadre du Multivers : la loi, le chaos, le Bien et le Mal. On nommait ce chakra, le chakra de l'Âme. Il avoua ne pas en savoir davantage sur ce chakra qui ne concernait pas les gens qui empruntaient la direction qui était la sienne dans l'usage de l'Incarnum.

    L'autre le concernait par contre directement : ce chakra, appelé chakra du Totem ou Porte de la Bête, n'était pas vraiment un chakra mais plutôt un canal au sein de l'Incarnum. La fonction de ce canal était plutôt d'infléchir les paramètres existants déjà dans le corps plutôt que de puiser réellement à d'autres sources. La conséquence, disait-il, était une certaine forme de régression de l'âme et de l'esprit.


    _ Moi tu comprends, ça ne me gêne pas. D'abord je suis né à moitié loup donc je ne suis pas dégoûté par les bêtes. Mais y'en a des précieux qui ne supporteraient pas de voir son esprit se perdre gentiment dans une folie bestiale. Comme toi par exemple : t'aime trop te masturber le ciboulot pour supporter ça, crois-moi !

    _ Jouer avec ce canal, ça te rend timbré aux yeux des autres parce que tu cogites plus comme eux, tu te comportes plus comme eux, comme tes semblables vu qu'tu laisses des courants étrangers modifier en permanence tes propres courants. Et faut savoir s'accrocher sec à ce qui te relie à tes congénères si tu ne veux pas régresser vraiment jusqu'à devenir réellement aussi con qu'une bête...


    Ceux qui favorisaient ce canal étaient appelés Totemistes et étaient spécialisés dans l'agrégation de courants bestiaux. Lui-même se définissait comme l'un d'entre eux. Il me dit également que la Porte des Bêtes produisait une grande diversité de formes matérielles car la nature est dans le royaume animal bien plus diversifiée.

    _ Donc, quand ça s'exprime c'est par là que ça sort. Mais après faut reboucler si tu veux que ce soit solide. Les novices, il ne savent pas reboucler parce que leurs chakras ne sont pas mûrs. Si tu ne reboucles pas, c'est à moitié matérialisé seulement.

    _ C'est comme que si tu verses de l'eau mais que t'as rien pour la contenir. T'arrose ouais mais ça se disperse et disparaît dans le sol. C'est juste une fontaine qui ne s'arrête jamais de couler, y'a rien de solide, rien de stable. Reboucler, c'est quand que tu mets ta corne à boire en-dessous : ça se remplit, ça ne se barre pas. ça devient stable.


    Ce qu'il appelait "reboucler", portait également le nom de "liaison au chakra". Selon lui, ceux qui pouvaient voir ces chakras disaient que la forme de ceux-ci changeaient en fonction des aptitudes du modeleur d'âme. Un individu inapte à pratiquer la magie de l'Incarnum possédait des chakra ternes et recroquevillés sur eux-mêmes. Chez un modeleur d'âme, les chakras étaient brillants et ressemblaient à de petits tourbillons. Si le modeleur d'âme était suffisamment doué pour pratiquer une liaison au chakra, alors ce tourbillon changeait d'orientation : son centre se tournait vers le dehors au lieu de pointer vers le dedans.

    _ Quand tu reboucles par contre ça fout le bordel avec la magie. Parce que tu bouches complètement l'entrée et la sortie de la porte. C'est pour ça que je dis reboucler, moi et pas lier au chakra. Je trouve que ça parle pas comme image. Et j'aime bien que ça parle. Hé !

    _ Les objets magiques, tu vois ? comme ce collier,
    dit-il en tirant sur son amulette, bah ça exploite aussi les portes, les chakras. C'est par là que la magie va pouvoir marcher. Je connais bien comment que ça marche, tu sais. Même si je ne suis pas magicien.

    La magie selon lui exploitait également l'Incarnum. Un sortilège reposait sur des connaissances et des expériences. Souvent, les mages ne faisaient que se transmettre des sortilèges inventés de longue date. Rares étaient les magiciens qui forgeaient de toute pièce leurs propres sorts. Quoi qu'il en soit, il était évident que les sorciers utilisaient des éléments épars qu'ils réunissaient pour produire un effet. Cela faisait penser aux courants dont me parlait ce Vieux Chasseur : un mage utilisait des gestes, des mots, des composantes reposant sur des connaissances poussées qu'il amalgamait à travers la Toile et sa magie pour tisser l'effet escompté. Forcément, si je suivais correctement sa logique, la magie du sorcier allait tirer sur ces fameux courants pour matérialiser des effets...

    Selon Frère Béhémoth, cet art puisait amplement ses sources dans les courants de l'Incarnum. Et la preuve irréfutable selon lui était que lorsqu'il rebouclait un chakra, les objets magiques n'avaient plus aucun effet sur lui à travers ce chakra. La magie des talismans devait à l'évidence, tirer et infuser son pouvoir par l'intermédiaire de chakras libres et disponibles.


    _ Maintenant, faut que je te parle des amalgâmes, petit. Ce que cherche un vrai modeleur d'âme c'est ce qui donne tout un tas de trucs fantastiques. Pas une coquille d'escargot qui sert à rien, tu t'en doutes. Hé ! Ce qu'on fait, c'est qu'on agrège pleins de courants entre eux et qu'on les matérialise par les portes. C'est ça qu'on appelle un amalgâme. Parce qu'on mélange tout ça à notre sauce et que ça produit des trucs bizarres.

    _ Faut que tu saches que dans les courants d'Incarnum, y'a aussi des courants pour les modeleurs d'âmes. Tu peux agréger des courants n'importe comment si t'es doué mais c'est très difficile. Par contre, c'est beaucoup plus facile de trouver les courants des modeleurs d'âme et de piller leurs expériences en la matière. C'est comme marcher dans la brousse et courir sur le sentier : y'en a un c'est le brodel l'autre c'est bien net.


    Il avait pu confirmer cela en rencontrant d'autres modeleurs d'âme de son acabit : certains modelaient les mêmes amalgâmes que lui sans qu'ils se soient nullement consultés. Et hormis quelques différences légères, les fondements étaient clairement les mêmes.

    _ Les âmes de ceux qui savent faire mumuse avec les amalgâmes accumulent du pouvoir. C'est comme si elles devenaient plus brillantes, tu vois ? La tienne elle est toute bleue-grise, terne et sans vigueur. La mienne, elle brille d'un bleu fort ! Une fois j'en ai croisé un qui brillait tellement fort que j'ai failli m'évanouir à regarder son essentia ! C'était pas un gaillard à enquiquiner, tu peux me croire !

    Cette intensité était nommée par les modeleurs d'âme, l'Essentia. Elle semblait croître à mesure qu'ils se familiarisaient avec la maîtrise des courants et enrichir leur Incarnum personnel.

    _ Tu t'en sers pour vivifier les courants que tu veux : ça fait que tes amalgâmes, ils deviennent plus forts, plus réels...

    Ils étaient capable d'infuser la puissance de leur âme dans leurs constructions matérialisées appellées amalgâmes. Cela se nommait investir l'amalgâme avec son Essentia.

    _ Voilà, tu sais tout. Maintenant fiche-moi la paix, c'est l'heure de la sieste !

_________________
Elifern, la femme-bête


Dernière édition par Elifern Vastanar le Sam 03 Jan 2015, 23:56, édité 1 fois.
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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mar 23 Déc 2014, 19:40 
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L'âme d'une rêveuse

    A son contact, je compris un peu mieux ce que le Vieux Chasseur avait voulu m'expliquer quelques années auparavant.

    Elifern, car c'était ainsi qu'elle se nommait, était à l'évidence faite du même bois que Frère Béhémoth. J'ignorais si elle maîtrisait cette fameuse Porte de la Bête mais il était clair qu'elle évoluait avec aisance sur des pistes qui n'étaient pas faites pour les humains. A l'instar du Vieux Chasseur, ses yeux dégageaient une lueur singulière de ce bleu azur omniprésent dans tout ce qui se rapporte de près ou de loin au pouvoir mystérieux de l'Incarnum. Et son esprit semblait envahi par la bestialité, ce qui ma la rendait appréciable. Je me rendais bien compte que ce n'était pas naturel.

    Était-ce là l'effet de la Porte des Bêtes qui vous aliénait l'humanité comme le prétendait le vieux loup ? Allait-elle régresser jusqu'à devenir comme ses chiens, une bête sans cervelle ?

    Je la regardai dormir et s'agiter doucement sur sa natte : était-elle en train de rêver ? Elle m'avait avoué sans préméditation que c'était durant des rêves qu'elle avait appris à "sentir les bêtes". Par des discours lapidaires, je reconstituais ce qu'avait été sa vie passée, inextricablement liée à celle des chiens de son clan : l'ensemble de ses relations sociales s'était longtemps restreint à ce contact canin. Elle se montrait violente et agressive envers les enfants humains tandis qu'ils le lui rendaient bien : j'eus plaisir à l'entendre me conter quelques épisodes brutaux et sanglants de son histoire enfantine.

    Au cours de ses phases oniriques, m'avait-elle dit, qu'elle passait emmitouflée sous les fourrures des chiens de chasse, son affinité avec les animaux s'était développée. Elle rêvait comme une bête au sein de sa meute. Elle partait en chasse, courait et tuait des proies. Dans ses songes elle avait quatre pattes, elle ne parlait pas et ne pensait pas...

    Je m'interrogeais sur le rapport entre l'inconscient et l'Incarnum... Frère Béhémoth n'avait-il point dit que les courants d'Incarnum étaient la plupart du temps semi-conscient chez les novices ? Ces courants semblaient parvenir à ma jeune amante par les tréfonds de son inconscient, se parant de manifestations oniriques, symboliques et sensibles. Elle m'avait révélé qu'elle avait rêvé ainsi, en fille du royaume animal, durant toute son enfance. Ce n'était que plus récemment, dans sa vie de femme et de mère, que ses rêves avaient pris des traits plus humains. Elle était réticente à aborder cette dernière partie de sa vie. Que s'était-il passé pour qu'elle refuse d'en parler ? Je pressentais un conflit majeur...

    Le don de l'Incarnum semblait s'insinuer par le rêve, le modelant à son profit et modifiant subtilement l'équilibre intérieur ce qui finissait par produire des effets visibles dans le monde réel, le monde éveillé. Elle me conta la première fois qu'elle avait senti la rage l'envahir :

    Elle était alors encore très jeune. Au retour d'une chasse, l'un de ses complices canins avait été blessé par les défenses d'un sanglier. Le chasseur qui le ramena au chenil manqua de délicatesse, frustré probablement d'être rentré bredouille. Un mauvais coup de botte avait fusé devant les yeux choqués d'Elifern. Elle s'était sentie portée par une férocité démesurée et avait foncé tête baissée sur le chasseur en grognant comme un animal. Haute comme trois pommes, elle avait pourtant projeté le gaillard à cinq pieds en arrière et lui avait brisé quatre côtes au passage. C'est alors qu'elle avait vu la peau de ses bras, de ses mains, de sa poitrine... tout était bleu !

    Elle décrivait cet état comme certains cas de possession qui m'avait été donné d'observer : il s'agissait d'une perte de soi, une aliénation au profit d'un esprit étranger. Celui d'une bête dans son cas. Elle me dit qu'elle se sentait alors plus vivante que jamais, ses sens décuplés par les forces de l'Incarnum mais qu'elle ne parvenait plus à se contrôler. On l'avait brimée dans ses années d'adolescente et de jeune femme : elle avait dû réprimer ses furieuses colères. Et pendant toute cette période où elle s'était comportée en humaine, la rage bleutée avait totalement disparue. Ce n'était que récemment qu'elle était réapparue...

    Quel était le rôle de cet épisode initial riche en émotion dans l'apparition du pouvoir dans son monde éveillé ? L'émotion était-elle la clé pour matérialiser l'inconscient dans le conscient ? Au prix de sa propre conscience ?

    Si l'on comprenait bien le lien à l'émotionnel en ce qui concernait ce pouvoir d'enragée, je m'interrogeais au sujet de son tatouage qui n'en était pas un. Mettre de l'ordre dans ce qu'elle daignait livrer d'elle-même était une gageure : par bribes néanmoins, je parvins à la conclusion que l'apparition de sa rage sauvage était antérieure à celle du tatouage. Il était apparu lorsqu'elle fut assez âgée pour être emmenée lors des chasses. On comptait apparemment sur elle pour guider les chiens. L'évidence me sautait aux yeux : la nécessité de se faire obéir avait été la cause de l'existence du tatouage et de ses pouvoirs.

    C'était cohérent : un courant d'Incarnum latent enlaçant langoureusement un inconscient qui s'était rendu disponible à lui. Un évènement déclencheur dictant la nécessité de l'expression consciente de ce courant... cela correspondait à ce que m'avait dépeint le Vieux Chasseur.

    Une fois que le chemin vers le pouvoir était tracé, le passage de l'inconscient au conscient irrémédiablement franchi, cela facilitait-il l'expression du pouvoir ? Était-ce le premier pas matérialisé par cette fureur d'azur qui avait permis la manifestation du second, le tatouage serpentin ?

    Je me perdais en conjectures : si l'on prenait en considération le fait que c'était les évènements qui déclenchaient l'apparition du pouvoir, il y avait fort à parier que si la nécessité devenait particulièrement oppressante, d'autres talents encore insoupçonnables surgiraient en elle.

    Elle remua encore sur la natte : de quoi rêvait-elle à présent ? Se préparait-elle des ailes à sortir le jour d'une mauvaise chute ? Se ferait-elle pousser des crocs pour déchiqueter la viande trop dur d'un grand cerf ?

    Un œil s'ouvrit, malicieusement : elle glissa une main caressante sur ma peau et m'attira tout contre son corps. Je me perdis en elle...

    Elle me quitta au petit matin, sans se retourner. Sans raison, sans regret. Je ne la reverrais jamais plus. C'était ainsi : l'impulsion du moment chez une créature sauvage et impétueuse...

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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mar 23 Déc 2014, 19:42 
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Intrusion - :RP: Le Trésor de Coccinus : Partie 5 : La sortie ? Quelle sortie ? :RP:


    _ Intrusion ! Vortex interdimensionnel détecté ! Intrusion !

    Braya soudain la voix criarde de l'Omniculaire, brisant le calme relatif du laboratoire. L'appel tonitruant de la créature - une hybridation contre-nature entre des globes oculaires de toutes tailles, des lunettes, monocles et autres lorgnons, et une grosse sphère de verres et des chairs tendres rosâtres - se réverbéra comme une sirène d'alarme affolant certaines monstruosités aux oreilles frileuses.

    _ Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi !

    _ Il faut prévenir le maître !

    _ Appelez le maître !

    _ Faites-le taire ! Que quelqu'un appelle le maître, par pitié !

    _ SILENCE ! Tonna une voix écrasant soudain la clameur général.

    Une forme humanoïde encapuchonnée venait d'apparaître à côté de l'Omniculaire. On ne voyait pas son visage et il n'était pas très imposant pourtant ce qu'il avait réclamé advint instantanément : dans un silence absolu juste brisé par le froissement de sa robe, une main rachitique munie de trois doigts anormalement longs, effleura le lanceur d'alarme.


    _ Montre-moi, souffla-t-il.

    La sphère de verre laissa paraître des images : il s'agissait d'un groupe de cinq créatures de forme humanoïde accompagnées d'une sixième semblable à une grenouille nantie d'ailes de gargouille.

    _ Recule. Retourne au début.

    Un structure pierreuse encadrant une porte apparut dans un chatoiement livrant le passage aux six intrus puis s'effondra sur elle-même disparaissant dans les Limbes des Songes, l'étrange mer de nuages roses composant l'essentiel du sol de ce monde...

    _ Lecteur ! Scribouillard ! Appela-t-il d'un ton sec.

    Deux créatures étranges s'empressèrent de se montrer et s'inclinèrent obséquieusement. L'une d'elles de la taille d'un gros chien, ressemblait à une masse de cervelle dotée d'yeux proéminents et d'une vingtaine de paires de mains. L'autre était un assemblage hétéroclite d'outils de précision métalliques mêlés de chairs et de nombreux yeux. L'encapuchonné claqua des doigts : un fauteuil confortable accueillit son postérieur.

    _ Rapport ! Exigea-t-il.

    _ 123723ème jour, 17ème heure, 32ème minute, 21ème seconde, selon les cycles astraux de la clepsydre ectoplasmique de Sa Majesté. 87872ème compte-rendu d'étude... Enchaîna immédiatement Lecteur d'une voix monocorde tandis que Scribouillard, le cerveau aux multiples mains s'empressait de prendre note.

    Trois paires de menottes s'agitèrent devant des parchemins apparus par magie devant la créature. Son nom indiquait sa fonction : son travail consistait à consigner. En trois exemplaires, oui : le maître était tatillon concernant tout un tas de chose incluant la conservation des informations...


    _ Note, ordonna le chef d'orchestre. Intrusion par Vortex interdimensionnel sans autorisation. Translocation momentanée d'une structure d'aspect pierreux d'origine inconnue. Localisation ? Durée de l'interconnexion matérielle ?

    _ à 32,5 lieues des portes du palais princier, Votre Horreur. Coordonnées : 27,2 degrés par rapport à l'axe du corps astral fixe numéro 78, 37,3 degrés par rapport à l'axe du corps astral fixe numéro 14 et 16,2 degrés par rapport à l'axe du corps astral fixe 78. Durée de l'Intrusion : 1 minute et 39 secondes, selon les cycles astraux de la clepsydre ectoplasmique de Sa Majesté.

    Les petits instruments de Lecteur gigotaient dans tous les sens : son travail quant à lui, était de mesurer. Et il mesurait toutes sortes de choses avec une très grande précision. Les créations aberrantes du maître des lieux étaient pour lui l'assurance d'un travail bien fait : il n'avait jamais toléré l'approximation concernant... tout, en fait... et ses sujets d'expérience n'échappaient pas à la règle...

    _ La structure possède une porte et ce qui semble être des marches d'escaliers. Elle livre le passage à six créatures... Passe-les aux spectres !

    Le globe d'Omniculaire prit successivement diverses teintes tandis que la scène d'arrivée des étrangers se répètait colorant tantôt les étrangers en vert, en rouge, en bleu, les faisant disparaître ou réapparaître, montrant des champs d'énergie ou des squelettes... La nature des créatures était passée au crible : rien n'était laissé au hasard.

    _ ... six créatures, confirmation spectroscopique. Scribouillard : essence, espèce, potentiel suspecté !

    L'aberrant écrivain tendit une main s'allongeant démesurément vers l'Omniculaire : le doigt se planta dans la chair rose de la créature au globe de verre. Ses pattes s'agitèrent à toute vitesse, reccueillant les informations demandées...

    _ Scrutespion ! Violâme ! Au pied !

    Deux nouvelles créatures patibulaires mais presque, s'acheminèrent vers ledit appendice caudal de l'encapuchonné. L'une d'elle était une masse informe allongée, sombre et éthérée semblant lutter avec elle-même pour tenter de se matérialiser. L'autre était une sorte de bocal rempli d'un fluide épais vert phosphorescent, monté sur trois pattes dans lequel surnageaient des sortes de têtards d'un bleu brillant.

    _ Six. Un chacun, ordonna le patron.

    Les deux nouveaux entrèrent en contact avec la chair de l'Omniculaire. Six morceaux d'ombres et six têtards d'azur, se propagèrent par le contact charnel.


    _ Mise sous surveillance immédiate. Heure du contact ?

    _ Contact, annonça Violâme après un instant de silence.

    _ 17ème heure, 36ème minute, 19ème seconde, selon les cycles astraux de la clepsydre ectoplasmique de Sa Majesté.

    _ Contact, confirma Scrutespion.

    _ 17ème heure, 36ème minute, 42ème seconde, selon les cycles astraux de la clepsydre ectoplasmique de Sa Majesté, précisa laconiquement Lecteur.

    _ Rapport des sondes toutes les deux heures et immédiat en cas de modification brutale de statut, conformément au protocole 24-A. Fin de rapport. Encodage. Un pour moi, un pour le maître.

    _ Fin du 87872ème compte-rendu d'étude. 17ème heure, 36ème minute, 57ème seconde, selon les cycles astraux de la clepsydre ectoplasmique de Sa Majesté.

    Scribouillard acheva sa tâche : les trois parchemins furent promptement enroulés et bagués par les mains habiles. L'un disparut, téléporté en sécurité tandis que les deux autres s'envolèrent à travers le laboratoire, rejoignant le lieu de leur archivage respectif. Le corps de Scribouillard fut pris de soubresauts : il régurgita deux sortes de billes de chair semblables à des globes oculaires sans iris, qu'il cracha dans ses mains, puis les tendit à l'encapuchonné qui s'en saisit. L'une des boules disparut dans la capuche et on l'entendit mâcher et déglutir. Puis il s'évanouit à son tour dans les airs, téléporté ailleurs, auprès du maître...


    *** *** ***


    Mâchonnant nonchalamment le rapport de Scribouillard, les yeux de rapace du prince transperçaient le laborantin en génuflexion. Un sourcil poivre et sel désabusé se souleva au-dessus de son œil noir comme la suie.


    _ Le mignon de Coccinus... Hum... Il avala. Surveilles-moi ça de près. On ne sait jamais ce qu'il fabrique celui-là... Les autres semblent sans importance. Un elfe, un demi-géant, deux humains, un élian et la détestable petite grenouille irritante du magicien... Une troupe cosmopolite de fragiles bouffons : une chiure extraplanaire tout droit sortie du plan matériel primaire...

    _ Les voulez-Vous pour expérimentation, Votre Altesse ? Demanda l'encapuchonné avec une avidité à peine dissimulée.

    _ Nous verrons. Il n'y a rien qui presse. Étant donné leur potentiel évalué, ils en passeront forcément par Nous à un moment ou à un autre... Laissons-les faire connaissance avec le pays... et il gloussa d'un rire sadique.

    _ Il en sera fait selon Vos désirs, Votre Majesté... fit l'encapuchonné avec déception en se retirant dans les ombres ...

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Dernière édition par Elifern Vastanar le Jeu 25 Déc 2014, 23:14, édité 2 fois.
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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mar 23 Déc 2014, 19:43 
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Sujet numéro 3


    _ La sonde a disparu, Votre Majesté. L'esprit de ce "Himmit" présente tous les signes du maëlstrom psycho-affectif informel, un trait commun aux créatures originaires du Royaume Lointain. Le contact avec l'intrusion psychique s'est fragmenté selon des dérivations multifactorielles fractales à induction pré...

    _ Il suffit ! L'interrompit le Prince irrité par le baratin logorrhéique scientiste de son savant.

    Son Altesse tapotait l'accoudoir d'un superbe fauteuil capitonné piqueté de rivets dorés. C'était un homme de taille moyenne, dans la force de l'age. Son visage vicieux était encadré d'une chevelure bouclée et grisonnante que perçaient des oreilles légèrement pointues. Ses yeux de ténèbres liquides répondaient aux tons de son costume noir impeccablement taillé sur mesure, bordé d'un liserait pourpre au revers.


    _ Bien. C'était à prévoir. Ne tente rien de plus coercitif : Nous ne voulons rien avoir à faire avec les vicissitudes du mignon de ce fêlé.

    _ Je ne puis qu'abonder en votre sens, Votre Gracieuse Majesté. Si proche du Royaume Lointain, arrimer un ersatz de volonté à l'esprit d'un aberrant pourrait se retourner contre nous. Le potentiel d'aspiration affectant l'ancre psychique entraînerait la psyché qui en est à l'origine dans son sillage et...

    _ Nous connaissons parfaitement les dangers de l'implantation, coupa sèchement le Prince, se remémorant quelques déboires passés, lorsqu'il ne connaissait pas encore les folies de ce plan aux confins du Multivers. Et le sujet numéro 3 ? Quelles sont vos conclusions à son propos ?

    Si le semi-fiélon aimait disposer d'une grande précision concernant les informations qu'on lui rapportait - c'était là le rôle des rapports "organiques" qu'il ingurgitait avant toute interprétation - il savait apprécier également l'exposition des hypothèses, incertitudes et autres conjectures par ses sujets princiers : c'était également une très bonne manière d'évaluer leur mentalité, leur ambition ou leur compétence. Et il goûtait le plaisir de converser avec ses savants tout particulièrement...

    _ Hé bien... la surveillance des spectres des cinq sujets a révélé les symptomes classiques concernant des natifs du plan matériel primaire : désorganisation des champs d'énergie vitales, perturbation de l'équilibre des échanges matière-flux arcanique, agrégation des vortex spirituels... ce que nous observons et avons déjà observé chez d'autres sujets par la passé. Mais concernant le sujet numéro 3, la femelle humaine, les variations enregistrées sont stupéfiantes : en à peine deux heures d'interaction ininterrompue avec les Limbes des Songes, nous avons mesuré des variations équivalentes à celles que nous observons normalement chez un sujet présent depuis deux jours. La croissance est exponentielle dans le spectre des champs spirituels et semble entraîner dans son agitation les autres champs de cohérence. J'ai vérifié les archives d'expérimentation : nous n'avons jamais encore auparavant connu de cas semblables. Les phénomènes les plus proches observés concernaient des créatures issus de plans dont l'Ordre est la composante dominante. C'est troublant...

    _ Ce qui signifie ?

    _ Si l'augmentation se poursuit de la sorte, les habituels troubles spatio-temporels, de la conscience et de la perception ne seront pas son seul problèmes dans un avenir proche : si je fonde mon raisonnement sur les créatures venues des plans de la Loi, sa réalité physique commencera à montrer des signes de transmutation et d'évanescence d'ici à peine quelques heures. Selon la capacité de sa volonté à maintenir la cohésion de ses champs, elle tiendra plus ou moins longtemps avant de se désagréger et de se dissoudre dans les Limbes des Songes.

    _ Votre estimation ?

    _ Probablement pas plus d'un jour. J'ai évalué le potentiel mental du sujet numéro 3 : c'est une imbécile congénitale selon les critères propres à son espèce. Face à l'influence des Limbes des Songes, la capacité de maintenir la cohésion des champs repose essentiellement sur les compétences cognitives : étant donnés les chiffres, elle ne tiendra pas longtemps.

    _ Hum... Et que font-ils actuellement ?

    _ Ils viennent juste de s'endormir. L'accélération du processus de détérioration de la cohésion des champs due aux phases de rêveries chez les humains portera le coup de grâce au sujet numéro 3.

    _ Nous verrons bien. En tous les cas, faites-moi une analyse détaillée complète et un autopsie des champs de cohérence lorsqu'elle aura rendu l'âme. Préparer également une cage de rétention spirituelle pour celle-ci. Nous avons tout un tas d'expérimentations à lui proposer...

    _ C'est comme si c'était fait, Votre Grâce. J'ai déjà pris la liberté de sonder tous les champs du spectre afin de draguer le maximum de données.

    _ Fort bien. Vous m'êtes précieux, Tlarstzax. Ne me dérangez plus : revenez seulement lorsque le sujet numéro 3 sera mort et son âme prête à être examinée. Vous pouvez disposer.

_________________
Elifern, la femme-bête


Dernière édition par Elifern Vastanar le Mer 24 Déc 2014, 21:05, édité 1 fois.
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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mar 23 Déc 2014, 22:10 
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Potentiel indéterminé - :RP: Le Trésor de Coccinus : Partie 5 : La sortie ? Quelle sortie ? :RP:


    _ Qu'est-ce... que c'est... que ce truc-là ?

    Marmonna le Prince Diable, perplexe, tandis qu'il mâchonnait le nouveau rapport de Scribouillard. La peau rouge de son front cornu s'était plissée sous l'interrogation ; quelque chose d'indigeste s'était vraisemblablement glissé dans la bille organique d'information de l'aberrant petit scribe. Il déglutit et pencha son pesant regard d'encre sur son conseiller...

    _ Alors ? Exigea-t-il avec simplicité, ce qui en son Royaume suffisait amplement pour se faire obéir.

    Tlarstzax, l'un des principaux savants au service du Prince, était agenouillé à dix pas de son Altesse, empêtré dans sa robe qui masquait sa terrifiante apparence aux yeux de tous, à l'exception de ceux du Maître des Lieux. Cette fois, il n'était pas venu seul pour formuler son rapport. Avait-il craint la vindicte de son seigneur et veillé à amener un bouclier de chair ? Sa Majesté n'avait-elle pas exigé à demi mot, qu'il ne la dérange plus avant que le sujet numéro 3 ne fut mort ?

    Le nouveau venu contrastait singulièrement avec l'encapuchonné ratatiné : il était grand et élancé. Ses traits finement ciselés étaient ceux d'un humain mais deux fines cornes argentées surplombaient de grands yeux d'un vert intense. Il portait une robe blanche maculée de runes brillantes, visiblement surchargées de magie et fixait, à bon escient, le sol devant lui.

    Tlarstzax s'éclaircit la gorge et s'empressa d'accéder à la requête du maître des lieux :


    _ Il s'est passé quelque chose d'imprévu...

    _ J'avais remarqué, rétorqua sèchement le Prince. Pourquoi n'est-elle pas morte ?

    _ A vrai dire, Votre Majesté, nous... nous n'avons aucune certitude... ARRRGH !

    La patience du maître était parfois fort limitée... et les précautions oratoires du savant, aujourd'hui inappropriées : le corps rachitique de l'encapuchonné se tordit d'une vive douleur tandis que le petit sorcier tout puissant dérouillait ses nerfs sur son sujet. L'effet disparut aussi vivement qu'il était venu laissant Tlarstzax, essoufflé. Il prit quelques instants pour ordonner ses idées sous le regard malveillant du Prince.

    _ Les prévisions que je vous avais livré précédemment concernant l'évolution de l'état du sujet numéro 3, reprit-il en se reconstituant un aplomb, se sont avérées fausses. La désagrégation de ses champs de cohérence physiques, énergétiques, psychiques, arcaniques et éthiques, a brutalement régressé de façon tout aussi spectaculaire qu'elle s'était emballée. Ils sont actuellement proches du taux de désorganisation observés chez un sujet normal originaire du plan matériel primaire sauf en ce qui concerne le champ énergétique qui montre des signes lacunaires au moins cinq fois plus importants que les quatre autres sujets. Les désordres ont atteint un pic durant son sommeil et sont peu à peu entrés en régression.

    _ Mais, en ce qui concerne le champ de cohérence spirituel, les mesures nous ont livré des chiffres invraisemblables : l'expansion fulgurante a atteint le seuil critique au moment où la femelle humaine est entrée dans l'état de sommeil ce qui aurait dû mener à une dissipation complète de son facteur de cohésion. Au lieu de cela, le processus d'expansion s'est poursuivit et a littéralement explosé son champ spirituel qui s'est étendu au-delà de ce que notre sonde spectrospirituelle peut circonscrire. Néanmoins, vous avez vu les images de l'Omniculaire : les radiations spirituelles parlent d'elles-mêmes. Le sujet numéro 3 a étendu son champ spirituel au-delà de toutes les limites que nous avons pu observer par le passé et cela sans que ne s'effondre la continuité des autres champs de cohérence.

    _ J'ai personnellement observé le phénomène en temps réel, Votre Majesté. Et je m'attendais à constater l'explosion, lorsque le champ spirituel s'est finalement replié sur lui-même et s'est cyclisé comme s'il n'avait jamais franchi le point de non retour. Le niveau de radiation spirituel est resté anormalement élevé mais s'est stabilisé autour de 495 KiloGeist soit le quintuple de la valeur notée chez son congénère humain, le sujet numéro 5.


    _ Et ses espèces d'ailes ? Et les moufles ? Comment expliquez-vous l’enchevêtrement des spectres ?

    _ Nous avons observé une régression des désorganisations suite à la recyclisation du champ spirituel : nous supputons que cela devait correspondre à la fin d'une période de rêverie humaine d'une intensité jamais encore observée. Le sommeil s'est ensuite déroulé sans que les mesures ne décèlent de nouvelles périodes de rêverie. Lorsque le sujet numéro 3 s'est réveillé cependant, une nouvelle expansion brutale du champ spirituel s'est produite. Elle correspond avec l'étrange pouvoir dont le sujet a fait la démonstration en fabriquant ces agrégats semi-cohérents.

    _ Les mesures des champs de cohérence cognitifs et matériel ont montré que le sujet numéro 3 était dans un état de conscience intermédiaire entre l'éveil et le sommeil tandis qu'il produisait les agrégats. Votre Grâce a pu constater la gestuelle rudimentaire ayant servi au sujet numéro 3 lors du tissage des agrégats. On y décèle à travers le spectre les modifications simultanées de tous les champs de cohérence comme lors d'un effet arcanique. Quant à la nature du pouvoir qu'il a utilisé, une recherche est en cours : j'ai mandaté un messager auprès d'un confrère qui aura peut-être des informations à ce sujet...


    Lissant sa courte barbiche, d'une main distraite, le Prince laissa planer le silence de la réflexion durant quelques pesantes minutes. Les deux savants ne bougeaient pas d'un cheveux : tant que sa Majesté ne l'avait pas précisé, ils pouvaient rester dans cette inconfortable position indéfiniment. Ceux qui s'étaient essayé à une gesticulation sans son autorisation n'étaient plus là pour en parler.

    _ Bien. Vos conclusions ?

    _ Hum... si nous résumons les points clés : le sujet numéro 3 présente un pouvoir inconnu affectant le champ de cohérence spirituel. Celui-ci peut s'étendre au-delà du seuil de cohésion et se recycliser de lui-même. Par le biais de cette linéarisation expansive brutale de son champ de cohérence spirituel, le sujet est également capable de produire des agrégats pseudo-cohérents présentant une signature partielle dans tous les champs du spectre de cohérence. Les propriétés spécifiques de ces agrégats sont encore à l'étude.

    _ Il est évident qu'il y a une corrélation entre l'ouverture du champ de cohérence spirituel et la capacité de formation de ces agrégats. D'autre part, les discussions écoutées par nos sondes espionnes, tendent à montrer qu'il s'agit d'une capacité nouvelle chez le sujet numéro 3 : la femelle humaine a exprimé son étonnement face à son compagnon élian à ce propos et n'a pas l'air de connaître les nature des pouvoirs de ses propres agrégats semi-cohérents. Cela confirme l'importance de la phase inconsciente de la rêverie et de la semi-conscience durant le tissage des agrégats pour l'exploitation de son pouvoir. Il est clair que les capacités cognitives du sujet numéro 3, que j'ai réévalué juste avant ce rapport, n'ont pas évolué sinon plutôt régressé : son champ cognitif éveillé n'est pas apte à englober les potentiels inconscient et semi-conscients. Il n'est guère étonnant dès lors que le sujet ne comprenne rien à ce qu'il fait. C'est également la première fois que nous mesurons un tel décalage cognitif entre la conscience d'éveil et les autres formes de conscience. Cela remet en cause certaines de nos conceptions concernant l'importance du champ de cohérence cognitif dans la force de cohésion des champs.

    _ C'est la raison pour laquelle j'ai rappelé Glad, ici présent, de sa mission actuelle afin qu'il explore les évènements inconscients du sujet numéro 3.


    Les yeux perçants du Prince se posèrent enfin sur le bel humanoïde aux cornes argentées qui jusqu'alors, était pour sa Majesté aussi insignifiant qu'une mouche...

    _ Glad ? Et que pouvez-vous pour notre "sujet numéro 3" ?

    _ Votre Majesté, commença-t-il d'une voix douce et mélodieuse, si je ne m'abuse, la clé de nos interrogations ne nous viendra pas d'une exploration extérieure des champs de cohérence. Le pouvoir de ce sujet m'a tout l'air de résider dans son aptitude au déconditionnement par le rêve. Mon talent consiste à m'infiltrer dans les tréfonds torturés de l'inconscient, là où personne ne va observer.

    _ Glad est un des Extracteurs de Conscience, Votre Grâce. Le plus compétents en ce qui concerne les circonvolutions inconscientes des sujets biphasiques. Étant données les nombreuses inconnues, j'ai jugé utile de déployer cette ressource particulière.

    _ Cela Nous semble effectivement avisé, mon cher Tlarstzax.

    Un nouveau silence s'abattit sur le bureau de consultation du Prince. Les yeux clos, il compulsait des informations dont les deux savants n'avaient connaissance. Lorsqu'il rouvrit les yeux, un voile violacé s'esquiva tel un nuage...

    _ Qu'il en soit ainsi ! Évaluez également les risques de contagion spirituelle et les répercussions à distance. Je veux des Vers de Rêves pour encadrer et circonscrire le périmètre du sujet numéro 3. Je ne veux aucun déclenchement d'Ondes de Transmutation dans les Limbes des Rêves. Je ne tolèrerais pas que les soubresauts spirituels de cette femelle humaine agitent les Grands Rêveurs, c'est bien compris ?

    _ Oui, Votre Majesté.

    _ Vous pouvez disposer !

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Dernière édition par Elifern Vastanar le Jeu 25 Déc 2014, 23:15, édité 1 fois.
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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mer 24 Déc 2014, 20:28 
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    _ Réduis encore la vitesse de défilement de quinze facteurs... Ordonna-t-il au Moniteur.

    Tlarstzax, le savant du prince diable, œuvrait dans son office au milieu d'un bric-à-brac digne d'un bureau d'étude gnomique. Avec un acharnement inhumain, il compulsait les enregistrements des spectres du sujet numéro 3, essayant d'en percer les mystères. Ce n'était pas tous les jours qu'une découverte sans préalable émaillait la vie du chercheur. Son cerveau desséché en ébullition, élaborait des protocoles à fond les manettes, se projetant sur le long, le moyen et le court terme pour disséquer la problématique qui s'offrait à lui : percer les secrets de cet étrange pouvoir, en dégager les paramètres et élaborer des usages profitables et intellectuellement stimulants...

    Le Moniteur, encore une de ces créatures hybrides composée de matériel de verre et de métal et de chairs à vif, repassait pour la énième fois les manifestations hors norme de l'ouverture du champ de cohérence spirituel du sujet numéro 3.


    _ Stop. Reviens. Quatre fractions en arrière. Réduis la vitesse à quarante facteurs.

    Ses yeux décharnés invisibles sous sa capuche s'écarquillèrent : il avait enfin trouvé quelque chose...

    _ Lecteur ! Mets-toi en dérivation !

    Émettant immédiatement un nouveau pseudopode, l'aberration enfonça celui-ci dans la chair tendre de la créature appelée Moniteur. Le pauvre Lecteur était déjà enchevêtré dans un capharnaüm de connexions charnelles contre-natures avec tout un tas de créations par d'autres bestioles intermédiaires, des Poulpes Connectifs. Plus adaptés pour les travaux de grande précision et les échanges conséquents de données, ils reliaient Scribouillard, l'Omniculaire et trois autres aberrations les uns aux autres. Des tentacules de chaque Poulpe Connectif étaient également arrimés sur le crâne d'un humanoïde aux traits fins et aux longues cornes argentées. Glad, l'Extracteur de Conscience, était assis en tailleur le dos bien droit et se tenait en lévitation trois pieds au-dessus de ses camarades d'expérimentation. Son corps immobile était baigné dans une sphère aqueuse, sorte de substance gélatineuse rougeâtre. Un de ses grands yeux vert était ouvert tandis que le l'autre était clos.

    _ Compte-rendu des spectres sur la période de ces quatre fractions. Encodage en graphiques. Transmets-les à Moniteur.

    Il se leva brusquement de son fauteuil, bousculant au passage un établi surchargé de verreries vivantes qui tintèrent leur mécontentement à l'adresse du savant.

    _ Prodigieux... tout simplement prodigieux... souffla-t-il. Scribouillard ! Lecteur ! Note d'étude !

    La découverte était confirmée, le protocole d'encodage habituel des informations enclenché : Lecteur et Scribouillard étant déjà surconnectés, cela facilitait grandement la communication des données de précision. Six paires de mains supplémentaires commencèrent à s'agiter devant trois nouveaux parchemins ce qui portait le total de paluches actives à une bonne vingtaine. Pratique ce petit secrétaire !

    _ L'examen approfondi des données enregistrées du spectre spirituel du sujet numéro 3 durant la linéarisation spontanée du champ de cohérence spirituelle, montre la présence de Souffles de Dispersion. Mais contrairement à ce que l'on observe communément, la direction de ceux-ci n'est pas de l'intérieur vers l'extérieur mais de l'extérieur vers l'intérieur. Il semble approprié de les nommer donc dans ce cas, des Souffles d'Aspiration.

    _ Le Souffle de Dispersion s'accompagne habituellement d'ondes de choc créant des fluctuations dans les champs de cohérence. Le phénomène est un prémisse qui se produit systématiquement, peu de temps avant le dissipation du facteur de cohésion qui entraîne la mort du sujet. Ces Souffles d'Aspiration, au contraire, induisent dans tous les champs de cohérence des pics de stabilisation. Ces contractions semblent contrecarrer la dissipation du facteur de cohésion. C'est donc ainsi que le sujet numéro 3 parvient à maintenir la cohésion des champs tout en ouvrant son champ de cohérence spirituel.

    _ D'autre part : les Souffles d'Aspiration provoquent un pic d'élévation de l'intensité du Spectre Spirituel du sujet ce qui tend à montrer que le sujet numéro 3 est capable de drainer le Champ Spirituel Informel. Cela n'avait encore jamais été observé. Le phénomène de linéarisation de son champ spirituel permettrait donc au sujet d'accéder au Champ Spirituel Informel et d'exploiter son potentiel latent.

    _ Les perspectives pratiques et techniques d'exploitation à terme, lorsque nous serons parvenus à percer les mécanismes de son pouvoir sont...


    _ Alerte ! Vague de Songes en approche sur zone de surveillance ! Braya soudainement l'Omniculaire, toujours aussi discret.

    _ Non... non ! non ! non ! Pas ça ! Pas maintenant ! Se plaignit Tlarstzax. Lecteur, où en sont les Vers de Rêves ?

    _ 74% de recouvrement. Vitesse moyenne de progression estimée à : 1% pour 1 minute et 28s selon les cycles astraux de la clepsydre ectoplasmique de Sa Majesté.

    _ Combien de temps avant la Vague ?

    _ Entre 7 minutes 22s et 13 minutes 52s selon les cycles astraux de la clepsydre ectoplasmique de Sa Majesté. Taux de fluctuation de calcul estimé à 20%.

    Le savant encapuchonné se passa une main à trois doigt derrière la tête : il fallait réagir rapidement !

    _ Dévoreur ! Amène-toi !

    Une affreuse gueule à pattes piquetée de longues antennes de métal arriva en sautillant et reçu en son flanc rosé le pseudo-pode du Lecteur.

    _ Envoie autant des Pièges à Ondes que possibles. Lecteur, oriente-les vers les zones non couvertes par les Vers de Rêve.

    Une quantité incroyable de minuscules petites teignes éthérées de la taille d'une mouche sautèrent dans le globe de verre de l'Omniculaire, proprement avalés vers leur destination...

    _ Lecteur, évalue les fuites au spectroscope.

    _ La Vague de Songes arrive sur zone. Sujet numéro 1 n'est pas affecté. Sujets 2, 3, 4, 5 et 6 : distorsion spatio-temporelle confirmée.

    S'il avait pu suer, Tlarstzax aurait probablement trempé le sol du laboratoire : si le sujet numéro 3 avait la mauvaise idée de reproduire son tour de force d'ouverture de son champ spirituel aux quatre vents au beau milieu d'une Vague de Songes, la propagation de l'onde en serait démultipliée. Et les effets imprévisibles mais probablement nuisibles pour la fragile stabilité des Limbes de Rêves. Le Prince chercherait un coupable à torturer pour cette catastrophe et le savant ne savait que trop qui serait désigné volontaire à l'insu de son plein gré...

    Mais comme un problème n'arrive jamais seul :


    _ AAArrgh !

    La tête cornue de Glad jaillit brusquement éclatant la surface de sa boule gélatineuse en crachant le liquide nourricier. Que se passait-il ?

    _ Constance ! Analyse ! Gueula le savant d'une voix stridente de panique.

    _ Accélération des flux vitaux sans lésion ni pathologie détectée, maître.

    Au moins, il n'était pas blessé. Les Extracteurs de Conscience étaient choses rares. Et celui-ci était tout particulièrement doué... et cher. Obtenir son concours avait demandé des efforts et des ressources démesurés. Tlarstzax soupira de soulagement...

    _ J'ai... été... expulsé... Articula finalement Glad en crachotant de la gélatine...

    _ Expulsé ?! Comment ça expulsé ?

    _ Je ne suis... pas certain... j'ai senti... les effluves d'une conscience divine...

    _ Quoi ?!

    Il ne manquait plus que ça que les dieux s'en mêlent...


    *** *** ***


    Une pression invisible enserra soudain ce qui devait servir de gorge à l'encapuchonné. Le corps décharné se souleva, quittant le contact du sol. D'une voix éraillée mue par une diligente panique, Tlarstzax articula avec peine :

    _ Il n'y a... pas eu... de trains d'ondes !

    La pression s'évanouit libérant la forme enrobée qui s'effondra dans un bruit mat. Le Prince était irrité. Et ce n'était jamais bon lorsqu'il était manifestement irrité. Les serviteurs astiquant les reliques qui ornaient la salle de réception de son Altesse, s'étaient esquivées prudemment : il pouvait être avisé de mettre une œuvre entre la colère princière et soi-même dans ces conditions...

    _ Et comment pouvez-vous en être si sûr, mon cher Tlarstzax ? Fit le Prince, d'un ton perfide qui laissa merveilleusement s'insinuer la menace sous-jacente dans le cœur décharné du savant.

    Le laborantin s'empressa de reprendre avec aplomb, saisissant le sursis.


    _ Le Dévoreur d'Onde ont compensé, mon Seigneur. Les Vers n'étaient pas en place à temps sur l'ensemble du périmètre. Et je...

    _ J'attends donc avec impatience que vous me présentiez le rapport spectroscopique.

    Le savant déglutit avec peine. Il se savait coincé : l'évaluation n'était pas encore achevée.

    _ Une présence divine a été confirmée, Votre Grâce.

    Les sourcils du Prince se froncèrent dangereusement au-dessus de ses yeux ténébreux. C'était effronté de sa part, et fort risqué, de tenter de dévier la conversation vers un autre sujet, sans l'assentiment de Sa Majesté.

    _ L'expulsion de l'Extracteur de Conscience est de son fait, s'acharna-t-il. Le Spectre l'a montré. Une créature également est apparue. Il semblerait qu'il s'agisse d'un...

    _ Chien de Yeth, oui, Nous savons tout cela.

    Tlarstzax trembla : comment le Prince pouvait-il savoir puisqu'il avait veillé à ne pas l'inclure dans son rapport ? Conserver ces informations pour son compte-rendu oral était son atout pour adoucir la colère de Sa Majesté...

    Enfin... ce qu'il croyait être un atout. Mais le Prince, satisfait de lire la panique en lui, n'insista pas : il était bien plus profitable que l'encapuchonné se perde en conjectures apeurées...

    _ L'Extracteur de Conscience est-il encore à la hauteur de ses émoluments ? Questionna le Prince d'un ton faussement doux.

    _ Oui. Tout l'indique, Votre Majesté.

    _ Bouclez-moi la zone proprement. Vous pouvez disposer.

    Il n'y croyait pas ! D'autres avaient péris pour moins que cela. L'intrusion divine devait chagriner le Prince plus qu'il ne le laissait paraître, songea le savant. Il ne s'en était pas si mal sorti finalement...

    _ Et ne me décevez plus, Tlarstzax.

    C'était clair : il n'avait plus le droit à l'erreur...

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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Sam 27 Déc 2014, 00:41 
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    Feist Grüth, Docteur spiritiste a écrit:
          Très cher maître Tlarstzax,

      J'accuse bonne réception de votre courrier ainsi que de son contenu. Compte tenu des informations éparses et lacunaires que vous m'avez transmises, je ne puis malheureusement attester de rien de précis concernant les manifestations de pouvoir que vous décrivez. J'ai bien quelques idées mais il me faudrait les confronter à vos analyses spectroscopiques pour confirmation.

      Voudriez-vous me faire parvenir les rapports d'étude ?

      Je reste à votre disposition, mon cher confrère, pour tout échange scientifique.



                Docteur en sciences spiritistes,
                Maître de la guilde des Vives Âmes,


                    Feist Grüth


    Tlarstzax froissa le morceau de parchemin et l'enflamma : il avait sollicité les conseils de son confrère Feist Grüth, espérant qu'il saurait l'aider à appréhender le phénomène nouveau constitué par le sujet numéro 3. Mais cela impliquait de partager des informations : et tout ce qui était trouvé au service du Prince appartenait au Prince. Il devrait donc lui demander la permission durant leur prochaine entrevue : Sa Majesté était pingre. Le partage ou l'échange, lorsqu'il n'était pas totalement fructueux d'une façon ou d'une autre, ne générait que sa méfiance. Ce n'était pas gagné donc...

    _ Scribouillard ! on reprend : les sujets 1, 3, 4 et 6 sont actuellement toujours réfugiés dans la Zone de Forte Cohérence Fixe numéro 754, laquelle est le repère constitué de l'individu étiqueté Résident 947248. La Zone de Forte Cohérence Fixe numéro 754 comprend une petite structure en pierre, ruine persistante de l'Ancien Royaume. L'effet de stabilisation, dû à la forte cohérence, sur le spectre des sujets a été confirmé. Néanmoins, chez le sujet numéro 3, on note un niveau de radiations spirituelles qui reste anormalement élevé, autour de 358 KiloGeist.

    _ Les individus 2 et 5 sont sur le chemin qui mène vers le château de Sa Majesté en compagnie du Résident 947248 : tel que l'avait prévu Son Altesse, nos sondes espionnes nous ont confirmés qu'ils sont à la recherche d'une voie leur permettant de regagner le plan matériel primaire. Ils sont incapables de voyager par leur propres moyens et leur arrivée était donc un accident involontaire. Sa Majesté pense qu'il s'agit d'un piège du sorcier Coccinus.


    Il déambulait dans un sens puis dans l'autre dans l'allée de son secteur du laboratoire en contournant l'installation : l'étrange montage charnel réunissant l'Extracteur de Conscience et les créatures-objets encombrait la zone et l'encombrerait encore tant qu'il n'en serait pas décidé autrement. Il avait déjà formulé une requête auprès du Prince pour capturer les individus et explorer le potentiel mystérieux du sujet numéro 3. C'eut été tellement plus pratique pour mener les expérimentations ! Mais Sa Majesté avait apparemment autre chose en tête.

    S'approchant de Moniteur, il reprit place dans son fauteuil et fit défiler des images spectroscopiques et des graphiques durant quelques minutes avant de poursuivre :


    _ L'analyse détaillée du dernier évènement concernant la manifestation du potentiel du sujet numéro 3 révèle un processus de linéarisation du champ de cohérence spirituel différent des deux épisodes précédemment observés :

    _ Premièrement, il procède de deux phases distinctes : une première phase rapide, d'ouverture et une seconde phase longue de manifestation du pouvoir proprement dit.

    _ Dans un premier temps, la linéarisation du champ a montré une expansion progressive, et non brutale et explosive comme les deux fois précédentes, en corrélation directe avec l'augmentation des radiations spirituelles du sujet. Cette augmentation des radiations spirituelles fut aussi concomitante avec l'abaissement des radiations des champs psychiques, énergétiques et physiques.

    _ Si l'on compare ce phénomène à ce qui se produit chez un praticien de la Toile, il apparaît comme évident que le sujet numéro 3 dispose du moyen de dériver les intensités des champs de cohérence psychiques, énergétiques et physiques vers le champ de cohérence spirituel, tout comme le magicien puise dans les champs de cohérence pour nourrir ses radiations arcaniques. Cette élévation du niveau de ses radiations spirituelles atteint le Seuil ce qui induit l'ouverture du champ, la linéarisation.

    _ Alors s'amorce une seconde phase : le dépassement du Seuil de Cohérence, au lieu de briser son facteur de cohésion et d'entraîner la dispersion des champs et la mort du sujet, on constate à nouveau l'apparition de Souffles d'Aspiration. Ils produisent également le même type de contraction qui agrège le champs de cohérence empêchant la dissipation du facteur de cohésion.

    _ Contrairement aux deux épisodes précédents, les directions des Souffles d'Aspiration sont, cette fois, unidirectionnels et d'intensité continue. Il serait plus approprié de parler de Canal d'Aspiration dans ce cas précis : la forme spectroscopique et les mesures d'intensités ne sont pas des pics ponctuels, contrairement à ce que nous avions observé précédemment, mais un effet redondant.

    _ Le niveau des radiations spirituelles augmente encore jusqu'à atteindre un maximum enregistré à 1230 Kilogeist, plafond qui reste stable pendant toute la durée de la linéarisation.

    _ Nous notons également que la dérivation des intensités puisées dans les champs de cohérence psychiques, énergétiques et physiques cesse dès que ce plafond est atteint. Il se produit alors une inversion du processus de drainage : l'intensité des trois champs remonte immédiatement et dépasse largement le niveau mesuré initialement.

    _ En d'autres termes, le canal d'aspiration stabilisé nourrit en retour les champs de cohérence psychiques, énergétiques et physiques. Cela se traduit par une vitalité physico-psychique qui s'accroît brusquement et qui est utilisée par le sujet numéro 3 à des fins martiales. C'est à l'évidence le dessein entretenu par ce pouvoir que de développer une force brute dans une situation de conflit...


    Il s'interrompit un moment, mettant de l'ordre dans ses idées :

    _ La phase de recyclisation procède du schéma inverse, et comprend également deux phases distinctes : La première phase est très rapide et la seconde est très longue et progressive et se poursuit encore tandis que ce rapport est établi, quatre heures après la fin de l'évènement déclencheur.

    _ C'est à nouveau la dérivation des intensités - accrues par l'énergie du Canal d'Aspiration - des champs de cohérence psychiques, énergétiques et physiques, qui semble permettre, à la fin de la manifestation du pouvoir, de recycliser le champ de cohérence spirituel. Le drainage durant ce processus, laisse alors un niveau d'intensité anormalement bas dont les effets sont clairement observables chez le sujet numéro 3 : essoufflement, état de fatigue, troubles de l'attention...

    _ Le niveau des radiations spirituelles s'abaisse sous le Seuil mais reste très élevé. La seconde phase, très étendue dans le temps, va voir décroître progressivement ce niveau. L'intensité spirituelle est alors drainée et les intensités des trois autres champs concernés vont en bénéficier jusqu'à retrouver un niveau normal. C'est la phase de récupération qui apparaît comme une "dette" dont le sujet numéro 3 doit s'acquitter en contrepartie de ses prouesses...


    Il se tourna vers l'humanoïde aux cornes argentées : son grand œil vert vif, fixait le savant d'un air absent. Il serait bientôt temps d'aborder l'aspect interne des phénomènes animant le sujet numéro 3. C'était après tout, la fonction de l'Extracteur de Conscience. Fallait-il l'inclure dans son rapport ? Il n'en était pas certain : le Prince aimerait sans doute l'entendre de vive voix. Mais avant, il avait encore quelques précisions à apporter...

    _ Sur le plan cognitif, il est à noter une différence majeure avec les deux épisodes précédents de linéarisation du champ spirituel :

    _ L'évaluation du spectre de cohérence cognitive montre que l'expansion du champ a été déclenchée dans un complet état de conscience ce qui est en totale opposition avec les constatations antérieure. Cela indique clairement que le sujet est conscient de ce nouveau phénomène. D'autre part, la survenue de ce phénomène correspond exactement à une situation adaptée - une rencontre létale avec cinq créatures de la classe des dichotolombrics. Cela conforte encore donc le fait qu'il s'agit d'une réaction adaptative parfaitement maîtrisée du sujet numéro 3.

    _ Ceci étant dit, lorsque le Canal d'Aspiration fut en place, que le plafond des 1230 Kilogeist fut atteint, le spectre de cohérence cognitive a montré d'importantes fluctuations anarchiques ce qui montre que la personnalité du sujet est sensiblement affectée par le phénomène. Ces fluctuations laissent place à des distorsions mineures après la recyclisation, qui se prolongent également dans le temps en diminuant progressivement en fréquence et qui n'ont pas encore cessé à l'heure actuelle.

    _ Sur le plan des répercussions énergétiques : nous notons que le phénomène affecte également les lacunes observées dans son champ de cohérence énergétique. Les variations importantes des intensités semblent déchirer les lignes de champ là où se trouvent des fragilités déjà existantes. Si nous nous fions aux observations antérieurs sur d'autres sujets de la même espèce, ce phénomène ne pourra que se majorer dans le temps sous l'impact de ces brusques va-et-vient d'intensité. Les moyens curatifs connus pour circonvenir ce genre d'avaries sont peu nombreux et sont tous hors de portée du sujet numéro 3. Il est question ici de dons divins et de sortilèges de très haut niveau.

    _ La trame énergétique actuelle du sujet numéro 3 est anormalement endommagé, si l'on se réfère aux standards de son espèce et à l'état des autres champ de cohérence. Il possède la structure d'un individu de la même espèce dans la force de l'âge alors que vraisemblablement, le sujet numéro 3 est très jeune. Serait-ce donc un dommage collatéral propre à son pouvoir d'ouverture du champ spirituel ? C'est un point sur lequel nous restons attentif si nous projetons étudier le sujet numéro 3 sur du long terme.

    _ Il nous faudra évaluer également sa capacité à recourir à ce pouvoir : le sujet est-il capable d'en appeler à ce pouvoir aussi souvent qu'il le désire ? Peut-il en faire varier l'intensité ? Quel est l'élément initiateur de ce pouvoir ?


    L'encapuchonné s'affaissa sur son fauteuil : il n'avait eu que peu de repos depuis que s'était manifestée cette découverte d'un singulier talent. L'exigence des recherches de cet ordre vous accaparait complètement et la pression que lui mettait le Prince lui rappelait à quel point il ne pouvait se permettre de se relâcher.

    _ Repasse-moi oralement le rapport, Scribouillard...

    Une relecture s'imposait. Rien ne devait être laissé au hasard : Sa Majesté était impitoyable avec les productions médiocres.


    *** *** ***


    _ Intéressant... Cela fait penser à certains pouvoirs que l'on observe chez certains combattants enragés par le feu de la bataille. Les fameux guerriers berserkers... Cette étrange forme de magie nous ouvre des perspectives fascinantes, n'est-ce pas ?

    _ Je le pense sincèrement, Votre Altesse.

    _ Pensez-vous être en mesure de comprendre et de reproduire les dons du sujet numéro 3 à notre profit, mon cher Tlarstzax ?

    _ J'y travaille constamment votre Majesté. Pour l'instant, nous en sommes encore aux balbutiements. Si les mécanismes s'éclaircissent, la force motrice est quant à elle encore mystérieuse. J'en profite d'ailleurs pour vous renouveler ma suggestion au sujet de l'expérimentation in vitro.

    Le Prince sourit de toutes ses dents effilées comme des canines.

    _ Patience mon petit, patience. Ne vaut-il pas mieux observer la bête dans son habitat naturel pour en saisir le comportement ?

    Il éclata d'un rire sadique plein de promesses malsaines...

    _ Sachez, toutefois, que j'ai pris bonne note de votre suggestion. Il serait dommage de perdre prématurément un sujet aussi prometteur, n'est-ce pas ? Je demanderai à votre estimé collègue, Yanouchki, de prélever un échantillon de croissance afin de cloner cette femelle d'humain. Juste au cas où elle viendrait à décéder prématurément...

    Yanouchki... Un nuage sombre s'abattit sur le cœur sec du savant : c'était son principal rival dans l'enceinte du palais du Prince ainsi que le second parmi les chercheurs. Ce vicieux obèse briguait sa place depuis qu'il était entré au service du Prince. Il était ambitieux et retors, plus intéressé par l'avancement hiérarchique que par les recherches scientifiques. Un vil opportuniste qui s'était débrouillé pour faire condamner un de ses collègues pour s'approprier sa chaire.

    Mais il était doué également. Tout particulièrement dans le domaine des fonctions organiques. Il avait créé pour le compte du Prince, un nombre conséquent de chimères qui ravissait Sa Majesté. Il avait su gagner ses faveurs. Devoir travailler avec cet énergumène dans les pattes s'annonçait une entreprise extrêmement périlleuse : encore un facteur de pression supplémentaire...


    _ Je crains, votre altesse, que la chair ne soit pas la vraie source de ses pouvoirs : un clone pourrait vous décevoir, répliqua-t-il.

    _ C'est probable. Mais vous n'êtes pas encore au courant des dernières découvertes de votre confrère ? Yanouchki est parvenu à implanter une conscience dans une clone avec succès !

    La nouvelle lui fit l'effet d'une douche froide. Ce petit génie venait de réaliser un tour de force aux potentielles applications incroyables. Et, en y réfléchissant un instant, cela pourrait certainement lui coûter sa place. C'était une manière détournée pour le Prince de lui signifier à quel point il était sur le fil, dangereusement en équilibre précaire.

    _ Vous devriez lui demander de vous fabriquer un nouveau corps, ha ha ha !

    La plaisanterie était d'une cruauté inouïe : ce corps desséché qui le faisait tant souffrir... n'avait pas toujours été ainsi. Autrefois, sa chair était pleine et bien nourrie. Mais il avait eu la mauvaise idée de croire que l'on pouvait, si on était malin, tenir tête au Prince : erreur fatale... Pour le punir, il avait fait de son corps vigoureux un enfer vivant : chaque goutte de fluide absorbée le brûlait comme milles flammes. Il s'était vite rendu compte qu'il était moins terrible de souffrir d'une mobilité limitée et d'une soif que l'on ne pouvait se permettre d'assouvir que de brûler de l'intérieur. Un supplice cruel à la mesure du Prince Cornu.

    Vraiment, il n'avait pas le droit d'échouer : s'il parvenait à percer les mystère du sujet numéro 3, il tenait entre ses mains la confirmation définitive de son statut. Et la vexation des ambitions de Yanouchki. S'il échouait par contre, ce serait la déchéance assurée. Et la souffrance... comme son Altesse venait de le lui suggérer à demi-mots.


    _ J'ai demandé à Glad de vous informer en personne de ce dont il a été témoin, reprit Tlarstzax en se forçant à se composer une contenance. Dois-je le convoquer maintenant ?

    _ Ce n'est pas nécessaire, Faites-moi parvenir son rapport.

    _ J'aurais une dernière re... commença le savant qui voulait s'enquérir d'une permission du Maître de transmettre certaines parties de ses observations à son confrère, le docteur Feist Grüth.

    Vous pouvez disposer, coupa net le cruel Prince diable, préférant visiblement laisser au plus tôt son savant dans le martyr psychologique.

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Dernière édition par Elifern Vastanar le Ven 16 Jan 2015, 18:13, édité 3 fois.
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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Dim 28 Déc 2014, 22:22 
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    Glad se préparait à la tâche dans laquelle il excellait : l'art d'investir la conscience. Comme tous les Extracteurs de Conscience, c'était un mercenaire qui monnayait ses talents à prix d'or auprès de qui pouvait se le permettre. Ses confrères avaient constitué une confrérie plus ou moins formelle, chacun s'arrangeant pour jouir de la protection d'influents mécènes parmi les plans du Multivers. Ils étaient à la fois craints et convoités car leur talent était rare et à bien des égards, très utile.

    Les Extracteurs de Conscience appartenaient au champ de pouvoir des télépathes, des maîtres de l'esprit. Mais contrairement au manipulateur spirituel lambda, un Extracteur de Conscience dévouait tout son talent à l'invasion totale de l'esprit d'autrui. Là où d'autres se contentaient de formes brutales et agressives, eux s'évertuaient à se rendre invisible, indétectable et aussi indéracinables que pouvait l'être la conscience même de celui qu'ils envahissaient. Ce genre de don pouvait explorer les secrets les plus inavouables, les fondements d'une personnalité et l'on disait qu'ils pouvaient remonter aux esprits ancestraux fouillant les lignées ou même les vies antérieures, et en prendre le contrôle. Même les plus puissants des sorciers les craignaient car leur doigté était incomparable.

    Pour ce contrat, le trésor du Prince Sukumvit avait dû être amputé d'un joli pactole. Rien qui fut insurmontable néanmoins, pour la fortune de Son Altesse : ses savants avaient un budget plein de largesses quant aux dépenses inhérentes à leurs recherches. C'était une des raisons qui attiraient ceux-ci à son service quand bien même le personnage fut d'un commerce si périlleux. Tlarstzax avait eu à en souffrir les désagréments ce qui ne l'empêchait pourtant nullement d'estimer à sa juste valeur sa place et les moyens mis à sa disposition. Il avait eu recours par trois fois déjà dans le passé aux Extracteurs de Conscience ce qui s'était révélé extraordinairement fructueux pour ses expériences : c'était une chose qu'il n'aurait pu espérer dans ses rêves les plus fous sans le concours des finances du Prince...

    Glad était en lévitation enfermé dans une bulle gélatineuse chargée de veiller à ses besoins vitaux. Les missions de l'Extracteur étant longues, c'était ainsi qu'il s'assurait que son enveloppe charnelle ne dépérissait pas. Son œil droit était grand ouvert, fixé inattentif, sur le mur du laboratoire : c'était son point d'ancrage dans sa propre réalité, sa planche de salut. Car tout le reste de son essence s'était insinuée dans celle de sa cible.

    Une femme, de race humaine. Une race biphasique primitive du plan matériel, alternant deux périodes de conscience d'une pauvreté cognitive affligeante. Il en avait infiltré des psions et des magiciens de toutes les espèces et lorsqu'il avait amorcé sa descente, il s'était franchement demandé pourquoi on avait requis ses talents pour une extraction aussi facile. Glad était le plus doué de sa confrérie concernant les créatures biphasiques et la tâche qu'on lui proposait était pourtant à la portée de son apprenti qui était encore un novice dans l'art de l'insinuation subtile...

    La prise de contact avec l'esprit du sujet numéro 3 avait été un jeu d'enfant : L'infiltration d'un sujet biphasique devait débuter par la conscience d'éveil de la cible car celle-ci constituait pour elle l'expression raffinée de son ego, celle qui dirigeait l'être, ses choix, son enveloppe charnelle et qui orientait son âme. Ce n'était pas le cas de toutes les créatures : il y avait bien des expressions pour les formes que prenaient les consciences. Les sujets biphasiques avaient une tendance tout à fait primitive à restreindre leurs capacités cognitives par incapacité d'intégration : leur conscience était comme un iceberg, ne laissant qu'une infime parcelle utile dans l'état d'éveil et rejetant l'immensité incontrôlable hors du champ de conscience. Cette stratégie avait l'avantage d'assurer une grande stabilité dans la personnalité de l'individu : il était plus aisé de gouverner un petit fief que de gérer les diversités d'une grande nation.

    L'inconscient des sujets biphasiques était alors nécessairement délaissé et une barrière franche séparait les deux phases de conscience. Dans l'inconscient, le sujet biphasique n'avait aucun contrôle sur ses processus attentionnels et n'était pas capable d'ordonner ni d'interpréter. Les sujets primitifs tels que les humains ignoraient ainsi pratiquement tout d'eux-mêmes. Pour un esprit aussi subtil que celui de Glad, dont la portion inconsciente était pratiquement nulle, ils étaient pitoyables.

    Et celui du sujet numéro 3 tout particulièrement...

    La première difficulté consistait à s'insinuer dans les failles attentionnelles de la créature, à les investir l'une après l'autre jusqu'à ce qu'elles appartiennent toutes à l'Extracteur. Les humains étaient des êtres distraits qui pensaient généralement de manière anarchique sans aucune restriction ni maîtrise pour la plupart, du flux de leurs pensées. Ils se mettaient à penser à tord et à travers, fragmentant sans cesse leurs processus attentionnels : autant de brèches exploitables pour Glad. Le sujet numéro 3 aurait pu faire office en la matière, de premier galop d'essai pour un aspirant apprenti Extracteur, tant ses capacités cognitives étaient perforées...

    Le but de la manœuvre étant d'échapper totalement à la conscience de l'individu : le talent de l'extracteur consistait à repérer la faille et à s'y engouffrer à une rapidité fulgurante, sans laisser la moindre trace de son passage. L'attention de la cible n'avait alors qu'un sentiment extrêmement fugace et ne parvenait pas à s'y accrocher. Dès lors que l'attention ne voyait pas l'intrusion, il était impossible pour la conscience de repérer celle-ci. C'était assez simple mais cela demandait une vélocité hors norme. La tâche pouvait s'avérer plus délicate lorsqu'elle concernait un sorcier humain et davantage encore s'il avait des dons de télépathe car ils entraînaient leur concentration davantage que leurs congénères.

    Chaque intrusion permettait à l'Extracteur d'y faire pénétrer un peu plus de son essence dans la conscience de son hôte. Le Sujet numéro 3 était si malhabile, qu'il ne fallut que quelques minutes à Glad pour finaliser son entrée : un record dans toute sa carrière professionnelle ! La conscience de l'humaine était tellement inattentive que l'intervalle de temps dont il disposait pour s'insérer lui permettait d'en glisser de grandes portions sans aucun risque d'être découvert...

    L'essence psychique ainsi infiltrée se réfugiait juste "derrière" les processus attentionnels et elle adhérait à leurs focus, bougeant avec eux, de façon tout à fait passive ce qui les rendaient indétectables. L'Extracteur avait ainsi conscience de tout ce sur quoi la cible portait son attention.

    La diffusion pouvait alors commencer : tel un poison s'insinuant dans tout le corps par le système circulatoire, l'essence de l'Extracteur suivait l'attention. A chaque mouvement d'attention, il y avait un mouvement d'interprétation. A chaque interprétation, l'essence de l'Extracteur se déployait à pas de loups vers la cognition. Peu à peu, la personnalité consciente tout entière tombait sous l'empire de l'Extracteur. Là encore, la facilité avec laquelle il s'était emparé de la personnalité du sujet numéro 3, nommé Elifern Vastanar, était déconcertante.

    Mais sa mission n'avait pas trait aux propriétés effroyablement pauvres de la conscience d'éveil de la femme-bête. Son essence attendait l'expression de ses pulsions pour poursuivre le fil conducteur jusqu'à son inconscient et se déployer vers la partie immergée de l'iceberg. Et ce n'était pas difficile non plus : la créature avait des émotions fortes - de vrais autoroutes pour l'essence de Glad ! - et stupides liées à de puissants comportements inconscients.

    Ce fut donc vraiment facile et aurait été pratiquement complété durant la Vague de Songes si la présence divine ne s'était pas manifestée...

    La Vague de Songes chamboulait les repères attentionnels en faisant fluctuer la barrière entre conscience et inconscience. Une autre réalité venait remplacer celle du présent déstructuré : pour Elifern, cela avait été une retrouvaille avec son fils, riche en émotions brutales ce qui était compréhensible puisqu'elle l'avait abattu de ses mains. Un gouffre ouvert sur son inconscient de violence dans lequel l'essence de Glad pénétra abondamment.

    Mais c'était sans compter l'apparition divine. Le champ de conscience du sujet numéro 3 fut brutalement subjugué comme seuls savent le faire les entités divines. S'il n'avait pas su réagir à temps, l'esprit de Glad aurait été coupé de son essence et plongée dans les méandres de la conscience de sa cible. C'était un phénomène extrêmement déplaisant à vivre qui vous laissait sans force durant des semaines : une fois, il avait vécu cela en s'insinuant dans la conscience d'un haut prêtre veillé par un ange puissant...

    Il s'était alors retiré en catastrophe. Un cuisant échec : il avait été imprudent, vraiment imprudent... Sous-estimant l'humaine, il s'était lancé sans garde-fou dans ce contrat trop empressé d'en finir pour reprendre le fil de sa mission que Tlarstzax l'avait convaincu de reporter. Il n'avait pas imaginé un seul instant que cette faible humaine aurait la visite d'une entité si puissante...

    On ne l'y prendrait pas deux fois ! Il choisit de s'encombrer d'un enchantement de rappel, avant de recommencer l'infiltration depuis le départ. Avec plus de circonspection cette fois, car les lignes du sort laissaient des traces : c'était une option inenvisageable dans le cas d'un sorcier de haut niveau mais l'humaine, même si elle avait quelques affinités naturelles pour les phénomènes arcaniques, aurait du mal à se rendre compte de sa présence. Quant à ses alliés, il serait pour eux invisible...

    L'invasion était comme une arbre : les feuilles et les ramures figuraient l'infiltration dans le conscient, le tronc était la connexion pleine à l'inconscient, traversant sans l'endommager la barrière du subconscient constituée par la terre, pour étendre ses racines jusqu'aux forces cachées, le monde souterrain, là où l'Extracteur savait s'établir pour faire son office...

    Il avait bien avancé dans la colonisation de l'inconscient de sa cible et commençait à pouvoir en prendre le contrôle, lorsqu'elle libéra la rage des bêtes pour la première fois. La secousse le prit au dépourvu : surpris par la vague, il faillit perdre la maîtrise de son essence.

    Un mouvement provenant d'une zone encore en dehors de l'infiltration força brusquement une brèche dans les frontières séparant le conscient et le subconscient de sa cible. Ne perdant pas une occasion d'accroître son influence, Glad s'y engouffra, poursuivant le fil du processus jusque dans ses racines. La chute fut vertigineuse, plus escarpée que ce dont il n'avait jamais été le témoin.

    C'était un appel, semblable au hurlement d'un millier de loups, au barrissement d'un oliphant. C'était un cri d'alarme de la conscience d'Elifern qui aspirait à briser la petitesse de sa conscience. Il enflait et enflait tandis que l'essence de l'Extracteur surfait sur cette bruyante veine de volonté qui se projetait vers les abysses...

    Et ce qui se produisit ensuite devait marquer Glad pour tout le reste de sa carrière : au lieu de rencontrer les racines inconscientes auxquelles étaient destinées ce hurlement de volonté coléreuse, il reçut un immense flot de perceptions violentes. Les sensations y cédaient tout juste aux images, un maelstrom de tueries sanglantes, de sang, de batailles et de sensations de force écrasante, de souffrance et de volonté meurtrière. Un déferlement de bêtes enragées saisissait l'inconscient de l'humaine, et se projetait vers l'appel conscient.

    Comment un tel retour de refoulé, une vague si impétueuse qu'il n'avait même pas pu en atteindre la source, avait-elle se produire ? Et surtout comment un tel déferlement de violence pouvait habiter un inconscient sans rendre totalement cinglé son propriétaire ? C'était invraisemblable !

    Les images de bêtes dévorant et tuant s'en prenaient aux souvenirs oubliés du sujet numéro 3. Glad vit des souvenirs entiers être pervertis par des prédateurs sanguinaires et se faire dévorer. Des souvenirs de conversations étaient interrompus par des explosions de violence. Une reformulation de l'inconscient de la cible était en cours et cela ressemblait fort à un sortilège dévastateur visant à détruire l'intégrité cognitive de l'humaine.

    Pourtant, c'était elle-même qui avait déclenché le processus !

    C'était à n'y rien comprendre... Elle était en train de s'autodétruire, de forer de grands trous dans sa personnalité en appelant à l'aide des forces sauvages, animales et impitoyables avec ce qui faisait d'elle une être un tant soit peu évolué...

    Le phénomène cessa rapidement : la brèche dans la barrière du conscient se referma, laissant une attention désorganisée. L'humaine était dans le flou subissant un contrecoup de vide émotif et cognitif.

    Galvanisant le réseau mémoriel, l'Extracteur profita de l'inattention pour explorer la source du cri de volonté initial. Verrouillé par l'apathie du sujet, il dut forcer un peu l'ouverture : ce n'était pas dans ses habitudes mais il devait savoir à quoi s'en tenir.

    La racine l'emporta loin dans le passé : un nouveau-né était jeté dans un chenil. Il tétait une mamelle. Des grognements. De la méfiance. De la solitude. La faim. La sienne ? Celle des chiens ? Un combat entre deux mâles. Une chute sur le bébé : la mère chienne se lève. Elle mord le mâle. Le second l'attaque. Puis un troisième s'en mêle. Une grande humaine frappe d'un bâton gigantesque les chiens pour les calmer.

    Puis c'est le hurlement d'un loup. Le cri d'un sanglier puis le bond d'un puma, la course d'un cerf. Des souvenirs de chasse et de visions. Des rêves ? Elle chasse et tue. Comme une bête...

    Qu'était-ce donc que cela ? Avait-il à faire à une humaine ou à un animal ? Ou plusieurs animaux. L'amalgame des souvenirs, des sensations donnait clairement à penser qu'il ne s'agissait pas que de constructions oniriques. C'était étrange.

    Et dangereux également...

    Durant les jours qui suivirent, elle utilisa à nouveau une fois encore son puissant cri d'alarme qui appelait à la déferlante bestiale. L'Extracteur bien qu'ayant localisé les racines du phénomène déclencheur ne pouvait pas comprendre comment cela avait abouti à l'émergence de ce pouvoir d'appel. Ni d'ailleurs, comment les bêtes entraient par les abysses de l'inconscient. C'était en totale contradiction avec ce qu'il savait : comment un phénomène inconscient, l'invasion des bêtes, qui se manifestait dans le conscient au travers du pouvoir qui la rendait si forte, pouvait-il échapper aux compétences de l'Extracteur à le tracer ?






    _ Non. Je ne pense pas. Les évènements du passé inconscient, même totalement oubliés et oblitérés ne sont pas hors de ma portée. Il est possible cependant que cela soit le résultat du déferlement des bêtes.

    La voix monotone du gracieux Extracteur résonnait comme une plainte dans le laboratoire de Tlarstzax. Il s'était désengagé partiellement pour rendre compte à son commanditaire de ses découvertes.

    _ Hum... Leur présence doit être en rapport avec l'ouverture du champ de cohérence spirituel puisque vous n'avez pu en trouver en tracer la source inconsciente.

    _ Probablement. J'ai pu constater que ces bribes inconscientes dévoraient certains des souvenirs de la cible. Cela m'a tout l'air d'une invasion extérieure. J'ai déjà observé des dons télépathiques qui faisaient des ravages similaires dans la trame mémorielle. Ces "bêtes" n'appartiennent pas au sujet numéro 3, je puis vous le certifier. Ils ne sont pas traçables.

    Le savant faisait les cents pas, s'activant encore bien plus mentalement. Ses créatures-outils avaient enregistré des tonnes d'informations : branchées sur l'esprit de l'Extracteur, elles procédaient aux analyses des trains de données que son essence infiltrée dans le sujet numéro 3, extrayait en flux tendu. Une somme colossale d'informations que le savant devait dépouiller. Encore de longues heures en perspective pour parvenir à donner du sens et tirer quelque chose d'utile de cette expérience...

    _ Mais concernant le mécanisme conscient du déclenchement de son pouvoir : avez-vous pu en saisir les rouages ?

    _ Je n'arrive pas à remonter à l'historique de son pouvoir. Le lien est inaccessible. C'est comme s'il était apparu un beau jour sans prévenir ou que quelqu'un l'ait détruit. Comme une implantation étrangère si vous voulez.

    _ Et concernant les phénomènes du déclenchement de l'ouverture de son champ de conscience : avez-vous pu poursuivre l'infiltration dans cette direction ?

    _ Le sujet n'a prêté jusqu'à présent aucune attention qui aurait pu me permettre d'y accéder. J'attends donc la prochaine phase de rêve pour m'y plonger complètement. Les liens qui me permettent de tracer les sources sont très instables au sein de la mémoire du rêve chez les sujets biphasiques : l'extraction est plus longue à mettre en place. Surtout lorsqu'on ne sait pas ce qu'on cherche précisément. Mais je vais m'y employer, ne vous inquiétez pas.

    Dans l'inconscient, l'Extracteur savait qu'il pouvait se permettre davantage de coercition sur l'esprit de sa cible : les censeurs et mécanismes de défense résidaient dans le conscient. Il n'y avait pas grand chose à craindre à forcer les voies de passages dans la partie immergée de l'iceberg...

    _ Et concernant les manifestations pseudo-matérielles, avez-vous pu en explorer les possibilités ?

    _ Oui. Partiellement. Les ailes et les griffes possèdent des ramifications titanesques dans l'inconscient. Elles renvoient tant au rêve qu'au vécu de créatures étrangères à l'espèce du sujet numéro 3. Les ailes, par exemple, sont celles d'une créature appelée roc du chaos. L'inconscient de l'humaine possède un tissu très dense de souvenirs de vies de ces créatures. Pas seulement comme des fantasmes mais également comme si c'était elle qui avait vécu personnellement leur vie. C'est très inhabituel. Encore une fois cela ressemble à des implantations. Mais ce ne sont pas les seules créatures à habiter son inconscient : c'est un vrai zoo là-dedans ! Toutes ces mémoires bestiales sont également mutables : elles sont incomplètes et se reformulent de manière totalement imprévisible. C'est surprenant... Ce qu'elle a laissé rentrer en ouvrant son champ semble vivre et s'épanouir en elle, en dévorant ses vrais souvenirs. A terme, ce genre d'invasion conduira nécessairement à une déstructuration de la personnalité, la régression et à la folie.

    _ Cela explique donc les syndromes lacunaires observés dans le champs cognitif et énergétiques. C'est un pouvoir "dévorant" à tous les points de vue on dirait... se permit de remarquer Tlarstzax avec un de ses très rares traits d'humour. Avant de vous laisser reprendre vos investigations mon cher Glad, je dois vous signaler que l'Envers, la jungle-monde qui se trouve être le ciel de ce plan est le paradis des bêtes. Et Sa Majesté a décidé d'y envoyer le petit groupe qui nous intéresse. Je ne sais quelles conséquences cela pourrait avoir sur le sujet numéro 3. Soyez prudent...

    _ Mon sortilège de rappel me permettra d'éviter tout désagrément mais... merci pour le conseil, conclut Glad tandis que son œil redevenait vitreux...


    *** *** ***


    Furtive comme une ombre, l'essence de l'Extracteur alternait des emprunts de passages ouverts par l'inconscient d'Elifern avec des forçages en bonne et due forme : il y avait plusieurs manières de forcer les liens mémoriels à se manifester pour les utiliser et se répandre. La plus simple et la plus brutale consistait à entrer directement dans l'unité du souvenir et à obliger les manifestations à ouvrir tous les souvenirs les concernant. Glad s'efforçait d'utiliser cette méthode en dernier recours : il aimait la subtilité et le doigté et cette méthodologie avait son lot de problématiques : il désorganisait l'inconscient qui se mettait alors à rejeter des informations à la périphérie comme un tourniquet projetant ses occupants les moins solides.

    Glad préférait la technique du hameçonnage : il devait s'arranger pour modifier subtilement les souvenirs existants ou en créer de nouveaux en y associant des éléments d'autres souvenirs ou créés de toute pièce. La nouvelle scène se jouait alors en révélant d'autres facettes des protagonistes, lieux, objets ou tout autre élément du vécu, ce qui ouvrait les portes pour poursuivre l'infiltration...

    L'Extracteur était partout : les expansions de son essence à chaque nouveau souvenir découvert ou modifié se divisaient donnant des dizaines de nouvelles expansions pionnières. Il multipliait les opérations et s'enfonçait toujours plus profondément dans l'inconscient du sujet numéro 3.

    L'aspect bestial était omniprésent. Bien que l'amalgame fut systématique, les souvenirs de vies animales n'appartenaient clairement pas à l'humaine. Et pourtant, elles étaient parvenues à se lier harmonieusement à tout l'ensemble. La trame mémorielle du rêve en était le mécanisme déterminant comme le lui montra le sommeil de l'humaine : c'était dans ses rêves que les vies animales se mêlaient à ses souvenirs humains. Le rêve recomposait son histoire en investissant la trame mémorielle : non content de dévorer les souvenirs de l'humaine lorsqu'elle en appelait à sa rage bestiale, les bêtes tapies dans son inconscient pervertissaient son identité dans le rêve.

    Comme l'avait annoncé Tlarstzax, le monde du dessus, l'Envers, était bien différent de celui du royaume du Prince et de ses Limbes des Songes. Au-delà de la faune et de la flore, Glad, qui voyait et ressentait tout ce que l'humaine percevait, reconnut l'inversion des polarités éthiques et la pesanteur des radiations physiques. Ce monde était entièrement organique et dédié à la croissance de la chair et de la vitalité. A l'opposé des Limbes des Songes, éthérées, niant es repères spatio-temporels, cette jungle les engraissait démesurément...

    La personnalité déjà fragile des mortels du plan matériel fut visiblement ébranlée par l'inversion des polarités éthiques. L'Extracteur de Conscience notait de nombreux signes de fragilisations des égos des différents sujets. Chez sa cible, Elifern, le processus entra dans un conflit aux proportions épiques : l'effet d'inversion éthique s'attaquait à la conscience mais ne pénétrait pas l'inconscient. L'humaine était gavée de racines malsaines et de comportements pulsionnels maléfiques. Parvenir à harmoniser ces pulsions avec la coercition d'inversion éthique la plongea dans une profonde confusion... une nouvelle opportunité pour Glad de se répandre encore.

    Le sens moral de l'humaine était très restreint. Tous ses souvenirs à consonance moralisatrice étaient déjà dévorés dysfonctionnels ou pervertis. On avait fait table rase des notions morales dans son inconscient. Mais la plaie ravivée par l'inversion éthique eu un effet étonnant : Glad assista à une agglomération des éléments d'éthique dans l'inconscient de sa cible comme s'ils réagissaient à l'inversion qui les empêchaient de s'exprimer...

    Une fois encore, il put confirmer la capacité de réorganisation et de reformulation de l'inconscient d'Elifern. Si ce phénomène existait naturellement chez tous les sujets biphasiques, la facilité avec laquelle l'inconscient de cette humaine l'utilisait était déconcertante. Et son amplitude effrayante : pour la première fois depuis longtemps, Glad ne savait pas où il mettait les pieds. Autant la conscience d'Elifern était insipide autant son inconscient était surprenant.

    Puis le crépuscule déploya les ténèbres nocturnes sur les aventuriers du plan matériel et l'hôte d'Elifern...

    Le sujet numéro 3 fut alors reprise d'un de ses rêves singuliers : l'essence de Glad reconnut immédiatement le phénomène de linéarisation et s'empressa de se fondre dans l'attention de rêve de l'humaine. Il s'agissait encore d'un décor funèbre, évidente production de l'inconscient macabre du sujet numéro 3. Un lac de sang, des bêtes mortes, des ossements... une synthèse symbolique de ses inclinations malfaisantes et primitives.

    Redoutant la présence divine, Glad plaça toutes ses extrémités en alerte. Il s'agissait de réagir à temps pour déclencher le sortilège. Même s'il avait pris ses précautions, un individu averti en valait deux. Une scène rageuse opposa la conscience de rêve d'Elifern et une projection de son inconscient : elle semblait convaincue qu'il s'agissait bien de l'émissaire de son dieu mais Glad savait qu'il n'en était rien. C'était la marque de fabrique d'un esprit biphasique : incapable de distinguer les coquilles vides nées de leurs fantasmes et les structures incarnées provenant de sources de conscience réelles...

    Ailleurs, aux confins de l'inconscient, une pluie fort similaire à celle qui occupait les rêves de l'humaine s'abattait sur les structures ancestrales, les bornes de l'inconscient individuel. Des milliers de bêtes dévoraient des foules humaines. Des battues sans merci se jouaient devant les millions de regards de Glad. Des batailles rangées opposant des forces sauvages se jetant sur des barricades humaines. Des bains de sang dans tous les sens...

    L'inconscient luttait férocement pour conserver son individualité face à l'invasion bestiale : il tenait son origine ! C'était donc ainsi que les bêtes entraient : il vit des fauves passer les barrières, poursuivis par les hommes paniqués et achevés sans ménagement. Il en vit d'autres qui parvenaient à déborder les soldats et qui pénétraient plus avant dans l'inconscient. Puis il vit un gigantesque portail : un maelstrom bleuté qui vomissait par milliers ces créatures animales de toutes les tailles de toutes les formes. Certaines en périphérie semblaient se sacrifier ou mourir du contact à cette énergie bleutée. Ils faisaient rempart de leur corps pour les suivantes. Comme si les bêtes tentaient de forger un tunnel ouvert sur l'extérieur avec leur propre chair...

    Une sensation incongrue assaillit l'essence de Glad : une souffrance, une sensation d'être lacéré... Impossible ! De dizaines, non, de centaines, de milliers de ses expansions lui parvenaient des sensations d'être dévoré. Que se passait-il ? Des bêtes mordaient, et griffaient son essence tout comme elles attaquaient les frontières de l'inconscient.

    C'était impossible ! Il n'existait pas dans cet inconscient. Il n'y avait pas de censeur dans l'inconscient des sujets biphasiques. Comment pouvait-il subir ces avaries ?

    Simultanément, la conscience de rêve de l'humaine, parfaitement inconsciente de ce qui était en train d'ébranler les fondations de son esprit individuel, nageait dans le lac de sang... et se faisait lacérer et mordre par des créatures du fond du lac, des os et des moribonds... Et Glad ressentait chaque blessure dans son essence ! Impossible ! Encore...

    Il fallait fuir de toute urgence. Pourquoi le sort de Rappel ne s'était-il pas déclenché ? L'Extracteur perdait des pans entiers de son essence. De toute part, les images des bêtes, des pièges, des blessures affluaient brisant ses connexions, restreignant ses ramifications. Il refluait à toute vitesse, les fauves aux fesses, vers la sortie, vers la conscience endormie de la rêveuse.

    Plus vite... plus vite...

    A la panique se substitua la terreur : son essence se réduisait comme peau de chagrin. Plus il montait moins il se sentait capable de poursuivre. Comme un plongeur ayant surestimé ses capacités d'apnée, la surface paraissait lointaine, inaccessible : il suffoquait... mais résistait !

    Et la libération était proche. Il suffirait seulement qu'il parvienne à s'extraire, ne serait-ce qu'un tout petit peu. Il serait impotent durant des semaines mais entier au moins !

    Pourquoi le sort de Rappel ne fonctionnait-il pas ? On l'avait trahi ! C'était la seule explication possible...

    Une Main Noire sans corps nimbée d'émanations arcaniques apparut, anormalement pesante, fantastiquement oppressante dans ce milieu de conscience sans pesanteur : elle ouvrit une poigne impitoyable qui se saisit de l'essence impalpable de l'Extracteur de Conscience et la broya sans merci.

    Si proche... si proche de la sortie...






    Dans un fracas du tonnerre, le corps de Glad s'effondra sur le plan de travail du laboratoire, répandant la gelée rougeâtre à la ronde. Le savant décharné sursauta, laissant choir de ses mains craquelées Moniteur.

    _ Non...

    Souffla un Tlarstzax médusé. L'Extracteur de Conscience était mort : l'esprit calculateur de l'encapuchonné évaluait les conséquences potentielles à toute vitesse... C'était une véritable catastrophe !

    _ Scribouillard, fit-il d'une voix emplie de trémolos paniqués, encodage organique de la totalité de l'étude concernant le sujet numéro 3...

_________________
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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mer 31 Déc 2014, 03:16 
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Transplantation - :RP: Le Trésor de Coccinus : Partie 5 : La sortie ? Quelle sortie ? :RP:

    Feist Grüth, Docteur spiritiste a écrit:
          Très cher maître Tlarstzax,

      J'accuse bonne réception de votre courrier ainsi que de son contenu. Vos relevés spectroscopiques sont tout à fait stupéfiants : j'avoue être jaloux de la précision et de l'abondance de vos données. J'ignore quel stratagème vous utilisez mais je suis prêt à vous offrir les informations qu'il vous manque ainsi que mon aide si vous consentez à partager ces outils révolutionnaires.

      En gage de ma bonne fois, je vais vous mettre sur la piste : le pouvoir de l'Incarnum. C'est de cela dont il est question. Sachez que c'est un domaine qui m'est familier et sur lequel je conduis également des recherches. Je nourris de grandes espérances quant à notre future collaboration. J'espère ne pas être déçu...

      Bien à vous, confraternellement.

                Docteur en sciences spiritistes,
                Maître de la guilde des Vives Âmes,


                    Feist Grüth

    Le morceau de parchemin se flétrit instantanément dans une petite main aux doigts potelés se dispersant en poussières. Un gloussement sardonique secoua le corps massif du chercheur...

    _ Échec et mat, Tlarstzax ! Souffla Yanouchki avec une mine réjouie.

    _ Où en sont les préparatifs, fiston numéro 8 ? Enchaîna le savant en s'adressant à une petite créature.

    C'était une réplique exacte de lui-même à une échelle d'un cinquième. Toute une tripotée de ces rejetons s'affairait dans l'enceinte du laboratoire de Yanouchki qui, contrairement à son supérieur et confrère, aimait à déléguer les tâches. Surplombant la grande salle couverte d'un dôme, il se déplaçait d'une expérience à l'autre en lévitation comme un gros bourdon de fleur en fleur, butinant les informations et glissant des instructions à ses enfants.


    _ Son niveau de radiations a presque atteint le seuil critique, Pater Noster. Et il se débat toujours avec vigueur même si les contractions accusent un déclin de 96,8%. La pressurisation est en constante augmentation : il cèdera dans deux à trois heures selon les estimations les plus pessimistes.

    _ Fort bien. On ne pouvait pas s'attendre à moins que cela de la part d'un Extracteur de Conscience. C'est un excellent test. Fiston numéro 12 ? Prêt pour l'Imprégnation ?

    _ C'est quand on veut Pater Noster.

    _ Paaarfait ! Ronronna-t-il avec un franc sourire dévoilant de grandes dents blanches et pointues tout en s'élevant davantage pour changer de point de vue.

    _ Qu'est-ce qui vous réjouit tant, mon cher Yanouchki ? Susurra une voix bien connue et surtout inattendue.

    Le savant s'immobilisa net comme sous l'effet d'un électrochoc. C'était la voix du Prince. Lui qui ne se déplaçait presque jamais dans les études de ses chercheurs se trouvait maintenant juste derrière lui. Yanouchki déglutit sous la tension et se retourna :


    _ Mon Prince ! Vous m'avez surpris...

    Le savant arborait une mine joviale qu'il venait de se recomposer à dessein : Yanouchki avait bien des talents et celui de jouer la comédie n'était pas des moindres...

    _ C'est ce que disent tous ceux qui ne me comptent pas dans leurs pensées comme variable à facteurs multiples. Est-ce comme cela que l'on dit : "variable à facteurs multiples" ?

    _ Assurément, Votre Altesse ! Votre érudition en matière de science ne saurait être prise en défaut. Hé bien, je... que puis-je... voulez-vous que je vous présente mes travaux ?

    _ Sans façon. Vos rapports sont bien suffisamment détaillés pour amplement satisfaire ma curiosité. Non, ce qui m'amène est une réflexion...

    Le Prince s'interrompit et s'approcha en lévitant de la paroi de verre qui recouvrait l'enceinte du laboratoire. A l'extérieur se dressait une épaisse forêt vierge dont les frontières s'arrêtaient mystérieusement à vingt pas de la sphère transparente. Des animaux et d'autres créatures féroces grouillaient dans la végétation braquant des regards enragés vers la structure de verre. Le regard du Prince croisa ceux d'un groupe de bêtes que ses savants avaient baptisés "vélociraptors" : soudain, une trentaine de ces créatures bondirent droit vers le bâtiment... et furent immobilisées en l'air. Leur chair pris soudain feu et se consuma à grande vitesse. En quelques instants, ils furent tous réduits en cendre.

    _ Ils ne m'apprécient guère on dirait, souligna le Prince en gloussant doucement.

    _ Oh, n'y voyez rien de personnel votre Altesse ! Répliqua Yanouchki. Ils se jettent stupidement vers la mort, dès que quelqu'un s'approche un peu trop de la surface de la coupole. C'est le mouvement qui les excite. Ils ne peuvent rien contre nos installations : le Cercle des Anciens est impénétrable. Cependant, ils affaiblissent la puissance des ondes telluriques lorsqu'ils se font griller ce qui nous prive d'une partie de l'énergie dont dépendent nos travaux. C'est pénible ! Surtout lorsque les gros débarquent en masse. Il faut parfois plus d'une heure pour les consumer tous. Et la puissance disponible suffit tout juste à maintenir nos expériences les plus importantes. Si nous n'avions pas autant besoin des radiations lumineuses pour nos travaux, nous aurions opacifié la verrière. J'espère que nos expérimentations en cours permettront enfin de résoudre le problème une bonne fois pour toute...

    _ Votre dernier rapport est très alléchant, mon cher Yanouchki. Ces nanoparasites recèlent un potentiel incroyable.

    _ Merci, Votre Majesté. Votre satisfaction est mon plus grand plaisir, fit obséquieusement le savant. Ils viennent d'ailleurs de porter leurs fruits : je m'apprêtais à vous le communiquer de façon formelle étant donnée l'importance de l'information mais puisque vous êtes là...

    Le regard ténébreux du Prince saisit celui du savant, visiblement intrigué.

    _ Poursuivez.

    _ Hé bien, le système parasitaire que nous avons commencé à déployer massivement dans les environs directes de votre Palais a intercepté une communication cryptée. Je ne puis pas dire franchement que son existence ne me réjouisse pas même si je suis outré d'apprendre que l'on ait pu nourrir une telle trahison à l'égard de Votre Grâce. Fiston numéro 4 ? Le message.

    Le savant plana jusqu'au poste de travail d'un de ses rejetons qui s'occupait d'une machine pleine de tubes, de liquides colorés et de métal. Ce dernier lui tendit un parchemin fraîchement cacheté du sceau du savant. Yanouchki le rapporta à Son Altesse qui le déroula. Son expression avenante s'assombrit d'une note grimaçante à mesure qu'il découvrait son contenu.

    _ Êtes-vous certain de l'authenticité de la communication ? Questionna le Prince d'une voix terriblement grinçante.

    _ Malheureusement oui, Votre Altesse. Les moyens de cryptage sont hautement perfectionnés. Cela m'a pris des heures pour percer l'encodage. Sans vouloir me jeter des fleurs, cela ne peut être que quelqu'un de très doué pour m'avoir donné autant de fil à retordre...

    _ Le message suggère que ce n'est pas la seule communication : qu'en est-il des autres ?

    _ Hélas ! Votre Grâce : le réseau de nanoparasites vient juste d'être déployé. Je n'ai aucun moyen de savoir ce qu'il en est concernant des échanges antérieurs. Mais je vous transmettrais immédiatement toute réponse du destinataire, ce Feist Grüth, cela va de soi.

    _ Je n'en attends pas moins de vous...

    Le prince marqua un silence, les paupières closes. Une lueur violacée les quittaient lorsqu'il les rouvrit.

    _ Rejoignez-moi dans le Bureau des Martyrs dans une heure. Nous allons avoir une petite conversation avec votre estimé collègue.

    _ A votre convenance, Votre Altesse.


    *** *** ***



    _ Ah ! Entrez, entrez, mon cher Tlarstzax. Joignez-vous à nous, je vous prie !

    Le Prince était tout sourire, trônant sur son grand fauteuil : l'apparente jovialité n'était pas bon signe selon le savant qui avait toutes les raisons de croire qu'il s'agissait d'un masque préparant le pire. Et s'il n'y avait eu que cela : à dix pas de Son Altesse, une créature hideuse, dégoulinante de cellulite jusque sous les paupières, était vautré à genoux devant le Maître : Yanouchki !

    Son crâne potelé luisait de sueur qu'il s'épongeait distraitement d'une de ses dix mains pleines de bagues précieuses. Son ample robe était brodée de fils d'or et de platine : il avait eu la décence d'adjoindre à celle-ci un sortilège de purification qui la maintenait dans un état de propreté immaculée et entretenait sa coloration d'un bleu roi du plus bel effet. L'obèse et détestable savant lui jeta un regard vicieux de ses petits yeux plissés. Il arborait un petit sourire en coin qui venait compléter une visage à l'air satisfait et plein de suffisance : une mimique qui n'augurait rien de bon...


    _ Votre Altesse, fit Tlarstzax, en se courbant péniblement d'une révérence. Yanouchki, salua-t-il le savant d'une voix cassante.

    _ Nous étions justement en train de parler des progrès des recherches de votre estimé collègue. Voudriez avoir l'amabilité de reprendre pour ce cher Tlarstzax, Yanouchki ?

    _ Avec plaisir, Votre Grâce, répondit l'obèse avec entrain. Comme je le disais à Sa Majesté, les premières et secondes générations de transplantations de consciences sont un succès total. Les difficultés rencontrées durant les essais précédents ont été vaincues par l'adjonction des nanoparasites. La fixation de la conscience est parfaite et se vérifie dans tous les champs de cohérence au spectroscope. Quant à la symbiose, elle demande un certain temps d'adaptation qui est plus ou moins long en fonction des individus sans qu'aucun critère scientifique de démarcation n'ait pu se distinguer clairement. Néanmoins, les nanoparasites jouent également un rôle prépondérant comme l'a montré la seconde génération témoin, dans l'accélération du processus symbiotique. Nous allons procéder à des transplantations dans des corps de nature hétérogène à celle d'origine de la conscience d'ici demain. Le laboratoire installé de haute lutte au sein de l'Envers fut la clé de notre réussite : les propriétés de croissance accélérée nous ont été fort précieuses. Grâce à celles-ci et couplées avec des nanoparasites de croissance, un corps entier de la taille d'un humanoïde peut être achevé en seulement une journée de l'Envers.

    _ Ha ! Ha ! Merveilleux ! Merveilleux !

    Le Prince jubilait : peut-être sa joie n'était-elle pas feinte après tout ? songeait Tlarstzax. Le compte rendu de ses travaux était objectivement à lui seul, une excellente raison pour expliquer l'euphorie du Maître. Ce qui rendait le frêle scientifique encapuchonné encore plus minable...

    _ Et vous mon cher Tlarstzax, où en êtes-vous avec vos propres travaux ?

    _ En ce qui concerne mes travaux sur la mécanique ondulatoire des Limbes des Songes connaissent des progrès certains. Les sondes ont pu approcher les Grands Rêveurs sans craindre la dissolution. La somme d'informations qu'elles transmettent est colossale et nous savons d'ores et déjà qu'il est envisageable d'utiliser ces derniers pour reformuler les paramètres intraplanaires ainsi que les frontières interplanaires.

    C'était du baratin qui faisait pâle figure devant les résultats concrets de son collègue mais il n'avait guère mieux sous la main. Tlarstzax n'était pas idiot : ce petit étalage de leurs progrès respectifs avait tout de la tenaille resserrant son étau. Il savait que ces deux êtres abjects devaient jubiler à le savoir ainsi acculé, se torturant les méninges sur son avenir à court et long terme. Mais il n'était pas encore au bout de ses peines et le Prince avait un goût prononcé pour la torture. Toutes formes de torture...

    _ Bien bien. Et ce sujet numéro 3, cette humaine aux dons si prometteurs ? Avez-vous avancé ? Questionna innocemment le semi-fiélon.

    _ Hé bien... pour être tout à fait franc l'avancement des recherches a subi un léger revers, Votre Altesse. Rien qui ne saurait être corrigé néanmoins je...

    _ Un léger revers ?! Explosa le Prince diable en bondissant de son fauteuil. La mort d'un Extracteur de Conscience : vous appelez cela un léger revers ?!

    Il avait beau être petit le Prince... mais lorsqu'il explosait d'une colère noire, il paraissait terriblement grand. La nouvelle était parvenue jusqu'à ses oreilles pointues. Évidement : absolument rien de ce qui se déroulait dans l'enceinte de son palais n'échappait à la vigilance de Sa Majesté. Tlarstzax savait pertinemment quel était la nature du lien mystique qui liait le Prince à son antre...

    _ Avez-vous la moindre idée de ce que je vais devoir endurer comme pénibles discussions, promesses et rétributions concernant ce lamentable fiasco ? La confrérie des Extracteurs de Conscience, les ambassadeurs de Trull, Yardag... tout le gratin des enquiquineurs pompeux vont y aller de leur petite chiquenaude personnelle. Vous êtes responsable de cela Tlarstzax : que puis-je bien vous offrir comme récompense pour votre déloyale contribution ?

    Le prince avait pris le ton de la plainte. C'était encore pire que prévu. Que lui réservait-il ? Les sourcils de Son Altesse écrasèrent durement des yeux déjà ténébreux par nature. Sans transition, il demanda :

    _ Pouvez-vous nous parler de votre... comment l'appelez-vous déjà ?

    _ Le réseau de surveillance nanoparasitaire ?

    _ Oui c'est cela. Un nom approprié. Très approprié. Donnez-vous la peine d'expliquer à votre confrère en quoi cela consiste, je vous prie.

    _ Avec joie, Votre Altesse. Comme vous le savez, cher collègue, maintenir une surveillance des Limbes des Songes est extrêmement ardue en raison de leur volatilité. Des factions peuvent y être envoyées mais toute forme de contrôle systématique et durable est vouée à l'échec. J'ai pu corriger en partie, je le pense, ce problème : s'il est impossible de déployer des soldats en nombre suffisant pour obtenir une filtration satisfaisante, c'est faisable par le biais de nanoparasites. Ils sont innombrables, et notre laboratoire en produit en permanence. Ils sont si petits qu'ils pénètrent les vents et le sol. Les Limbes des Songes, par leur action sur l'espace et le temps, démultiplient à leur tour leur potentiel unilatéralement orienté sur la détection de phénomènes ponctuels. La première marée, déployée il y a exactement vingt-huit heures se répand sans discontinuité comme un nuage de guêpes infernales. Ils sont actuellement...

    C'était donc ça... un rapide calcul et Tlarstzax avait compris. Il n'avait pas besoin d'en dire davantage ; les explications de Yanouchki se perdirent dans le néant pour le pauvre savant qui ne les entendait plus. Il savait avec certitude à présent que sa carrière s'achevait. Tremblant, il se redressa sans demander la permission en cherchant ses mots.

    _ Votre Majesté... si j'ai communiqué ces informations c'était uniquement dans le dessein de pouvoir encore vous servir...

    _ Mais bien sûr... En divulguant toutes les informations que je vous ai permis de récolter dans ma maison, avec mon argent, mes moyens, mon soutien et ma protection ? Hé bien, à partir de maintenant, vous me servirez bien mieux... DANS MES SALLES DE TORTURES !! Explosa-t-il d'une voix tonitruante.

    Le corps maigrelet du savant s'envola soudainement bousculé par la voix du Prince. Les portes du bureau s'ouvrirent sur son passage et l'on entendit son cri de détresse résonner dans les couloirs, se faire de plus en plus lointain à mesure qu'il disparaissait dans les zones les moins fréquentables du palais princier. Yanouchki avait perdu légèrement de sa superbe, impressionné par le phénomène. Se sachant hors de danger, il n'osait toutefois pas remuer le moindre de ses nombreux petits doigts.


    _ Voilà qui me distraira entre deux pénibles audiences diplomatiques avec les lèches-bottes des Extracteurs... La trahison est une chose qui me brise le cœur vous savez. Je l'ai accueilli et lui ai offert tout ce dont il rêvait et c'est comme cela qu'il me remercie... Dit-il d'un air faussement indigné.

    _ C'est une honte. Je ne l'en aurait pas cru capable Votre Altesse, renchérit Yanouchki.

    _ Oui et pourtant... Aviez-vous autre chose à débattre avant que l'on ne clôture la session ? Demanda-t-il d'un ton redevenu civil et courtois.

    _ Hum... Oui, une chose, Votre Majesté. Au sujet de cette humaine justement. J'ai pu observer un peu ce sujet numéro 3 dont vous parliez tout à l'heure et cela m'a évoqué une information glanée lorsque j'étais encore étudiant de l'Académie d'Ijtvik. Je pense que c'est une utilisatrice d'une magie bien particulière qu'on appelle l'Incarnum.

    _ Ah ? Vous m'intéressez. Feu votre supérieur, n'a jamais mentionné cette appellation.

    _ Peut-être ne la connaissait-il point ? En tout cas, il semblait attacher beaucoup d'importance à ses recherches concernant cette humaine.

    _ Ses pouvoirs ouvrent effectivement quelques perspectives attrayantes. Croyez-vous pouvoir reprendre ses recherches ?

    _ J'allais vous le demander, Votre Grâce. Mais... à ma façon plutôt qu'à la sienne. J'ai développé des nanoparasites qui devraient être adaptés pour explorer ce genre de pouvoir. Mais pour qu'ils soient utiles, il me faudrait la transplanter.

    _ Il faudrait donc, si je m'en réfère à vos rapports d'étude, qu'elle soit soulagée de son existence charnelle actuelle. C'est cela ? Je n'y vois pas d'objection. J'ai lancé un petit jeu avec sa troupe de cirque pour me divertir et il devrait bientôt s'achever : s'ils ne sont pas tous morts d'ici peu, je veillerais à pourvoir à son décès. Vous pouvez compter dessus, je m'y emploierai. Et je vous informerai dès que ce sera fait.

    Il se gratta la barbe avec un petit sourire pensif. Une idée alléchante venait de germer dans ses réflexions malveillantes.

    _ Hé bien, mon très cher Yanouchki, vous voilà Premier Savant. Vous disposerez des locaux du traître comme bon vous semble ainsi que de toutes ses attributions. Si vous souhaitez me présenter la candidature d'un ou plusieurs assistants pour vous seconder, vous en avez l'autorisation.

    _ C'est un honneur immense Votre Grâce.

    _ Vous êtes parvenu finalement à assouvir vos projets d'avancement... Ajouta le Prince en gloussant. Bravo ! Vous êtes très doué. Et très subtil, je dois l'avouer. Mais ne croyez pas que je sois dupe.

    _ Votre Grâce, je...

    Ses mots moururent dans sa gorge... qu'enserrait d'une poigne de fer la petite main du Prince. Son Altesse venait de bouger à une vitesse stupéfiante, bien trop vite pour les yeux du savant. Son regard perçant plongeait droit dans celui de l'obèse.

    _ Entendez bien ceci : je saisis parfaitement la démesure de vos ambitions. Ce serait une grossière erreur de croire que vous pouvez me berner aussi facilement que votre confrère... Me suis-je bien fait comprendre ? Puisque vous avez conquis la place de Tlarstzax, il conviendra donc d'en recevoir toutes les attributions, très cher Yanouchki...

    Les yeux du savant s'agrandirent de stupeur tandis qu'un cri d'horreur ne parvenait pas à trouver de sortie pour s'exprimer : la peau luisante de sébum se desséchait à vue d’œil tandis que le Prince incantait, resserrant les abondants tissus adipeux qui devenaient autant de sources de tourment. Yanouchki brûlait d'une souffrance qu'il n'avait encore jamais expérimentée. Le Prince relâcha le corps devenue prison de douleur et de la gorge libérée jaillit un flot de hurlements déchirants.

    _ Vous pouvez disposer. Au travail !

    Le Prince se mit à incanter et téléporta le savant dans son laboratoire comme on chasse un insecte.

    _ Swif...

    Une ombre se désolidarisa du mur et sembla prendre forme humaine.

    _ Votre Altesse ?

    _ Surveillez-le avec la plus grande attention.

_________________
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Dernière édition par Elifern Vastanar le Ven 16 Jan 2015, 18:11, édité 1 fois.
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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Sam 03 Jan 2015, 22:34 
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L'Intention du dernier souffle - :RP: Le Trésor de Coccinus : Partie 7 : La "Cordia Folia" :RP:


    Toute sa volonté était tendue vers l'objectif : échapper à ce piège, aux griffes et aux crocs des bêtes qui assaillaient cet inconscient. Il suffisait qu'il pénètre la frontière du conscient, que sa volonté crève la surface qui le maintenait encore impliqué dans l'inconscient de l'humaine. Ce n'était pourtant pas difficile...

    Sa volonté exercée d'Extracteur aurait dû faire cela en un instant ; l'humaine plongée dans sa rêverie de créature biphasique, aurait alors vu sa perception se rapprocher légèrement de sa personnalité consciente et cela aurait suffit pour que Glad regagnent sa liberté. Et il avait été à deux doigts mais dès qu'il franchit la frontière de l'inconscient, le piège s'était refermé sur lui.

    Une grosse main, emprunte de la magie à l’œuvre, avait brutalement exfiltré sa volonté de son essence. Le noyau de sa personnalité, centralisée par l'effort, avait été arraché. Comme un jardinier brutal et sans subtilité, la force du sortilège avait tiré sur le tronc pour déterrer l'Extracteur sans égard pour ses nombreuses racines fixées dans le terreau inconscient.

    L'art de l'Extracteur consistait à disperser sa volonté, sa personnalité commandante, dans toutes les expansions d'égale manière. Ce dont il était le témoin au sein de l'inconscient de sa cible n'était pas limité à quelques scènes : il voyait tout en même temps et pouvait agir en fonction sur chacune des facettes qu'il explorait. C'était là tout le pouvoir invasif de l'Extracteur. Cela demandait une capacité de conscience très singulière et un entraînement hors du commun : l'ubiquité spirituelle n'était pas un pouvoir facile à maîtriser.

    La furtivité était le gage de la réussite de l'Extracteur : il ne devait pas être découvert par l'esprit de son hôte qui n'apprendrait donc jamais qu'il avait été visité jusque dans ses plus intimes souvenirs. Cette discrétion était l'assurance pour l'Extracteur de ne jamais se trouver en danger d'être repéré et traqué. Si l'esprit de la cible parvenait à découvrir sa présence, il se mettait alors à l'attaquer sans réserve. Il suffisait d'être identifié comme un intrus en un seul aspect de l'inconscient, sur la moindre de ses expansions pour que l'ensemble de son essence soit sujet à la réaction de l'hôte. L'Extracteur pris en flagrant délit de violation d'inconscient devait alors déguerpir à toute vitesse. L'extraction était un échec et l'Extracteur ne pourrait plus jamais retourner dans cet hôte : sa signature, son essence, étant connue, il ne pourrait plus jouir de furtivité dans le cadre d'une extraction.

    L'essence spirituelle de l'Extracteur était une aura qui enserrait la personnalité commandante, la précédait et restait en arrière lorsqu'elle se retirait. L'étendre au sein de l'hôte était une œuvre de douceur et de subtilité. Elle faisait le lit de l'ubiquité de la volonté de l'Extracteur. Cette aura était le secret de l'extraction, l'astuce qui permettait à la personnalité commandante de se disperser, de voir et de diriger chacune des expansions. Lorsque l'Extracteur achevait sa mission - qui pouvait consister à prendre le contrôle de leur hôte, reformuler des souvenirs, sa personnalité ou collecter des informations - la régression de l'aura procédait de manière inverse, lentement mais sûrement, en se retirant avec furtivité. L'extracteur ne laissait pas une trace : il entrait comme une ombre, il faisait ce qu'il voulait et sortait comme il était venu. Et aucun esprit ne pouvait résister à la finesse de son emprise.

    Dans certains cas, les Extracteurs les plus prudents se munissaient d'un sortilège de rappel. L'enchantement déclenchait l'expulsion complète de sa conscience en un instant : l'esprit de l'Extracteur était violemment compacté et recraché de la conscience cible par le sort. Une expérience affreuse et déstructurante qui mènerait tout autre qu'un Extracteur chevronné à la folie pure et simple. Et même pour un artiste comme Glad, il lui fallait des semaines pour se reformuler, rétablir sa personnalité et sa volonté. Sans compter la reconstitution de l'aura...

    L'essence que l'Extracteur abandonnait derrière lui, lorsqu'il quittait en catastrophe son hôte était comme sa vigueur. Il ne souffrait pas réellement de sa perte mais la régénération de ce potentiel spirituel était longue et pénible. L'Extracteur était presque sans pouvoir durant un long moment, le temps nécessaire pour restaurer son aura.

    Si l'Extracteur était amené à quitter l'hôte en catastrophe et qu'il n'avait pas l'usage d'un sort de rappel, lorsque son aura avait été repérée par exemple, la personnalité commandante devait alors rassembler ses ramifications et remonter vers la surface consciente, la porte de sortie. Les deux processus, de rassemblement et d'échappée, avaient lieu simultanément et la conscience de l'Extracteur n'était parfaitement entière que lorsqu'elle jaillissait de celle de son hôte. Le lien la reliant à son corps la rapatriait alors immédiatement.

    C'était cela qui n'avait pu être accompli pour le pauvre Glad. Sa personnalité commandante avait été arrachée dès qu'elle avait été lisible, repérable, pour le sortilège qui était prévu pour s'emparer d'elle. Mais elle avait été saisie incomplète et emprisonnée de force sans avoir recouvert son entièreté. Une partie de lui-même avait été abandonnée, déchiquetée et sans cohérence, dans l'esprit d'Elifern...






    Une lame elfique jaillissait de sa gorge et une autre forgée de pure énergie s'était plantée dans son flanc. Ironiquement, l'elfe l'avait achevée dans le dos, refoulant son sacro-saint honneur aux oubliettes. Les épées dévoraient sa vigueur. Ses grosses pattes griffues glissaient sans force sur le corps cuirassé du demi-géant. Sa furieuse personnalité se rebellait et se débattait : non ! Elle mourait et ce pitoyable couard restait en vie ! Son regard plongea dans les petits yeux de l'opportuniste et les saisit : la dernière vision qu'elle garderait de son vivant. Le dernier ancrage, son ultime malédiction...

    Et tandis que son enveloppe charnelle s'effondrait, sa volonté rassemblait ses forces dans un ultime assaut...

    Toute sa haine, une haine incommensurable, ce dernier flux de conscience qui lui restait, comme la dernière explosion enflammée d'un brasier sur le déclin, se focalisa sur les yeux du demi-géant. Elle puisa à la source de sa haine, elle aspira le Mal en elle pour trouver la force de le damner. Elle lui voua l'éternel tourment, la souffrance et l'échec de son existence. Son âme toute entière lors de son dernier souffle, le maudit de toute ses forces.

    Puis ce fut la fin...


    *** *** ***
    :RP: Réincarnation :RP:



    L'essence de l'Extracteur abandonnée voguait sans contrôle au sein de cet inconscient qui n'était pas Lui. Par instinct de conservation, elle fuyait l'assaut des bêtes qui rôdaient partout dans l'esprit de cette créature. Elles dévoraient tout ce qui ne leurs ressemblaient pas : ce qui était humain, ce qui était savoir, ce qui relevait de l'âme... tous étaient leurs proies. Et l'aura de Glad bien sûr, qu'elles avaient repérée...

    Il n'avait pas pu y croire sur le moment : il avait aperçu cette fameuse ouverture, ce gouffre dans l'inconscient qui s'ouvrait, béant, sur l'inconnu, la Porte des Bêtes. Un inconnu que même lui Glad, l'Extracteur de Conscience n'aurait voulu affronter. Et les bêtes arrivaient comme des particules de consciences élémentaires et envahissaient tout.

    Puis il avait compris : l'inconscient de sa cible, de l'humaine nommée Elifern, ne savait rien de lui, l'Extracteur de Conscience. N'était-elle point la cible des bêtes, autant que lui-même dans ce marasme d'inconscience ? Son aura n'avait pas été repérée par son hôte : il s'agissait d'intrusions étrangères. Et ces massacreurs avaient su le reconnaître car il était pour un intrus aussi visible comme le nez au milieu de la figure.

    Et enfin, tout s'était précipité : le désamorçage de son sort de rappel, la nécessaire contraction de sa volonté pour remonter vers la sortie et le piège tendu par traîtrise voué à le cueillir dans cette situation de faiblesse. Un concours de circonstance qui n'aurait jamais pu avoir raison de lui sans l'association des trois paramètres.

    Alors, ce qu'il avait laissé derrière lui s'enlaçait autour des souvenirs humains, des noyaux inconscients de la femme. L'Extracteur de Conscience nommé Glad n'existait plus. Il n'était que des fragments de volonté personnalisée liée à un aura spirituelle. Il n'avait laissé qu'un empreinte de volonté, une claire intention de survie, l'emprunte de sa dernière volonté, dans sa recherche désespérée de la sortie : c'était là le trait d'union entre ces expansions de conscience abandonnées. Elles se reconnaissaient dans leur souveraine volonté de conservation d'elles-mêmes. Et les fondations inconscientes, humaines, de leur hôte étaient leur planche de salut.

    Elles seraient restées ainsi, le résidu d'une extraction avortée, masse spirituelle informe sans unité directrice, probablement éternellement si l'hôte humaine n'avait pas eu l'idée de mourir.

    L'ultime malédiction d'Elifern Vastanar avait induit un puissant mouvement éthique au sein de son inconscient. Toutes les racines du maléfice imprégnant son âme s'étaient contractées, cherchant un moyen de se réaliser dans l'inconscient. Le courant emporta des pans entiers de la vie passée de l'humaine aspirant en même temps, l'essence liée de Glad. Un étrange maelstrom recombinant l'inconscient.

    Que le sursaut de volonté finale porte ses fruits ou non, l'humaine succomba. Et avec elle, tout son édifice de conscience commença à se disloquer, à s'étirer, filant vers sa dissolution dans la mort. Et ce fut cela qui permit à l'essence de l'Extracteur de recouvrer une unité : compactée par la dernière malédiction, écartelée par la dissolution et poussée par l'instinct de conservation, l'essence de l'Extracteur s'accrocha de toutes ses forces à ses expansions, mêlant ses fragments de conscience à ceux de son hôte en perdition...



    *** *** ***


    _ Le clone est prêt pour la transplantation, Votre Grâce. Si vous voulez bien me confier l'âme de cette sauvageonne...

    _ Cela aura pris quelques jours de plus mais n'était-ce point savoureux de les observer se tourmenter mutuellement de la sorte ? Ha ! ha ! Vous auriez dû voir sa tête lorsqu'elle a vu son petit camarade ressuscité. Un amour vache entre ces deux-là. Ils ont tenu plus longtemps que je ne l'imaginais. Et que ce soit l'elfe qui craque avant le demi-géant... cela montre à quel point l'Envers et les Limbes des Songes sont éprouvants pour ces pitoyables mortels. Ha ! Ha ! Un jeu distrayant, ma foi...

    _ Assurément. Votre Majesté est dotée d'un raffinement inégalable dans l'art d'administrer les supplices.

    Le double sens n'échappait à personne : la peau parcheminée de Yanouchki était effrayante à voir. Il avait perdu facilement la moitié de sa masse graisseuse qui restait encore imposante en à peine quelques jours. Une grimace perpétuelle de souffrance ornait à présent son visage suffisant. Sa Majesté était impitoyable...

    _ Ne soyez pas grincheux, mon ami. Tenez, dit-il en lui tendant une sphère de cristal dans laquelle flottait une miniature de l'humaine qui semblait endormie : son âme. Elle est à vous. Prévenez-moi lorsqu'elle se réveillera.

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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mar 06 Jan 2015, 06:27 
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    _ Et où en êtes-vous avec la petite sauvageonne de l'Incarnum ?

    _ Eh bien... la transplantation a été une réussite comme prévu. La coordination motrice est encore à perfectionner mais tout indique que la symbiose est parfaite du point de vue spectrométrique. La conscience s'est parfaitement imbriquée dans le nouveau corps. Néanmoins, le Canal Spirituel que l'on observait depuis la nuit du décès de l'Extracteur s'est malheureusement inexplicablement recyclisé à la mort de l'humaine.

    _ Vous savez que ses petits copains voudront ouvrir une enquête autrement dit une Extraction. Je n'apprécie guère l'idée qu'ils fouillent dans Ma propriété, fusse-t-elle une stupide humaine. Si on les écoute on devrait les laisser farfouiller dans la tête de Tlarstzax. Et pourquoi pas dans la mienne tant qu'on y est ? Je ne supporte pas de devoir composer avec ces rats mais leur influence n'est pas quelque chose que l'on peut se permettre de prendre à la légère. Ma suis-je bien fait comprendre ? Trouvez-moi un os que je puisse leurs donner à ronger pour qu'ils cessent de m'importuner !

    _ Les nanoparasites poursuivent l'Invasion Psychique, Votre Altesse. Nous ne disposons pas encore d'une emprise suffisante sur la mémoire de la cible pour établir avec certitude ce qu'il s'est réellement passé. Mais cela ne saurait tarder... Hormis les derniers enregistrements encéphaloscopiques de la conscience de l'Extracteur, nous n'avons encore rien de solide.

    _ Et que montrent ces enregistrements ? Figurez-vous que votre ex-collègue n'a pas cru bon de me les présenter...

    _ Le dépouillement est encore en cours, Votre Altesse. La masse d'informations traitées simultanément par la conscience d'un Extracteur est titanesque et les données recueillies sont à son image. Je ne peux pas encore vous fournir un compte-rendu définitif présentable mais nous avons d'ores et déjà la preuve que l'ouverture du Canal Spirituel est responsable de la mort.

    _ Bien. Réunissez juste ce qui est utile pour justifier et exposer les causes de son décès. Lorsque vous aurez isolé les informations pertinentes vous me ferez parvenir sept rapports sous forme organique. Je leurs donnerai pour avoir enfin la paix...

    _ Sous forme organique ? Je ne comprends pas Votre Grâce.

    _ Ah... hum... vous avez hérité des joujoux de Tlarstzax mais il a omis de vous en fournir le mode d'emploi, n'est-ce pas ? Les rapports organiques sont des espèces de petites boules de chair au goût détestable qui recèlent toutes les données précises de ses études. Une fois ingurgitées, les informations relatives à un aspect du sujet sont accessibles à la mémoire si celle-ci en émet le vœu ou restent en sommeil s'il n'y a pas de raison de les invoquer. C'est ainsi que votre ancien collègue avait l'habitude de conserver toutes les informations et de me les transmettre. Une croquette pour lui et une pour moi,
    plaisanta-t-il. Vous devriez vous y mettre : c'est nettement plus digeste que les pavés scripturaux que vous me proposez. C'est son mignon... Scribouillard de son petit nom, qui produit ces cochonneries.

    _ Je vais me pencher sur la question immédiatement.


    Yanouchki réprima le malaise qui menaçait d'envahir son visage juste à temps ainsi que les questions qui cherchaient à l'assaillir. Le Prince lisait comme dans un livre ouvert les pensées superficielles. Surtout dans l'enceinte de son Palais. Ce n'était pas le moment de lui laisser entrevoir son trouble.

    _ Quelque chose vous chiffonne, mon cher Yanouchki ? Demanda le Prince qui avait perçu l'étincelle d'une agitation émotionnelle.

    Le savant sentit l'esprit du Prince tenter de poursuivre ce qu'il avait failli évoquer dans ses pensées tels les tentacules d'un poulpe s'infiltrant dans l'interstice à peine entrouvert. Il parvint à dévier de justesse l'inquisition princière vers d'autres lieux :


    _ Vous ne vous sentez pas capable de relever le défi, de percer le secret de la méthodologie de votre ancien confrère ? Questionna-t-il, croyant avoir trouvé la source du malaise de son savant.

    Maîtriser son esprit était un art que l'ingénieux Yanouchki avait perfectionné avec le temps : dans un monde où l'information et la connaissance était tout ce qui vous maintenait en vie, il était fondamental de savoir se contrôler. Feignant, physiquement, oralement et mentalement, d'avoir été percé à jour, il abonda dans le sens de Sa Majesté.


    _ Je dois l'avouer, Votre Grâce. On ne peut rien vous cacher. Je souhaite plus que tout parvenir à vous satisfaire et... m'aventurer sur le terrain d'un autre qui n'use pas de mes méthodes me met quelque peu mal à l'aise car je n'ai aucune idée du temps que cela pourrait bien me prendre.

    _ Vous me faites un complexe d'infériorité ? Comme c'est pitoyable... Cela ne vous ressemble point, Yanouchki. Ressaisissez-vous. C'est indigne de votre rang. Et je n'ai que faire des pleurnichards.

    _ Cela ne se reproduira plus, Votre Grâce.

    _ C'est une certitude...
    jugea le Prince, toujours aussi impitoyable dans ses injonctions aux menaces à peine voilées. Revenons à notre brebis galeuse : que sont devenus ses pouvoirs ? Avez-vous avancé ?

    _ Le Canal Spirituel qui était ouvert depuis cette impossible chasse aux œufs, s'est subitement refermé à sa mort bien que la capture d'âme n'ait pas altéré son spectre spirituel. Cela fait six semaines à présent qu'elle a été transplantée et il n'est toujours pas reparu. Elle n'a pas manifesté non plus sa fameuse crise de rage bleue ni reforgé ses étranges attributs éthérés. Les recherches que nous avons menées au sujet de l'Incarnum nous ont appris que ses praticiens nomment ces matérialisations des amalgâmes. Cependant, nous n'avons rien de scientifique dans les documents que nous avons pu consulter : pas de données spectroscopiques, pas d'expérimentations comparatives ni d'évaluations quelconque. Seulement des récits et des observations. Nous sommes à l'avant-garde de la recherche sur ce sujet, Votre Altesse. Ce qui rendra nos découvertes précieuses j'en suis certain. Imaginez une armée de vos soldats dotée de son pouvoir d'enragé qui démultiplie la force. Ou vos féroces dévoreurs infernaux munis de quatre bras en plus de leur gueule...

    _ Oui. Mais veuillez cesser de me vendre du rêve comme un vulgaire devin raté...
    Coupa le Prince. Tenez-vous en au concret !

    Il était de fort bonne humeur ; Yanouchki, un flatteur de première, se rendait bien compte qu'en d'autres circonstances ce genre de flagorneries lui aurait valu plus qu'une remontrance. Sa chair desséchée en frissonna... ce qui plut beaucoup au Prince.

    _ Le spectroscope indique de brèves ouvertures de son champ spirituel. Des éclairs d'ouverture, plutôt, tant le phénomène est instable et irrégulier. Rien à voir avec ce dont elle a fait la démonstration avant son décès. Nous pensons, que sa conscience a été secouée et a besoin de temps pour s'en remettre. Les hypothèses explicatives sont nombreuses : le rôle de l'Extracteur, l'impact de son propre pouvoir sur elle-même, la déstructuration psychique traumatique lors de son décès... Si nous avions pu lui inoculer les nanoparasites spirituels durant son vivant, nous n'aurions sans doute pas à faire face à cette problématique, malheureusement cette technologie n'est pas encore au point. Nous y travaillons d'ailleurs.

    _ Son pouvoir est donc en train de se réveiller selon vous ? Et vos parasites ne sont pas encore maîtres de la situation ? Cela ne correspond pas aux chiffres que vous m'aviez annoncés lors de vos précédents rapports : n'était-il pas question d'emprise totale sous une dizaine seulement ?

    _ Certes, cela aurait dû être le cas. La seule explication à mon sens, est que la conscience du sujet résiste à la présence invasive des nanoparasites. C'est singulier. Cela ne peut qu'avoir un rapport direct avec la nature de son pouvoir, la nature de cet Incarnum, un facteur que je n'avais pu tester lors de mes expérimentations précédentes. Ce qui rend l'expérience d'autant plus précieuse. Néanmoins, soyez assuré que ce n'est qu'une question de temps avant que l'ensemble du sujet soit reconditionné sous leur emprise : les nanoparasites sont inclus dans la chair du sujet et bénéficient de sa physiologie. Ils ne sauraient être réprimés indéfiniment. C'est là toute la beauté de l'association des nanoparasites spirituels et de la Transplantation. Un contrôle total sur le sujet...

    _ Un contrôle tenu par vos "Reines"...


    Le ton et le sous-entendu glacèrent Yanouchki : les nanoparasites étaient sous le contrôle absolu d'une reine pondeuse. Leur esprit était semblable à celui des nuées : juste ce qu'il faut d'autonomie, une servilité indéfectible et un lien permanent à leur reine. Ces reines étaient captives du laboratoire que Yanouchki avait installé sur l'Envers. Leurs capacités reproductives exceptionnelles étaient intimement liées aux propriétés de la jungle-monde. Par son allusion aux reines, le Prince rappelait au Savant qu'il ne voyait pas d'un bon œil que les reines fussent installées hors de son palais, hors du lieu où il possédait le contrôle absolu. C'était encore une manière pénible de susciter le trouble chez son sujet...

    _ Oui... certes. Je... je ne suis pas comme ce traître de Tlarstzax, Votre Grâce, se défendit-il immédiatement avec toute la ferveur dont il était capable. Jamais je n'utiliserai de telles ressources sans votre accord, mon Maître !

    Il jouait parfaitement la comédie : pas une trace perceptible d'hésitation ne perla dans sa déclaration. Et le Prince y était tout particulièrement attentif...

    _ Vous m'êtes précieux mon cher Yanouchki. Je ne voudrais pas avoir à me séparer d'un autre savant de talent... Mais assez discuté. Je suis las. Veuillez disposer.

    _ A vos ordres, Votre Majesté.


    *** *** ***



    Quelque chose avait changé au sein de l'inconscient d'Elifern...

    L'essence perdue de Glad l'Extracteur de Conscience, s'était liée à celle de l'inconscient de la femme-bête. Elle partageait les souvenirs et l'héritage de l'humaine : ils étaient pour la femme les piliers de toute son existence et l'essence de l'Extracteur y s'était lovée intimement, s'identifiant à elle. Comme une enfant perdue, abandonnée par son père naturel, elle avait cherché un peu de chaleur, la chaleur d'une structure spirituelle, là où elle avait pu en trouver. Esseulée et sans organisation dirigeante, cette aura était devenue une seconde peau de l'inconscient humain d'Elifern.

    Cette seconde peau officiait comme une hyperstructure traçant de nouveaux liens, reliant des éléments qui ne devaient pas l'être. Elle reformulait sans le vouloir, par sa simple présence, l'existence de la femme-bête. Comme un miroir qu'on aurait mis pour la première fois de sa vie devant l'inconscient de la femme-bête, le reflet l'intriguait, le questionnait, se répercutait en cascade et forçait l'inconscient à jeu dangereux : une cacophonie abrutissante qui laissait dans son sillage des trames distordues. L'inconscient n'était pas fait pour se reconnaître lui-même...

    Plus l'Essence de l'Extracteur s'accrochait, plus elle infléchissait son hôte. Elle cherchait un tuteur solide pour s'y enrouler comme une plante grimpante mais le faisait ployer sous sa pesante attention. Et plus elle courbait la structure plus elle s'y agrippait désespérément à la recherche d'une unité, d'une stabilité. Une unification perdue, l'exacte intention de la dernière volonté de Glad, qui persistait à guider toute l'essence comme un automate dans un cycle fou, déstructurant en quête de structure...

    La conscience de l'humaine était en détresse : plongée dans une vie de servitude des plus détestables, elle devait accomplir ses tâches quotidiennes dans une semi-conscience habitant un corps neuf et encore mal contrôlé. Ressuscitée pour servir de sujet d'expérience tandis que se déroulait une lutte sans merci au sein de sa psyché, elle n'était plus que l'ombre d'elle-même.

    Sa conscience se flétrissait un peu plus chaque jour... Sa besogne était simple et répétitive, heureusement. Et les coups étaient toujours là pour ramener son attention vagabonde vers son ouvrage. Dans cet état, elle n'était bonne qu'à suivre des ordres simples. Bientôt pourtant, la confusion aurait raison du peu qu'il restait de stabilité perceptive en elle et elle dépérirait totalement. Si les coups ne l'achevaient pas avant...

    Ce fut la seconde fois que sa divinité intervint dans son existence.

    La conscience d'Elifern en perdition fut visitée par un songe. Un songe dont la saveur ne laissait planer aucun doute quant à son origine. La rêveuse l'avait reconnu. Et l'essence de Glad également...

    Ce qui se produisit bouleversa le drame qui se jouait en sourdine : il y eut une scène pour la Rêveuse et une autre pour l'Essence Perdue que le divin chef d'orchestre administra pour chacune. La Rêveuse n'avait conscience que d'elle-même. En tant que conscience centrale, décideuse et directrice, elle eut un rêve qui mêla les cendres, le sang et son âme bleutée. Elle se vit dissoute et recomposée, drainée de son souffle et de son essence et rassemblée à nouveau entière, plus forte et plus solide.

    L'essence Perdue de l'Extracteur vit autre chose : tel un spectateur dans les coulisses, elle vit le metteur en scène en action. Elle vit de quelle façon la prodigieuse conscience divine désassembla son hôtesse avant de la reconstituer. Elle vit comment s'entremêlèrent les songes, les images et les symboles puisés à la source de l'inconscient de l'humaine, sous l'influence des mains du dieu.

    Elle observa également avec fascination, comment l'émissaire usait de la Rêveuse pour elle-même : Il semblait jouer avec la Rêveuse et son don, comme un musicien virtuose gratterait les cordes de sa lyre. La Rêveuse était le réceptacle et l'outil, l'essence de son inconscient, la matière : le dieu fabriquait et tissait son dessein au travers du prisme qu'était l'art de rêver de l'humaine. Le résultat, la Rêveuse le vivait sous une forme codifiée, cette seule scène jouée pour elle. Une scène qui était tout ce qu'elle avait car les coulisses lui étaient inaccessibles.

    Pour l'Essence Perdue, un spectacle d'une toute autre envergure se dessinait : à mesure que se détricotait l'imbroglio sous les mains expertes du divin, trois courants se déversaient empruntant les couleurs du rêve de la Rêveuse : le cendré, l'écarlate et l'azuré. Répondant à sa nature, une aura d'Extracteur de Conscience vouée à s'étendre et à coloniser les liens de conscience, l'Essence Perdue poursuivit les liens, tous les liens. Telle une feuille dans le courant d'un ruisseau, elle suivit les pistes, s'immergea dans les trois flux et s'imprégna de chacun séparément.

    Le cendré évoquait l'Ancêtre. La femme, la fille, le clan, le père, la famille, La Horde Tuigane... toute l'humanité était son contenu. Il contenait tout ce que tout humain avait été. Il était la matière dans laquelle s'incarnait la Rêveuse. L'Essence Perdue aima ce courant qui nourrissait son besoin de stabilité.

    L'écarlate réveilla la Bête. Rebelle et sauvage, ce torrent déferlait avec furie. Les bêtes se mangeaient entre elles et d'autres surgissaient et prenaient leur place. Un chaos impétueux, difficile à suivre, plein de vigueur. Il était fait pour vivre et détruire : l'Essence Perdue haït ce courant car il œuvrait à la perte de toute chose qui n'était pas lui-même.

    L'azuré appartenait à la Rêveuse. Il était léger et plein, comme un nuage vaporeux et un lac calme tout à la fois. Il était là simplement, immuable mystère qui savait tout mais ne savait que dire. L'Essence Perdue le trouva dangereux car il n'y avait rien à y trouver de sûr.

    Puis le divin croisa les flux ensemble, les associant avec harmonie, et reforgea le corps de la Rêveuse. Et à mesure que les couleurs se mêlaient à nouveau, les courants s'imposèrent les uns aux autres : l'écarlate et le cendré se défiaient tandis qu'ils puisaient et se perdaient tous deux dans le brouillard de l'azur. L'Essence Perdue observa leur étreinte tandis qu'un kaléidoscope de milliards de sensations l'assaillaient. Et elle comprit enfin ce que la divinité voulait qu'elle voit.

    L'Ancêtre luttait contre la Bête. Elle vit le Guerrier protecteur, sa Méthode et son Intelligence, tenir en respect la hargne sans fin des bêtes, déjouant la force par la ruse, le nombre par la tactique, les griffes par le bouclier, la grande taille par le courage... Une embrassade définitive forgée par la nécessité : la responsabilité flottait sur les épaules du Guerrier qui était investi dans le combat pour ce qu'il protégeait : la civilisation.

    L'Essence Perdue vit que les deux courants puisaient à la même source : l'azur. L'azuré les nourrissait autant qu'ils voulaient bien l'être. Et elle comprit que la Bête avait été trop abreuvée : les souvenirs défilèrent... Tant de Rages de Cobalt, tant de crime et de sang, de brutalité et de bestialité... Les rêves, les actes, les sens, ils avaient tous nourri la Bête qui était devenue Monstre que rien ne pouvait arrêter. Hors de contrôle, il ne lui suffisait plus de se nourrir d'elle-même : elle dévorait l'Ancêtre et épuisait l'Azur.

    L'Essence Perdue saisit également ce qui avait précipité le phénomène : cette jungle dévorante où l'animalité était décuplée. L'allégorie de la Bête matérialisée ! L'équilibre avait été définitivement rompu lorsque l'humaine avait foulé ce sol inféodé à la nature sauvage. Elle vit le Protecteur douter de lui, le cœur pris par la peur. Elle le vit osciller entre abnégation et orgueil, honneur et détresse, son bras perdant sa force et sa vigueur cédant devant la Bête...

    Puis les visions disparurent et l'humaine reçut le verbe de l’Émissaire divin. L'Essence Perdue savait ce qu'elle avait à faire. Elle avait toujours su. Son Intention ne pouvait être changée : acquérir de la cohésion. Telle que l'avait émise Glad, l'Extracteur de Conscience, avant sa chute. Mais son orientation était tout autre à présent. Le parasite allait devenir symbiote dans un échange profitable. Le divin l'avait reformulée : elle avait un Guerrier à ragaillardir, une Bête à mater, et une Rêveuse à piloter afin de restaurer un équilibre...

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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse D'âmes
MessageMessage posté...: Mer 07 Jan 2015, 03:13 
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    Le pouvoir de la Rêveuse restait un mystère pour l'Essence Perdue de l'Extracteur défunt. La démonstration de l’Émissaire Divin lui en avait certes fourni les clés mais son fonctionnement intrinsèque était définitivement obscur. Tel un enchantement dont elle n'aurait qu'à connaître la formule pour en réveiller les effets miraculeux, les forces profondes tissant le sort restaient tapies dans l'incompréhensible et l'indiscernable. Seul le dessein importait après tout...

    Et le but à atteindre s'était dessiné de lui-même : son héritage humain était vulnérable au tumulte impétueux des fauves que son pouvoir de rêveuse avait inconsidérément laissé investir l'inconscient.

    La Rêveuse domptait l'Incarnum : elle charmait le Flux des Âmes par le rêve. Son don naturel laissait s'infiltrer au sein de l'inconscient l'expression de vies et de savoirs étrangers à Elifern, la femme barbare. Comme une éponge, il se gorgeait des fluides que la Rêveuse laissait sourdre à travers elle.

    Les évènements de la vie, sa destinée, avaient fait de la Rêveuse l'interprète exclusive des inclinations bestiales d'Elifern : son art de rêver avait été inféodé aux courants des forces sauvages. Ils avaient soutenu l'humaine dans les épreuves de son existence de femme au milieu de ses semblables, lui offrant la force et la vigueur dans la nécessité. Sans la Bête, elle n'aurait su rencontrer son destin. Sans la Bête, elle ne serait pas Elifern. Mais cette Bête l'avaient aussi détruite par sa dévorante présence insatiable, sauvant l'individu pour manger l'humaine.

    Son humanité soutenait et exprimait son art de rêver. Elle le rendait riche et complexe : la subtilité du rêve était le fruit d'une conscience élaborée pas celle d'une bête. C'était la condition de l'expression de son pouvoir sur l'Incarnum. Si son humanité venait à être engloutie par la Bête, la Rêveuse serait irrémédiablement amputée de l'essentiel de son talent pour la reformulation par le rêve et son accès à la Mer des Âmes sombrerait dans l'oubli aux confins d'un inconscient devenu animal...

    Une interdépendance tripartite inextricable : un bourbier qui n'avait cessé de s'élargir et dont la finalité était sa propre destruction si rien n'avait été fait pour y remédier. Il avait fallu que s'érige au sein de l'humanité d'Elifern l'Essence Perdue pour qu'enfin le processus puisse s'inverser.

    A la Bête, force sauvage et indomptable, s'opposait dans l'humanité, le Guerrier, force maîtrisée et orientée. C'était une opposition naturelle, ancestrale : la puissance brute de l'animal était contrebalancée par les limitations de son intellect. Répondant à la dialectique en miroir, l'impotence physique de l'humain était compensée par sa ruse.

    La pression permanente du déferlement bestiale au sein de l'inconscient d'Elifern avait suscité la structuration naturelle d'une résistance des courants humains en elle : dévorant toute humanité sur leur passage, les Bêtes ne trouvèrent que l'esprit des Guerriers pour réfréner leur ardeur. Ce qu'il restait d'humanité en Elifern s'était rassemblé sous la protection de ce noyau symbolique qui menaçait de céder sous le torrent de sauvagerie.

    C'était donc cette dynamique qu'il s'agissait d'inverser. S'appuyant sur la Rêveuse, l'Essence Perdue invoqua ce Guerrier et le rêve se mit à puiser dans l'Azur pour modeler ses injonctions. Les Bêtes ne pouvaient être chassées. Elles ne devaient pas être chassées. Mais elles devaient être tenues en respect : comme un animal sauvage impossible à mater complètement, le Guerrier devrait être assez ferme dans le cœur de l'humaine pour contenir les éclats de la bête, relâcher sa fureur lorsque c'était nécessaire, la canaliser et l'orienter.

    Alors la Rêveuse puisa dans l'Incarnum tous les possibles et l'Essence Perdue qui se jouait d'Elle en virtuose, l'aida à composer une mélodie qui devait réconcilier la Belle et la Bête dans un statu quo pérenne...

    Ainsi se déployait sa démarche de reconstruction d'un inconscient en perdition, la problématique de fond de son hôtesse, mais un autre sujet avait réclamé toute son attention : les nanoparasites spirituels de Yanouchki qui tentaient sans cesse de prendre pied sur ses plates bandes, dans l'inconscient d'Elifern...



    *** *** ***



    _ Que disent les encéphaloscopes, fils numéro 3 ? Questionna Yanouchki avec anxiété.

    _ Activité restreinte au métabolisme basal de ponte, Pater Noster.

    _ Et le chant de la Reine ?

    _ Les harmoniques sont stables à présent. Il n'y a plus eu d'éclat depuis deux jours. Elle est prête à entrer en scène dès que vous le souhaiterez.

    Yanouchki observait sa dernière production avec enthousiasme : un ensemble de cuves hermétiques en verre abritait une masse informe de chair dont les circonvolutions n'étaient pas sans rappeler celles d'un intestin. Dans un réservoir transparent en dessous de la Reine, s'égouttait un liquide verdâtre : la Reine sécrétait ce fluide qui contenait des milliards de ses enfants, les nanoparticules.

    Ces parasites étaient le produit de la science des métabolismes aberrants que développait le savant. Plusieurs gammes avaient été conçues reposant sur le même principe : des particules vivantes si petites qu'elles étaient invisibles auxquels il liait des consciences dérobées à des individus sacrifiés sur l'autel de ses recherches. Il sélectionnait ces individus pour leur potentiel et espérait distiller leurs dons au profit de ses parasites.

    Glad, l'Extracteur de Conscience, avait été une de ses victimes les plus précieuses. Une aubaine pour le savant que son confrère ait eu l'idée d'en mandater un : un cobaye tout frétillant presque livré à domicile. Il n'avait plus manqué qu'une occasion pour extraire l'Extracteur de sa détestable enveloppe charnelle à la plastique trop parfaite afin qu'il serve une cause plus grande que lui : les progrès de la science.

    Quelques mots glissés dans le cœur d'une discussion avec le Prince : la suggestion de mener le groupe de l'humaine que Glad était en train d'infiltrer, vers la jungle-monde, l'Envers, pour observations. Le penchant sadique du Prince avait fait le reste : la proie avait quitté le cercle d'influence de son Altesse et de son premier savant Tlarstzax.

    Un sortilège de rappel à dissiper et un autre de capture à poser : rien de plus simple sur l'humaine incapable de distinguer la présence d'un enchantement. Il ne suffisait plus que d'attendre que la conscience de l'Extracteur fasse surface pour aller faire son rapport auprès de Tlarstzax pour le cueillir au vol. Un plan qui entraînerait la disgrâce de son commanditaire aux yeux du Prince et peut-être même sa destitution avec un peu de chance. Le résultat avait été bien sûr, au-delà de toutes les espérances de l'ambition de Yanouchki.

    _ Bien. Introduis le cobaye dans l'enceinte de droite.

    _ C'est comme si c'était fait.

    Les rouages de mécanismes se mettant en branle en sous-sol se firent entendre et dans l'une des cuves attenantes à la Reine 22, un humanoïde nu comme un vers apparut dans un petit crépitement électrique. Sa peau était rouge et son front surmonté de deux petites cornes noires. Il était visiblement hébété. Il regarda autour de lui sans comprendre d'abord puis croisa le regard vicieux du savant obèse : ses lèvres articulèrent en silence un "Yanouchki" débordant de haine.

    _ Eh oui ! C'est moi ! Aïe ! Le nargua le savant en écartant les bras avec un sourire de bienvenu qui s'acheva dans une grimace : le châtiment du Prince rendait les commissures de ses lèvres fragiles à ce genre d'excès d'expression faciale.

    Le soldat de Sa Majesté réduit à l'impuissance ne pouvait pas l'entendre de toute manière, la paroi de verre était bien trop épaisse. Il sursauta lorsque des gouttes frappèrent son front lisse et leva le nez pour recevoir un jet de liquide verdâtre. Le même que celui qui s'accumulait dans la cuve sous la Reine.


    _ Premier sujet. Dose de 300 milliDrach inoculée, Pater Noster.

    Le semi-fiélon, commençait à s'agiter : il frappait de toutes ses forces contre les parois et rugissait comme un beau diable. En vain... Bientôt, il se calma et chut sur son postérieur tandis que ses yeux jaunes se révulsaient. Son dos s'appuya contre la paroi de verre et hormis les mouvements respiratoires de sa cage thoracique, rien ne sembla plus l'agiter.

    _ Paaarfait ! Jubila Yanouchki. Bilan encéphaloscopique complet dans une heure mon petit. Prépare les trois autres sujets comme convenu. Fils numéro 11 !

    _ Oui Pater Noster ? Répondit un petit gros en se trémoussant à toute vitesse vers son géniteur.

    _ Dégage-moi toutes les cuves 7 à 16. Tu supervises la désinfection complète. Et que ça saute ! Fils numéro 23 ! Tu supervise le remplacement des 9 spécimens affectés aux patrouilles extérieures. Tu me fourres les originaux dans les cuves désinfectées et tu interroges la Reine au moins deux fois pour chacun. Je ne tolèrerai aucune erreur dans les clones de remplacement. Allez !

    _ A vos ordres !

    _ Que tout le monde s'active sur le Projet 76-B ! Suspendez les expériences en cours ! Braya le savant d'une voix forte qui rouvrit ses gerçures. Exécution !

    Il n'avait plus un instant à perdre... Si Tlarstzax avait encore toutes les données de l'Extracteur de Conscience en mémoire grâce à ses rapports organiques, il finirait tôt ou tard par faire le lien avec son piège pour l'Extracteur et trouverait l'occasion d'en toucher un mot au Prince entre deux sévices. Il serait trop heureux de se venger. Ce n'était plus qu'une question de temps avant que ses manigances ne le rattrapent : il n'avait plus le choix, il devait bousculer les protocoles.

    _ ça passe ou ça casse... souffla-t-il pour lui-même.


    *** *** ***



    _ Et son projet serait donc de... me "posséder" ? Demanda le Prince visiblement peu convaincu.

    _ Tous les éléments que m'ont rapporté vos espions ombreux convergent, Votre Altesse...

    Tlarstzax était assis sur un fauteuil juste en face du Prince. La pièce était richement décorée et assez spacieuse pour accueillir tout le bric-à-brac du chercheur. Son ancien laboratoire avait été dépecé par les fistons de Yanouchki : dans cet endroit, il était à l'abri de tout regard indiscret qui aurait pu avoir la mauvaise idée d'informer le nouveau Premier Savant de Sa majesté de la condition de son rival déchu qui était bien éloignée des geôles punitives.

    Oh ! Il y avait bien fait un petit tour : le Prince et lui s'étaient entendus pour une petite danse macabre. Mais lorsque Sa Majesté fut certaine de lire la plus réelle des résignations à mourir, il cessa simplement de torturer l'ancien savant. Ce n'était pas de la compassion, non. Tlarstzax était une créature froide et sans passion. Mettre au supplice ce genre d'énergumène manquait d'attrait assez rapidement.

    Et puis, le Prince ne gaspillait pas inutilement ses ressources les plus précieuses : un savant de son envergure ne devait pas être gâché sur un coup de nerf. Surtout lorsque son homologue préparait un sale coup...


    _ Ha ! Ha ! Il ne manque pas d'audace ce petit ! Mais je crois qu'il ne mesure vraiment pas à qui il a à faire.

    _ Oui. Il est trop jeune pour connaître la raison fondamentale de son erreur de calcul...

    _ ... et n'aura bientôt plus le loisir de remédier à cette lacune. Ha ! Ha !

    _ Dommage. Un brillant esprit... si je puis suggérer quelque chose à Sa Majesté ?

    _ Faites.

    _ Nous pourrions avoir besoin de son esprit et de son corps intacts, Votre Grâce, si nous voulons tirer quelque chose de ses travaux. Je le soupçonne d'avoir lié ses Reines tout comme ses fils à lui-même.

    _ Une police d'assurance ?

    _ Oui mais je dirais plutôt que sa motivation est l'orgueil.

    _ Bingo ! Typique du mégalomane ! Ha ! Ha ! Je prends note de votre requête. Poursuivez vos investigations, je vous prie : il me divertit beaucoup ce petit parvenu. Je veux tout savoir de son petit plan machiavélique.

    _ Vos désirs sont des Ordres.


    *** *** ***



    La chair d'Elifern était désormais liée à ces nanoparasites. Chaque parcelle de son corps abritait l'un d'entre eux et ils étaient innombrables. Une multitude de petits esprits primitifs voraces et sans merci. Comme des rongeurs, ils s'insinuaient dans l'esprit de l'humaine, forant sans relâche ses résistances naturelles. La technique était rudimentaire, rien à voir avec celle d'un Extracteur mais elle était efficace sur le long terme : il s'agissait d'user et d'user encore les défenses jusqu'à ce qu'elles laissent affleurer les parties actives de l'esprit de l'individu pour que la Reine en puisse en prendre possession.

    Ce genre d'invasion pouvait être repoussée normalement : ces minuscules psychés primitives même en nombre considérable ne pouvaient avoir raison d'un esprit individuel bien formé que très difficilement. Le problème venait de leur association à la chair même de leur victime : leurs esprits réprimés se régénéraient en permanence tandis que leur vie était liée à celle du corps de l'hôte. C'était une marée immortelle et infatigable que peu d'esprits pouvaient contenir.

    L'Essence Perdue, en tant que tierce forme de conscience voyait ces parasites menacer doublement son existence : directement et par le truchement de ce qu'ils imposaient à l'inconscient d'Elifern, sa planche de salut. Ils étaient l'intrus à abattre et une partie de la solution du programme qu'il avait concocté pour l'humaine.

    A chaque rêve, il attirait au compte goutte une partie des parasites et les associait aux protagonistes oniriques de la scène jouée par la Rêveuse : un peu dans un camp un peu dans l'autre. Une partie dans l'Esprit de la Meute, l'autre partie dans l'esprit d'Elifern...

    Ainsi chaque nuit de lutte mortelle que l'inconscient de la barbare jouait pour elle, était une occasion de retourner les parasites contre eux-mêmes. Le stratagème de l'Essence Perdue reprogrammait la cible des parasites. Ils se mettaient à chasser leurs frères qui les chassaient eux aussi, reproduisant inlassablement la même intention que celle qui portait le rêve. Tandis qu'ils s'autodétruisaient d'autres prenaient leur place et devenaient à chaque nouveau rêve à leur tour des cannibales.

    Ils ne disparaissaient pas vraiment puisqu'ils ne pouvaient mourir : leur chair était liée à celle du nouveau corps de l'humaine. Mais ils étaient neutralisés et ne pouvaient plus nuire qu'à eux-mêmes, se détruisant et se régénérant sans cesse...

    Et chaque matin lorsque l'humaine se réveillait, elle croyait voir ses blessures de la nuit et les sentir inscrites dans son corps. Sa conscience de l'éveil se désolidarisant peu à peu de celle de ses rêves, voyait son sang couler, ses os se ressouder et ses plaies disparaître sans laisser une seule trace. Mais il ne s'agissait pas là de magie ou de son émissaire divin veillant sur elle. Ce n'était qu'un effet mental résiduel : les parasites n'étaient pas liés à la phase consciente de l'humaine mais à son inconscient en train de rêver. Dès lors que la conscience d'Elifern s'en extirpait pour vivre sa vie éveillée et vaquer à ses occupations d'esclave, les parasites se désolidarisaient d'elle pour perpétuer la lutte que leurs avait inculquée la Rêveuse. Une lutte qui s'achevait en toute simplicité pour Elifern avec la fin du rêve. Et sa mort onirique en général...

    Et des dizaines de nuits aboutissant à un conditionnement fratricide, finirent par avoir raison de la marée des parasites : ils ne furent bientôt plus assez nombreux à encore diriger leurs intentions contre Elifern plutôt que sur d'autres parasites. Ils ne pouvaient plus faire le poids face aux résistances naturelles : la marée n'était plus qu'un petit ruisseau s'escrimant sur un roc. L'Essence Perdue avait fait d'une pierre deux coups grâce au don de la Rêveuse...

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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse d'Âmes
MessageMessage posté...: Mar 13 Jan 2015, 03:12 
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    Il avait fallu imposer un revirement à la Rêveuse : le déferlement des bêtes avait été considérablement accru lorsque l'humaine avait foulé le monde forestier du dessus. Répondant en miroir à l'abondance de la faune et de la flore, son inconscient déjà porté sur les forces animales s'était laissé submerger. La Porte des Bêtes, une profonde connexion avec ce flux des âmes sauvages avait laissé se déverser les intrusions comme un torrent.

    Encore heureux que les aventuriers n'y aient passé qu'une seule journée : le phénomène inconscient du déferlement bestial avait tant enflé qu'il n'aurait plus resté quoi que ce soit à sauver des lambeaux d'humanité de la femme-bête s'ils y avaient prolongé leur séjour.

    Lorsqu'ils avaient été rapatriés vers le donjon du Prince, le gouffre bestial béant avait connu une accalmie : loin de se tarir pour autant, le flot de consciences bestiales, faute d'être démesurément abreuvé par cette jungle-monde, était entrée dans une phase de régression. Il avait fallu attendre la capture de l'âme d'Elifern pour qu'une réelle rupture du courant bestial ait lieu. Lorsqu'un pouvoir mystérieux avait soustrait la barbare qui venait de mourir à son cheminement vers le Plan de Fugue, son essence avait été contenue, brisant le lien qui l'unissait aux courants des bêtes. La Porte des Bêtes avait été fermé.

    Et ce fut là la chance d'un nouveau départ : sous l'impulsion de l'inconscient envahi par les forces animales, ce canal sauvage ne demandait qu'à se rouvrir lorsqu'elle fut transplantée dans sa nouvelle enveloppe charnelle. Mais l'Essence Perdue s'évertua à contrecarrer le processus en chevauchant le pouvoir de la Rêveuse : il eut été impossible de réformer cet inconscient dévasté si l'animalité continuait d'être alimentée en permanence. Il fallait s'assurer de colmater la brèche avant de songer à écoper...

    Ainsi se dessinèrent les conditions nécessaires à l'avènement du Guerrier qui devait dompter le pouvoir de la Bête.



    *** *** ***



    _ Alors ? Qu'est-ce qui était si urgent ? Qu'avez-vous découvert ? Questionna le Prince. J'attends une délégation de la théocratie de Szdal. Leurs faveurs Nous seront nécessaires mais leur épuisant Conseil des Clercs déteste attendre. Alors vous avez une minute pas davantage.

    Il siégeait sur son imposant trône taillé dans une pierre noire veinée d'or rouge. Il avait revêtu ses atours royaux dans ce contexte diplomatique : une imposante couronne magnifiquement ciselée ceignait son front, son manteau d'hermine et de pourpre se déployait en cascade sur les marches du Trône et il tenait dans sa main droite un sceptre doré incrusté de pierreries. Sa majesté était complète.

    Yanouchki frottait nerveusement ses dix petites mains parcheminées, visiblement anxieux. Cherchait-il ses mots avec soin ?


    _ Votre Grâce, Prince Sukumvit...

    Le regard du Prince s'étrécit soudain : il détestait qu'on manquât à l'étiquette. Un de ses sujets, l'appeler par son nom ? C'était intolérable. Le savant venait de franchir une frontière qui allait lui coûter très cher...

    _ Comment osez-vous, Yanou...

    _ Silence ! Tonna un Yanouchki qui se trouvait prendre subitement de l'assurance. Votre règne s'achève aujourd'hui ! Saisissez-le !

    Encadrant toujours son Altesse lorsqu'il trônait, ses treize fidèles Avocats se tournèrent brusquement vers lui et se mirent à incanter de concert. Ils étaient sa garde rapprochée, de puissants sorciers. On racontait qu'ils étaient autrefois les semblables du Prince et qu'il les avait asservi avec le soutien des puissances diaboliques. Ils étaient extrêmement puissants et craints de tous.

    Des rayons noirs jaillirent soudain de leurs doigts crochus et frappèrent le Prince de plein fouet. Les deux mains crispées sur son Sceptre, le Prince avait fait apparaître une sphère d'énergie crépitante qui clignota sous l'impact et s'évanouit soudain en fumée. Trois rayon percèrent le corps du Prince qui hurla de Rage et de douleur.

    Les multiples portes donnant sur la Grande Salle du Trône éclatèrent en morceau vomissant des flots de gardes semi-fiélons qui couraient vers le Trône. Un vent de révolte avait saisi le donjon tout entier. Le Prince était puissant, très puissant... mais que pouvait-il faire seul, face à toute son armée ?

    Une onde mystique de feux infernaux explosa comme un soleil émanant du Prince : trois Avocats ne purent résister à la déflagration et leur corps calciné tomba en poussière. L'onde de choc calcina les soldats les plus rapides et renversa tous les autres trop éloignés des flammes. La fumée se dissipant révéla la Vraie Forme du Prince : un diable de vingt pieds de haut vêtu d'une magnifique armure rutilante et tenant une faux gigantesque. D'un grand arc il faucha des dizaines de soldats d'élite et décapita un autre Avocat. De sa bouche, un large rayon crépitant balaya en sens inverse du mouvement de la faucheuse, emportant lui aussi sa moisson d'âmes à son passage. Il leva un sabot d'un noir d'encre et l'écrasa sur un autre de ses sorciers d'élite : la sphère brillante, les protections surnaturelles de l'Avocat, s'affaissa et se brisa laissant l'appendice caudal le réduire en bouillie sanguinolente.

    Dans un nuage de volutes colorées, des chimères firent leur apparition, téléportées depuis les geôles du Donjon du Prince. Elles étaient les créations de Yanouchki : de puissantes aberrations dont les attributs et la diversité avaient fait le ravissement du Prince. Mais elles étaient également très dangereuses et pour quelques unes d'entre elles beaucoup plus grandes que le Prince dans sa forme diabolique. Elles se jetèrent sur Lui...

    Les Avocats restants incantaient furieusement : le flot d'énergie était semblable à un feu d'artifice frappant le Prince de toutes parts. Quant aux soldats ils n'étaient pas non plus en reste : leurs longues armes d'hast ouvraient mille entailles dans la chair exposée du Seigneur des Lieux. Ils étaient tous très bien entraînés : le Prince y avait veillé... pour son plus grand malheur.

    Les coups pleuvaient, les sorts fusaient, les cadavres s'amoncelaient et les blessures du Prince se faisaient sentir. La puissance immense de son altesse, à la fin, ne suffit plus à contenir la mutinerie : le grand diable tituba, sentant sa fin toute proche. D'une main levée, il fit tomber une pluie de boules de feu de l'Enfer en guise de requiem emportant des groupes entiers de ses suivants avant de s'effondrer, vaincu.

    Blessé à mort, le souffle court, les Avocats survivants, le forcèrent à reprendre forme humanoïde et l'immobilisèrent tandis que la marée des soldats faisait cesser son assaut. Fendant la foule et les nombreux cadavres, le gros savant avança majestueusement avec un sourire de triomphe sur le visage. Il se dirigea vers son tortionnaire, le terrible Prince, qui gisait sur les marches de son trône. Avec un gloussement sadique, il toisa son Altesse déchue :


    _ Pauvre petit Prince Sukumvit... Trahi par ses propres hommes dans sa propre demeure... Quelle fin tragique !

    Le Prince figé ne pouvait pas répondre mais son regard était éloquent. Une haine et une rage débordantes le dévoraient...

    Yanouchki incanta doucement et quelques instants après ses enfants firent leur apparition. Ils étaient accompagnés d'une masse de chair constituée de circonvolutions évoquant celles d'un intestin. La créature rosâtre, la Reine qui avait été liée à l'esprit broyé de l'Extracteur de Conscience, Glad, serpenta doucement vers sa proie guidée par les petites mains des fils de Yanouchki. Un orifice s'ouvrit soudain au-dessus de la tête du Prince et cracha un flot immonde de liquide verdâtre sur la face de Son Altesse.

    Une sorte d’œuf translucide jaillit de l'interstice et se posa sur le buste du semi-fiélon puis commença à se dissoudre. Les yeux du prince s'agrandirent de terreur puis se révulsèrent tandis que l’œuf pénétrait en son torse. Yanouchki veillait le processus d'un œil réjoui avec une légère pointe d'inquiétude : le prince était un semi-fiélon d'une puissance incommensurable. Si ses expériences sur son personnel semi-fiélon, allant même jusqu'aux Treize Avocats, avaient été couronnées de succès, il n'était pas encore certain du résultat concernant cet individu exceptionnel...

    Mais bientôt un sourire orna son visage grassouillet lorsqu'il le sentit : la Reine venait d'ingérer l'esprit du prince blessé... et de le surpasser ! Il était sienne. Et puisque la Reine était à lui, le Prince était sous sa coupe à présent.

    Il avait gagné !

    Il avait survécu à cette épreuve et triomphé. Il avait trompé toutes les prévisions, s'était emparé d'un pouvoir dont la moitié du Multivers n'osait pas même rêver ! Lui, Yanouchki, était le maître du Prince !

    Un moment de pure euphorie saisit le savant qui en rit à gorge déployée sans égard pour sa peau craquelée par la malédiction du Prince. Il tenait tout en sa possession et ce petit être détestable ne pourrait plus jamais rien lui faire.


    _ Libérez-le ! ordonna-t-il aux Avocats.

    Tel un automate, le Prince se redressa doucement en regardant le savant : l'air de défi dans ses prunelles de ténèbres avait totalement disparu. Il était asservi. Yanouchki Ier s'avança vers son Trône, le Prince s'écartant devant lui, et y déposa son volumineux postérieur avec ravissement.

    Il contemplait la scène chaotique, goûtant le plus beau jour de sa vie. Tout s'était déroulé comme prévu. Il était vraiment le plus grand génie de tous les temps, il l'avait bien mérité !


    _ Prosternez-vous ! Commanda-t-il à celui qui l'avait tant fait souffrir.

    Le Prince s'exécuta : posant un genou en terre mais au lieu de rencontrer le sol calciné, son genou sembla se fondre dans les dalles. Puis tout le reste du corps du Prince s'affaissa telle une bougie de cire dégoulinant à toute vitesse et disparaissant dans ce sol vorace.


    _ Qu'est-ce que...

    Et ce n'était pas le seul à disparaître ainsi... Horrifié, Yanouchki vit tous ses soldats mutinés se dissoudre les uns après les autres. Même les dépouilles furent avalées. Et bientôt il fut tout seul dans une salle où ne persistait plus la moindre trace de bataille. Que se passait-il ? Qu'était-ce que cette diablerie ? Il ne comprenait plus rien...

    Un rire sadique résonna soudain se répercutant en écho dans les hauts plafonds. Un rire connu. Un rire cruel qui l'avait tant rabaissé depuis des années...


    _ NON ! Noooooooon ! Hurla le savant en se redressant.

    Il dévala les marches et courut vers la sortie, bousculant les grandes portes de la salle du Trône. Dehors le couloir était vide. Pas un garde, pas une mouche. Et toujours ce rire sardonique...

    Yanouchki le génie fut saisi par l'évidence : il avait échoué...



    *** *** ***



    _ Le roitelet de ces Reines s'est rendue au Prince, annonça le Prince Sukumvit avec un sourire amusé. Si vous voulez bien récupérer ce gros vermisseau et me le mettre en conservation dans une éprouvette...

    _ Avec joie, Votre Grâce, répondit Tlarstzax.

    Le corps inanimé de Yanouchki gisait dans une position inconfortable devant le bureau d'étude du Prince. Une grimace d'horreur était figée sur le visage du savant qui venait de rencontrer son destin. Tlarstzax incanta et saupoudra une pincée de cendres sur son rival qui disparut dans une nuage de fumée.


    _ Pensez-vous qu'il comprendra un jour ?

    _ Oh, il est très malin, vous en savez quelque chose. Passé le désespoir de se retrouver seul piégé dans un Labyrinthe de Rêve, il va se mettre en quête d'une solution pour s'en échapper. C'est un chercheur-né, n'est-ce pas ? Il essaiera de comprendre... et il a toutes les ressources d'un palais onirique à sa disposition. Ha ! Ha ! Ha !

    _ Et si je venais à avoir besoin des informations qu'il détient pour poursuivre ses travaux ?

    _ Eh bien, vous m'en ferez la demande et je veillerais à ce qu'il nous fournisse toute l'aide nécessaire... Ce qu'il y a de bien dans l'Art de Rêver des Anciens, voyez-vous, c'est que l'on y modèle ce qui nous plaît. Tout ce qui nous plaît. Yanouchki est devenu dès lors le plus serviable de mes savants. Mais ce qui devrait véritablement piquer votre intérêt, mon cher Tlarstzax, à l'aulne de cette mésaventure avec votre confrère serait plutôt de savoir dans quelle mesure cette réalité dans laquelle vous êtes actuellement est-elle vraiment différente du piège que Yanouchki arpente à présent. Comment pourriez-vous être certain de ne pas être enfermé inconscient dans une éprouvette d'une autre réalité ? Intéressante question, n'est-ce pas ?

    Et le Prince rit. De ce même rire sadique qui tourmentait encore Yanouchki. Le savant blêmit : cet être machiavélique était bien davantage qu'un Maître en son Royaume. Il dominait tout et lui rappelait ainsi qu'il était virtuellement impossible de lui échapper : toutes les voies commençaient et aboutissaient à Lui sans échappatoire...


    *** *** ***



    Le Guerrier devait apprendre à mater la Bête. Libérée du poids d'une Porte des Bêtes grande ouverte, l'Essence Perdue put forcer la Rêveuse à tisser et entremêler la relation entre ces deux courants infusant l'inconscient d'Elifern. Il s'agissait de séparer et réassocier, de les mêler dans une danse harmonieuse au sein de laquelle chacun des deux partis aurait sa place, son rôle et où la structure de la conscience serait préservée et ne sombrerait pas dans la destruction chaotique de la Bête.

    Il s'agissait de forger une arme capable de tenir d'une poigne de fer l'impétuosité de la Bête...

    La Bête avait toujours été la force de la femme barbare : elle prenait le dessus sur ses sens, s'emparait de son corps et lui faisait faire des exploits. Elle enivrait son âme de prédatrice et son instinct de survie. Elle activait sa fougue et brassait son énergie vitale, accélérant son flux au-delà des limites habituelles. Endurer un tel flot d'énergie sans se rompre n'était pas quelque chose d'anodin : la barbare était naturellement dotée d'une grande vigueur physique et mentale.

    Si elle ne comprenait rien aux mécanismes énergétiques qui abreuvaient son corps, elle les maîtrisait et les ressentait néanmoins clairement. Sa rage bleutée était semblable à un raz-de-marée qui frappait violemment sa chair d'un afflux d'énergie qui la rendait plus forte, plus rapide, plus résistante... au prix d'un désordre délétère à long terme.

    Dompter la Bête pour le Guerrier consistait dans la pratique à apprendre à dresser cette source considérable de forces chaotiques que la Rêveuse avait laissé s'implanter massivement dans l'inconscient. Ce qui était une force incontrôlable devait devenir un atout parfaitement maîtrisé. Au-delà de la réconciliation des partis, la guerre sous-jacente se livrait sur le terrain de la maîtrise de l'énergie vitale dans ses manifestations martiales.

    Alors l'Essence Perdue avait désarmé Elifern durant ses rêves : c'était avec son corps nu d'humaine qu'elle affronterait les bêtes dans les scènes que tisserait la Rêveuse. Il avait fallu la mettre à nu, qu'on eut ôté ses griffes, émanations de l'insatiable Porte des Bêtes, afin qu'elle trouve seule le pouvoir de déployer les ressources insoupçonnées de l'énergie. Ce qui faisait d'un poing une arme aussi dure qu'un marteau. Ce qui faisait d'un corps sans crocs quelque chose de plus dangereux qu'un prédateur féroce.

    Il n'était pas question de faire taire l'animalité mais d'être en mesure de le contenir et de prendre le contrôle des vannes. Le pouvoir chaotique ne pouvait être contenu : il exploserait si tel était le cas. Il fallait juste apprendre à le relâcher à bon escient. Il s'agissait de la domination de l'homme sur l'animal, afin que le Guerrier puisse chevaucher la force de la Bête...

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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse d'Âmes
MessageMessage posté...: Mer 14 Jan 2015, 02:13 
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    Plus de deux années de Faerun étaient passées et le plan de reconstruction que l'Essence Perdue avait tissé avec la Rêveuse touchait au but. Patiemment, l'Essence Perdue avait fait de l'art de rêver de la femme-bête un outil qui avait servi de médiateur entre ses deux pôles.

    Et elle s'était accrochée cette humaine, elle n'avait pas flanché. Jusqu'au bout, traumatisée durant la nuit par des luttes qui s'achevaient en mort violente, harcelée le jour par les autres prisonniers puis par un affreux geôlier imprévisible, elle avait tenu bon. Au-delà de l'aspect martial, c'était l'esprit du Guerrier, le courage d'aller jusqu'au bout, qui s'était imprimé profondément en elle. Ou serait-il plus juste de dire qu'il n'avait fait que s'affirmer ?

    Elle avait repris possession de son héritage humain et avait su l'intégrer harmonieusement aux puissances bestiales qui l'habitaient. Elle pouvait à présent puiser en elle-même cette force chaotique pour infuser ses poings et se battre à armes égales avec n'importe quel épéiste. Elle avait aussi appris à déployer sa Rage de combattante à partir de son énergie interne, de sa propre conscience bestiale au lieu de puiser ces forces au-delà.

    Mais une incertitude persistait : si le conflit, le déséquilibre interne avait été corrigé, infléchi et harmonisé, qu'en serait-il lorsqu'elle rouvrirait la Porte des Bêtes, que d'autres consciences bestiales déferleraient à nouveau des tréfonds de l'infini de l'Incarnum ? Le Guerrier avait-il suffisamment assuré son assise en elle pour maintenir le contrôle de l'impétueuse Bête ?

    Il n'était point d'intention qui soit flexible dans l'Essence Perdue de feu l'Extracteur de Conscience nommé Glad. Sa survie, son existence elle les devait à l'intention de son dernier souffle. Et celle-ci lui commanderait toujours de mettre tout en œuvre pour s'implanter, s'accrocher, se solidariser et se restructurer dans une entièreté. Et de protéger cette intégrité...

    Alors, non la restructuration n'était pas finie. Elle ne serait jamais terminée tant que l'Essence Perdue habiterait cet inconscient torturé. Le plan n'était pas achevé. Et l'Essence Perdue n'avait aucunement l'intention de relâcher le Flux des Bêtes sur cet inconscient ! Ce serait comme scier la planche sur laquelle elle était assise : c'était l'antithèse de l'intention qui la portait...

    Mais en ce jour, où l'équilibre des deux facettes d'Elifern fut restauré, parce qu'il était temps, le Pouvoir de l'Incarnum lui fut rendu en dépit des efforts de contention de l'Essence Perdue. Le temps de libérer son pouvoir, de rendre sa liberté au don d'Azur et de restituer ses terribles griffes à la femme-bête était venu. Et ce fut la divinité qui en avait décidé ainsi qui en fut l'artisan : une fois encore, l'émissaire de Malar s'introduit dans l'inconscient d'Elifern et s'empara des rennes de la Rêveuse en mettant sur la touche l'Essence Perdue et son intention totalitaire.

    Le don de l'Incarnum de la femme-bête ne pouvait être inféodé uniquement à sa partie humaine : le Seigneur Bestial semblait exiger qu'il soit également au service de la Bête au grand désarroi de l'Essence Perdue...



    *** *** ***



    _ Votre Grâce, puis-je faire quelque chose pour Vous ? Demanda Tlarstzax à Son Altesse.

    Le Prince venait de débarquer à l'improviste dans le laboratoire encombré de son Premier Savant. Il s'était matérialisé juste sous le nez de l'encapuchonné le faisant sursauter : son sourire semblait lui signifier qu'il goûtait avec espièglerie le frisson de stupeur qu'il venait d'induire.


    _ Mon cher Tlarstzax... Je venais prendre des nouvelles au sujet d'une de vos thématiques d'étude : l'Incarnum. Cela fait quelques temps que vous ne le mentionnez plus dans vos rapports. Où donc en êtes-vous ?

    Le Savant était surpris : il n'était point dans les habitudes du Prince de réclamer hors séances l'avancement de travaux au long court. Tlarstzax n'était pas dupe : il mijotait quelque chose. Ce sujet ayant été la cause de nombreuses souffrances telles que la perte de son statut de Premier Savant et un petit tour dans les salles de torture les plus sophistiquées du Prince, la méfiance du chercheur en fut soudain passablement aiguillonnée. Il y reconnaissait d'ailleurs là tout l'art du Prince de mettre ses sujets à petit feu en stimulant le tourment de leurs propres pensées...

    _ Eh bien... les recherches et les expérimentations se poursuivent. A l'heure actuelle, nos agents ont pu capturer vingt-trois sujets porteurs du pouvoir de manipuler l'Incarnum. La diversité des manifestations de leurs dons est assez importante et ils n'ont pas tous le même potentiel ni la même puissance évidemment. L'exploration est en cours : elle prend seulement du temps. C'est la raison pour laquelle je n'en fais plus mention, Votre Grâce...

    _ Et cette humaine. La première, vous savez ? Avez-vous poursuivi les investigations la concernant ?

    Comment pouvait-il l'oublier ? Même si elle n'était en rien responsable, c'était par son entremise que Yanouchki avait pu tuer l'Extracteur de Conscience et doubler Tlarstzax, le condamnant à d'atroces tortures.

    _ De loin seulement Votre Grâce. J'ai dû réorienter nos ressources expérimentales en faveur des nouveaux sujets. Elle ne valait plus les efforts consentis.

    _ Développez, je vous prie.

    _ Soit. Après que le "regretté" Yanouchki l'ait transplantée dans son clone, l'humaine a semble-t-il perdu son pouvoir de linéarisation et de recyclisation de son champ spirituel. La transplantation a vraisemblablement échoué. De surcroît, les nanoparasites avec lesquels Yanouchki espérait prendre possession de son pouvoir n'ont donné aucun résultat. Les analyses spectroscopiques ont montré une activité résiduelle de Souffles d'Aspiration assez régulière mais qui est restée semblable depuis plus d'une année. Elle a également perdu toutes ses capacités de modeler des amalgâmes - c'est ainsi qu'ils nomment eux-mêmes leurs matérialisations pseudo-cohérentes. Nous avons consenti beaucoup de temps et d'efforts : je l'avais même faite déplacer vers votre chenil dans l'espoir que le contact avec les bêtes réveille ses dons mais rien n'y a fait. Entre temps, les premières captures nous ont offert bien suffisamment d'informations pour que nous nous permettions de négliger cette inutile humaine transplantée à moitié brisée, conclut-il avec un dédain manifeste. Voulez-vous que je vous en dise davantage, Votre Altesse ?

    Un petit rien dans son ton indiquait qu'il rechignait à poursuivre : en vérité, le Premier Savant s'était empressé d'enterrer ce dossier qui titillait chez lui trop de mauvais souvenirs. Les nouveaux cas étaient aussi prometteurs sous bien des aspects que cette humaine. Pourquoi alors se serait-il encombré d'un vilain rappel permanent de son impuissance passée ?

    _ Ce n'est pas nécessaire. Je viens vous apporter une information au sujet de cette humaine justement : vous serez heureux d'apprendre que je l'ai renvoyé dans son plan.

    Le Prince souriait : le savant comprit qu'il avait parfaitement saisi les raisons profondes de son désintérêt pour l'humaine qui avait participé involontairement à sa perte.

    _ Ah...

    _ Oui, nous avons trouvé un accord mutuellement profitable avec un messager de Malar. Figurez-vous qu'Il s'intéresse à cette pitoyable créature. Cela ne vous rappelle rien ?

    Le Savant n'eut pas besoin de réfléchir longtemps : il y avait eu une intrusion divine lors de la Vague de Songes qui avait saisi le groupe d'aventuriers de l'humaine. L'Extracteur de Conscience avait été forcé de faire retraite alors même qu'il débutait son infiltration psychique. Il s'en souvenait parfaitement.

    _ Si, bien sûr. Au moins, nous pouvons à présent mettre un nom de dieu sur cet évènement. Il est vrai que l'humaine a un petit quelque chose du Grand Fauve...

    _ Effectivement, acquiesça le Prince. Le messager du Fauve a requis de ma part que je libère sa créature. Vous sachant si peu passionné ces derniers temps par cette humaine, je n'ai pas eu beaucoup à me forcer pour accéder à sa requête. D'autant qu'il n'est jamais bon de contrarier un de ces dieux susceptibles. L'accord était entendu lorsque cette petite pimbêche a jugé bon de faire un peu de grabuge dans mon chenil. J'ai perdu quelques animaux de compagnie que j'affectionnais particulièrement dans la débâcle, avoua-t-il avec un tremblement de fureur contenue au niveau de sa lèvre inférieure. Je l'aurais bien corrigée personnellement mais un accord est un accord. D'autres ont dû faire les frais de son effronterie...

    Pauvres sentinelles et autres gardiens de prison... Le Savant imaginait parfaitement ce que pouvait donner le châtiment du Prince lorsqu'il se sentait lésé et frustré. Car c'était de cela dont il s'agissait : il s'était empêché de se défouler pour ne point contrarier sa parole envers un dieu...

    _ Il se trouve que je l'ai trouvée fort vigoureuse, cette souillon, pour une expérience ratée. Et bien nantie par dessus le marché : quatre bras lui avaient repoussés comme par magie. Vous n'auriez pas une idée de comment elle a réussi ce tour de passe-passe ? Demanda innocemment le Prince paranoïaque.

    Tlarstzax se figea : il comprenait parfaitement où le Prince voulait en venir et les doutes que soulevaient sa diatribe. Y avait-il une raison pour que le Savant lui ait caché que l'humaine avait retrouvé ses pouvoirs ? Démontrait-il par là sa négligence ? Son incompétence ? Ou pire : sa rouerie ?

    Le prince fit face à l'encapuchonné avec un air de prédateur. Ses yeux s'étrécirent dangereusement.


    _ S'il est une chose que je n'apprécie guère, c'est bien de me faire rouler mon cher Tlarstzax...

    _ Majesté, je...

    Une pression invisible sur sa gorge sèche lui coupa la chique au vol. Quand le Prince menaçait, il aimait qu'on la ferme et que l'on soit toute ouïe...

    _ Vous n'oseriez certainement pas entretenir quelque lien superflu avec un mignon du Fauve dans mon dos, n'est-ce pas ?

    La pression se fit plus forte : un râle s'échappa malgré tout de l'étau.

    _ Vous n’espéreriez tout de même pas vous soustraire à mon service en cherchant l'appui de puissances extérieures, Tlarstzax ? Hum ?

    Il relâcha le savant qui tituba en cherchant appui sur son établi. Il se massa la gorge et croassa une justification d'urgence :

    _ Je vous jure que non, Votre Grâce...

    _ Bien. Ce n'est pas dans votre intérêt même d'envisager une telle option, vous le savez bien. Vous êtes à moi ! Quoi qu'il en soit, je n'aime pas les manières de procéder de ce Fauve : si vous aviez pu prévoir qu'elle retrouverait ses pouvoirs, nous n'en serions pas là...

    Le Savant comprenait l'allusion : le Seigneur Bestial devait avoir négocié au rabais la libération de sa fidèle. Le Prince avait dû croire faire une bonne affaire et c'était certainement cela qui le mettait en rage : le montant de la transaction aurait pu être réévalué à la hausse s'il avait eu connaissance de cet élément durant les négociations. Encore de la frustration...

    _ Donc, vous allez vous débrouiller pour me la faire suivre le plus discrètement possible et trouver pourquoi cet Animal s'intéresse tant à l'humaine. Et également comment faire en sorte de lui faire payer sa détestable malice. Mais ne vous faites pas repérer surtout. Engagez des mercenaires par l'intermédiaire d'un tiers. Je me suis bien fait comprendre ?

    _ A vos ordres, Votre Altesse, acquiesça Tlarstzax d'une voix étranglée.

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 Sujet du message: Re: Exégèse du pouvoir : la Rêveuse d'Âmes
MessageMessage posté...: Jeu 15 Jan 2015, 04:44 
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La Légende des Rêveurs



Genèse


    Il était une fois un peuple béni. Ce peuple avait reçu le don unique de Rêver à l'instar du Créateur et on les nommait les Rêveurs. Toutes les nuits, ils se rassemblaient pour rêver de concert en regardant le ciel. Et les rêves de ce peuple se dressaient dans les nuages du ciel y dessinant mille merveilles qui les ravissaient eux et leurs amis les animaux.

    Tous les matins, les animaux venaient taquiner les Rêveurs pour qu'ils émergent de leurs songes, se réveillent et jouent avec eux sur les terres du Créateur. Et ils riaient et couraient ensemble jusqu'au crépuscule. Alors les Rêveurs s'asseyaient en cercle et berçaient les bêtes incapables de rêver, de merveilleux songes qui animaient le ciel.

    Mais un funeste matin les Rêveurs, fascinés par leurs rêves refusèrent de se réveiller. Leurs amis animaux ne parvenaient plus à approcher d'eux comme si un mur invisible s'était érigé entre le Cercle des Rêveurs et la forêt. Alors ils les appelèrent : ils bêlaient, bramaient et bêlaient encore, mais rien ne sembla les atteindre...

    Les animaux les regardaient attristés sans pouvoir rien y faire. Ils venaient autour du cercle et bramaient leur tristesse de ne plus voir les humanoïdes jouer avec eux. Ils avaient aussi peur pour leurs amis humanoïdes car leurs corps allait dépérir s'ils ne se nourrissaient pas. C'était affreux de les voir se dessécher jour après jour sans pouvoir rien faire.

    Des jours et des nuits se succédèrent sans que les Rêveurs ne se réveillent. Le ciel était perpétuellement en mouvement, modelé par les rêves des Rêveurs et la forêt qui ne connaissaient plus de répit fut tourmentée par le ciel remuant des Rêveurs. Le tourment de la forêt énerva les plus jeunes parmi les bêtes. Certains devinrent agités, agressifs et commencèrent à se mordre et à se griffer. D'autres se jetaient sur le mur invisible des Rêveurs pour le déchiqueter...

    Pris de pitié, les plus sages parmi les espèces désignèrent une poignée de champions qu'ils envoyèrent en mission afin de trouver une solution.

    Ils s'enfoncèrent au plus profond de la forêt pour aller demander conseil auprès du Vieux Banian. Cet arbre gigantesque était réputé pour son savoir incomparable.

    Le Vieux Banian leurs dit qu'il n'y avait rien à faire. La volonté des Rêveurs de continuer à rêver devait être respectée. Mais les animaux ne purent se résoudre à sa sage conclusion : trop des leurs souffraient.

    Puisque le vieil arbre n'avait pas voulu les aider, ils décidèrent d'aller voir le plus grand de tous les animaux : le Père Diplodocus.

    Ils le cherchèrent dans toute la jungle et finirent par le trouver au milieu d'une gigantesque clairière qu'il avait broutée entièrement depuis le matin. Ils lui demandèrent de briser le Cercle. Car sa force était réputée insurmontable.

    Mais le Père Diplodocus leurs dit que la force ne servirait à rien pour résoudre leur problème car il ne relevait pas du défi physique.

    Les animaux ne se découragèrent pas et s'en allèrent aux confins de la jungle jusqu'aux Landes Désolées afin de consulter le Grand Vautour.

    On disait de lui qu'il savait tout sur l'au-delà et qu'il aidait les âmes à passer. Peut-être savait-il comment ramener les âmes des Rêveurs dans leur corps ?

    Le Grand Vautour leurs dit que le Rêve n'était pas la Mort et qu'il ne s'occupait pas des âmes des Rêveurs, seulement de celles des animaux. Il ne pouvait donc pas non plus les aider.

    Mais il leurs dit également qu'une seule créature pouvait leurs venir en aide : au cœur des Landes Désolées vivait un très ancien dragon qui était réputé pour son pouvoir de Rêver. Il leurs dit qu'il était l'origine du monde et que ses Rêves à lui étaient ce qui fabriquait leur belle forêt.

    La contrée était terrifiante mais les champion ne se découragèrent pas. Ils devaient sauver leurs frères et libérer les Rêveurs pour ramener les choses à la normale !

    Ils allèrent et trouvèrent le Vieux Dragon. Dans une caverne, le Grand Vers était enroulé paisiblement et il dormait. Avec douceur, ils le réveillèrent et lui demandèrent de libérer leurs amis Rêveurs de leur rêve. Le Grand Dragon d'abord agacé d'avoir été privé de son Rêve, saisit leur désarroi. Il jugea leur cause et accepta d'accéder à leur requête. Lorsque ce fut fait, il leurs dit de rentrer et de ne jamais plus troubler son sommeil car tout de lui dépendait...

    Les champions, ravis, rentrèrent dans leur forêt pour fêter l'accomplissement de leur mission et leurs retrouvailles. Mais ce qu'ils virent à leur retour était fort triste : les Rêveurs, privés de leurs rêves étaient devenus aigris. Leurs amis n'étaient plus leurs amis.

    D'avoir été tirés de leurs rêves les rendit coléreux, irritables. Ils ne voulaient plus jouer et s'étaient mis à repousser les bêtes et à les frapper jusqu'à en tuer certaines. Les Rêves les avaient changés : ils étaient devenus mauvais et pervers.

    La vie avec les Rêveurs devint vite impossible et les sages parmi les animaux, renvoyèrent les champions vers le Grand Dragon Rêveur afin qu'il apaise les Rêveurs.

    Sans se soucier de l'avertissement du Grand Dragon, les Braves traversèrent à nouveau les Landes Désolées jusqu'à l'antre du Grand Dragon pour demander réparation.

    Le Grand Dragon s'éveilla de fort mauvaise humeur mais, puisqu'il était réveillé, accepta de considérer leurs doléances et de chercher une solution. Il leurs expliqua que les rêves des Rêveurs avaient touché ce qu'il y avait de pire : ils s'étaient tant éloignés de leur essence terrestre qu'ils avaient perdu le sens des réalités et ouvert une brèche qui les conduiraient à la Folie. Et leur folie risquait d'abimer son monde, dont il était le Créateur et le Garant. Il regrettait amèrement de leur avoir donné le don du Rêve, un pouvoir semblable au sien ainsi que le Ciel pour Substance à leurs Rêves.

    Le Grand Dragon rendit alors son jugement : il dit aux Champions des animaux d'aller trouver les Rêveurs et de leurs annoncer sa décision.

    Les Rêveurs seraient privés de leur pouvoir de Rêver le Ciel s'ils choisissaient de rester en ce monde qui était le Sien. Et à ceux qui choisiraient l'exil, il leurs donnerait le Ciel tout entier qu'il sépara définitivement de la Terre, mais leurs reprendrait leur chair, leur seule pierre d'achoppement, qu'ils avaient trahie.

    Et il dit aux champions qui étaient si tristes à l'idée de perdre leurs amis Rêveurs ou leurs Rêves dans le Ciel que si ces derniers changeaient d'avis et voulaient revenir, ils le pourraient en empruntant les Cercles qui avaient causé leur perte et ils seraient alors doux et généreux comme auparavant mais seraient privés définitivement de leur don pour le Rêve.



    Le Roi et le Diable


    Parmi les Rêveurs, certains choisirent de faire amende honorable et d'abandonner leur don de Rêve car ils avaient entrevu l'émergence future de la Folie. Les autres n'écoutèrent que leur avidité pour les merveilles du Ciel et abandonnèrent leur corps pour rejoindre leurs Rêves en maudissant le Grand Dragon.

    Les Rêveurs bannis purent ainsi vivre pleinement leur Création. Et le Ciel qu'ils habitaient devint très vite un festival de Songes tous plus magnifiques et biscornus les uns que les autres. Ils rêvaient et rêvaient encore sans plus de corps pour les ralentir ou de miaulements pénibles pour les arrêter...

    Ils se bâtirent des songes mouvants qui changeaient sans cesse d'aspect explorant toutes les configurations possibles et imaginables. Ils n'avaient plus de limite !

    A mesure qu'ils se développaient, qu'ils repoussaient les frontières de la réalité par leurs rêves, vint un moment où ils ouvrirent leur monde à la Folie. Les limites de la réalité qu'ils déchiraient sans cesse furent livrées aux quatre vents du Royaume Lointain et toutes sortes de créatures, d'aberrations de toutes sortes envahirent leur grand Ciel devenu si riche.

    Au début, ils accueillirent ce Vent de Folie qui apportait avec lui de nouvelles inspirations mais bien vite, ils se rendirent compte que leurs Rêves disparaissaient, dévorés par le Royaume Lointain et ses créatures. Le Monde de la Folie drainait la Vie de leur monde-ciel et petit à petit grignotait tout ce qu'ils bâtissaient, absorbant l'essence même de leur Ciel bien-aimé.

    Il fallait trouver une solution. Mais les Rêveurs avaient beau rêver et rêver encore toutes sortes de possibilités, rien ne pouvait résister aux configurations oniriques improbables du Royaume Lointain.

    Alors le Roi des Rêveurs bâtit un songe complexe afin de trouver un appui extérieur qui protègerait leur monde de la dévastation. Et il trouva sa solution : Une âme puissante lui prêta une oreille attentive, écoutant les malheurs de son peuple. C'était un Diable puissant et il disposait de la magie dont les Rêveurs auraient besoin.

    Le Roi des Rêveurs et le Diable passèrent un contrat : l'Infernal devait les aider à stabiliser leurs songes et leurs conférer la solidité qui faisait défaut à leur Monde-Ciel. Les Rêveurs n'avaient rien à opposer à la voracité du Royaume Lointain car ils n'avaient jamais rien créé qui soit durable depuis qu'ils avaient perdu leurs corps. Et ils en étaient incapables. En échange, le Diable demanda qu'ils rêvent pour lui des horreurs qu'il emploierait dans ses conquêtes infernales...

    C'est ainsi que le Diable les aida à bâtir le Royaume : les rêveurs rêvaient et le Diable fixait leurs créations. Ils forgèrent tout un monde, s'appliquant à choisir des Rêves qui leurs plaisaient car ils savaient qu'ils resteraient à jamais et, bien que cette idée leurs paraissait incongrue, elle se montra finalement satisfaisante. Ils pouvaient ainsi contempler leurs créations plus longuement.

    Le Diable n'avait pas menti : peu à peu, les Vents du Royaume Lointain diminuèrent en intensité. Quant aux créatures aberrantes, elles furent dévorées par les créations des Rêveurs auxquelles le Diable s'empressait de donner corps, tant il en était satisfait. Le Roi lui-même forgea la plus terrible de ces créatures de Rêve : il s'agissait d'un Sombre Dragon Mort-Vivant qui était l'exact reflet inversé du Grand Dragon des Landes Désolées du monde-jungle.

    Et tandis que le Royaume Lointain battait en retraite, le Diable continuait de stabiliser petit à petit chaque rêves des Rêveurs. Et finalement, sans s'en rendre compte, les Rêveurs finirent par ne plus avoir de Ciel pour exprimer leurs rêves : tout était figé !

    Le Diable, qui avait pu constater le potentiel des Rêveurs, les avait ainsi capturés transformant ce qui devait être leur Salut en Prison. Il comptait les utiliser à son profit : au compte-goutte, il brisait un peu de fixité libérant un peu de Ciel afin d'abreuver l'avidité des Rêveurs ensommeillés. Soit pour son amusement soit pour les utiliser et canaliser leur don pour créer des créatures et des sorts improbables pour châtier ses ennemis infernaux ou démoniaques.

    Il tenait le Peuple des Rêveurs sous sa coupe et exigeait d'eux des rêves bien spécifiques en échange des miettes de Ciel qui leurs permettaient de conserver un semblant d'existence...



    La revanche des Rêveurs



    Durant des millénaires, le peuple des Rêveurs resta captif de la servitude que lui avait imposé le Pacte. Le Diable avait pris ses quartiers dans le monde merveilleux bâti par les Rêveurs. Il en avait fait sa demeure, le centre à partir duquel il fomentait ses plans de conquête.

    Mais un jour, le Diable, pris en tenaille par la Guerre du Sang et les intrigues infernales, subit un terrible revers de fortune. La nécessité lui fit commettre l'imprudence de relâcher un peu trop de fixité au sein du Ciel des Rêveurs. Il avait espéré ainsi gonfler rapidement ses effectifs en prévision d'une guerre. C'est alors que le Roi Rêveur qui avait conclu le pacte, profita de l'opportunité pour tisser un Rêve qui reprendrait le contrôle des Créatures que son peuple avait créé pour le compte du Diable.

    Le Diable qui avait bâti son empire sur les Plans en s'appuyant sur les créations fantastiques des Rêveurs fut pris au dépourvu. Son armée de fiélons fut acculée et tandis que les créatures le submergeait, le Diable n'eut d'autre choix que de briser le sortilège qui leurs avaient donné corps.

    La marée de Créatures s'effondra en même temps que des pans entiers du Royaume. Le monde qu'il avait forgé fut secoué de soubresauts. La fluidité du Ciel lui fut rendue aux abords du Champ de Bataille et de cette brèche ouverte dans leur prison, les Rêveurs jaillirent.

    Ils se déchaînèrent contre le Diable, libérant tous les songes les plus terribles qu'ils lui réservaient et qu'ils n'avaient pu exprimer durant si longtemps. Un cataclysme balaya le Royaume renversant des pans entiers du Ciel-monde stabilisées.

    Le Diable dû battre en retraite devant ce vent de chaos. Et tandis qu'il s'enfuyait vers les Enfers où était sa véritable place, il maudit le Roi et son Peuple jurant qu'il aurait sa revanche. Les Rêveurs avaient enfin repris possession de leur monde !



    L'avènement du Prince


    Les Rêveurs à nouveau libres se mirent à rêver à bâton rompu. Toute la frustration de la fixité multimillénaire imposée par le Diable les avait affamés d'envie de rêver. Et le déchaînement de leurs rêves se mit à ronger ce qui était encore stable.

    Et si ce qui était stable venait à s'affaisser, le Royaume Lointain gagnerait à nouveau du terrain et finirait par engloutir leur monde-ciel...

    Le Roi invita son peuple à la modération et au début, ils parvinrent à se restreindre. Mais leur nature était chaotique et curieuse : aiguillonnés par le manque et l'avidité de rêver, ils finirent par retrouver leurs travers et ce qui était encore solide se mit à s'affaisser...

    Et le vent de folie du Royaume Lointain se remit à souffler, menaçant de déferler sur le Ciel bercé des Rêves endiablés des Rêveurs.

    Le Roi devait trouver une solution. Il avait un fils. Il était le plus formidable des Rêveurs après lui-même. Ils décidèrent ensemble de tisser un Rêve qui établirait des limites aux Rêves de leur Peuple. Ils sacrifièrent leurs propres Rêves pour maintenir leur peuple dans des limites qui ne détruiraient pas leur monde. Et ils y parvinrent. Durant un temps...

    Afin de brider leur peuple, ils invoquèrent un linceul onirique sur leur monde. Un linceul d'oubli que l'on nommerait plus tard les Limbes des Songes. La couverture était semblable à un désert, un désert de sable rosâtre, qui maintenait en sourdine le pouvoir des Grands Rêveurs...

    Les Grands Rêveurs étaient parfois agités : ils produisaient des ondes appelées Vagues de Songes qui secouaient tout sur leur passage et bousculaient les Limbes des Songes.

    Des restes de l'Ancien Royaume émaillaient le monde du Prince comme de petits îlots de stabilité. Un Pigeonnier par ci, une Mer par là, un Arbre à Solutions, vestige d'un songe oublié poussant au milieu de nulle part...

    Les Vagues de Songes ne pouvaient pas modifier ces vestiges du passé mais elles soufflaient parfois très forts sur les Limbes des Songes. Les Grands Rêveurs secouaient les barreaux de leur cage, ce linceul appelé Limbes des Songes cherchant un moyen de prendre leur revanche sur le Prince qui les avait trahi et qui les empêchait de Rêver tout leur saoul.

    Mais le Diable, en battant en retraite n'était pas parti sans laisser un présent empoisonné au peuple des Rêveurs : sa malédiction avait pris possession du Prince, la prunelle des yeux du Roi, et modifia son comportement.

    Le Prince sous l'influence de ce Rêve pour la sauvegarde de son peuple, devint un Rêveur vicieux et calculateur : ses manœuvres machiavéliques prenaient à revers les rêves des autres Rêveurs. Plus que les tenir dans des limites acceptables, il était devenu avide de posséder leurs rêves, avide de les manipuler. Et son talent était incomparable.

    Bientôt, il finit par tenir dans sa coupe tous les rêves des autres Rêveurs. Et le seul rêveur qui se dressait encore entre lui et le contrôle total était son père, le Roi des Rêveurs.

    Mais le Roi était terriblement puissant, le Prince n'avait aucune chance de l'asservir par le Rêve. Du moins frontalement...

    Le Prince concocta un Labyrinthe de Rêve à la mesure du monarque : dans un songe particulièrement élaboré et vicieux, il retourna sa plus puissante création, la Dracoliche, reflet déformé du Grand Dragon Rêveur Primordial. Elle était si puissante qu'elle avait échappé à la dissolution lorsque le Diable avait abattu le sortilège qui animait les Créatures des Rêveurs.

    Le Dragon Mort-Vivant avait un appétit féroce : il dévorait les créatures, les songes et même les pensées. C'était une Création de Destruction absolue. Après la défaite du Diable, le Roi qui était effrayé par sa Création si puissante que le Diable lui-même n'avait pu la dissoudre, avait décidé de l'enfermer dans un Labyrinthe de Rêve inextricable au beau milieu de la Grande Mer, un vestige de l'Ancien Royaume épargné par la destruction.

    Grâce à son habileté, le Prince parvint à relier le destin de son Père à sa Création : la bataille de Rêve pour l'amener dans son piège dura plus d'un millénaire mais finalement, le Roi se retrouva confronté directement à la Dracoliche qui avait toutes les raisons de vouloir le détruire.

    Le Prince scella les deux créatures les plus puissante de son monde au sein d'une Cage de Rêve qui enserrait la prison onirique que le Roi avait conçue pour la Dracoliche. Les deux créatures furent emprisonnées dans un jeu de mutuelle destruction qui durerait jusqu'à la fin des Temps. Le Roi Rêvait pour défendre sa peau tandis que la Dracoliche le traquait dans ses songes en dévastant toutes ses créations...

    Le Prince tenait enfin sous sa coupe la totalité de son Peuple incontrôlable. Mais il se rendit compte que les maintenir dans l'impuissance l'empêchait lui-même de Rêver ses propres Rêves...

    Il lui fallait une prison qui lui laisse le champ libre. Il lui fallait quelque chose d'assez solide pour tenir en échec les Grands Rêveurs.

    Il décida alors de se mettre en quête du secret du Diable pour stabiliser les rêves. Il fit appel à toutes sortes de créatures savantes parmi les plans en s'évertuant à ne pas éveiller la curiosité des Enfers où le Diable devait attendre sa revanche. Et à force de persévérance, il finit par reconstituer les éléments du sortilège.

    Mais le Rêveur avait encore sous-estimé la rouerie du Diable : l'Infernal qui savait tenir des intrigues sur le long - très long - terme, était convaincu que les Rêveurs chercheraient un jour à retrouver le pouvoir de stabiliser leur monde. Ils étaient les fils du Songe dans les Nuages : comment pouvaient-ils seulement parvenir à saisir l'essence de la stabilité ?

    Le Diable s'était arrangé pour semer des indices qui ne demandaient qu'à être recueillis et qui devaient conduire au sortilège qu'il avait utilisé. Mais dès qu'un Rêveur tenterait de l'appliquer à ses rêves, il serait scellé lui-même par son propre rêve qui le figerait et l'empêcherait de Rêver à nouveau...

    Le Prince, afin d'expérimenter le fruit de ses recherches, décida de commencer par se rêver une demeure : il s'imagina un château gigantesque aux formes torturées. Et il déclencha le piège du Diable. La revanche du Diable fut consommée...

    Malgré lui, le Prince devint son château et le château devint lui. Une prison éternelle qui l'empêchait de se Rêver autrement que par sa demeure et pour sa demeure. A tout jamais.



    Le Roi et le Sorcier


    Il était une fois un sorcier curieux qui rêvait d'approcher des limites auxquelles même les dieux n'osaient se frotter. Il devait être courageux ou bien déjà cinglé et un jour orageux il s'est envolé vers d'autres cieux...

    Il atterrit on ne sait comment dans un grand désert de sable rose et blanc. En cherchant son chemin vers son destin, il parcourut ces Limbes des Songes et parvint un beau matin aux abords d'une grande mer. Rencontrant un arbre vénérable qui donnait des solutions, le magicien misérable lui posa sa question.

    Comment quitter cet endroit ? Lui qui avait tant cherché autrefois, en avait assez d'errer. Il voulait un toit il voulait rentrer. Il rêvait d'un chez soi où il pourrait se reposer. Les Limbes des Songes étaient riches en aventures mais si curieuse que soit votre nature, des années durant perdu nulle part ça vous ronge...

    Et ce n'était pas de tout repos la vie de nomade ! Sur le dos d'un chameau à huit pattes qui gambadent et une truffe de rat en guise de museau. Tout était différent et fascinant mais à un moment donné on finit par vouloir s'en émanciper.

    L'Arbre à Solution lui souffla qu'il trouverait sa réponse au-delà. Au-delà de lui et de la mer, loin, une île y avait fait son lit, là résidait le Père. Et le sorcier s'embarqua pour un périple hasardeux. Il l'avait décidé, c'était comme ça : une autre idée ? Il n'avait guère mieux...

    Après une longue traversée monotone, il posa le pied sur un îlot atone. Une lande désolée, plate ou déchiquetée prisonnière d'ombres et de vilain reflets. Un chouette accueil pour sa future sortie : dans quel écueil s'était-il cette fois enfoui ?

    Jailli du néant, un sentier arc-en-ciel l'invita céans sur une voie providentielle. Il le mena au loin, près d'un mont calciné : sympa le coin... Mais quel péril, Ô diable, s'y tramait ?

    Une créature presque humaine se matérialisa : une mine hautaine, le corps bien droit, la livrée bien taillée et des bijoux de famille, clairement l'estampille d'un fier roitelet. Ils se saluèrent poliment et devisèrent un peu de la pluie et du beau temps.

    Et de beau temps, il n'y avait pas souvent en ces lieux maltraités car un terrible tourment y était enferré. C'était son tour de Rêver, lui dit le roi, mais à la nuit tombée, surgirait l'effroi : tout ce qu'il bâtissait le jour finissait toujours par disparaître, inévitablement terrassé au prochain tour de la bête la plus traître.

    Un Roi déchu qui pouvait créer ce qu'un Dragon mouru aimait à bouffer...

    Ainsi révéla-t-il son malheur au Sorcier qui bien plus tôt qu'à son heure rencontra le Mal sus-cité. Et de l'arbre des solutions-à-la-con et du cycle infini de ce duel abscons, le sorcier à la fin choisi son camp et rejoint le monarque désespérant. Il faut dire qu'une Dracoliche c'est convainquant lorsqu'elle veut vous bouffer les miches et se servir de vos tibias comme cure-dent...

    Le Roi s'évertua donc à soustraire le mortel au regard de la Bête, le temps que le Magister leurs trouve une pirouette à tous les deux pour prendre la poudre d'escampette. Une tâche plus délicate qu'il n'y paraissait et qui tenté à la hâte ne pouvait pas passer...

    Le Souverain le prévint aussi qu'il ne tolérerait point de le voir partir d'ici. Il avait été très clair : il était prisonnier, condamné à libérer Sa Majesté ou à partager son éternel Enfer...

    Le Sorcier apprivoisa peu à peu son environnement : du Roi et ses talents, là résidait l'enjeu, la clé de leur victoire. Il fallait être patient car tapi dans le noir, le Dragon surveillait férocement. Il mêla ses connaissances aux dons du Seigneur et modifia ainsi l'essence des assauts du Destructeur. Et par la même occasion, lui le petit Malin, il s'assura d'une option pour fausser compagnie au Souverain.

    D'après ses souvenirs qui étaient déjà lointain, le sorcier fit revenir son île sur ce vil terrain. Sa combine consistait à détourner en corruption les dons de destruction du Dragon. Ainsi il fit forger une île par le Roi qui ressemblait à la sienne, sur laquelle il rappela le vieux toit de sa maison terrienne. Sa Gemmaline qui aimait à se tordre en Gemmaliche, sous les coups du désordre de la Dracoliche.

    Il fit promettre au Roi de dissimuler au fond des bois sa Maison nouvellement formée. Et dans son laboratoire il s'enferma avec le secret espoir de foutre le camp de là.

    Longtemps après ce ne fut pas le fait de l'Arbre mais il la trouva : la solution à graver dans le marbre grâce à laquelle il fuirait cet Enfer-là. Il invoqua grâce au Roi, une créature de la Folie et la persuada courtois, de l'aider à forger un sauf-conduit. Un passage entre ce monde et sa terre natale qu'il pourrait emprunter sans l'aval royal, pour rentrer y faire escale ou s'en revenir ici lorsque là-bas il s'y sentirait mal.

    L'étrange créature accepta de l'aider à la condition qu'il accepte de l'aimer en contrepartie. C'était une étrange conception que l'on puisse échanger sentiment ressenti comme lors d'une transaction quelque sac d'or bien rempli. Mais soit ! Le Sorcier en avait ras la coupe du Roi, de la Dracoliche et de toute sa troupe. S'il fallait en passer par un amour impossible pour que reprendre sa vie en main devienne enfin plausible, il était prêt à risquer le coup. Et il se savait assez malin pour concocter un moyen plus tard de se dégager du traquenard que lui proposait l'Avatar de l'amour Fou.

    Et c'est ainsi qu'il abandonna le Suzerain à son éternel supplice, oubliant vite combien il lui était redevable de sa fuite libératrice. N'avait-il pas déjà un autre chat à fouetter ? Un "chat" qui se disait vouloir l'aimer, lui, le sorcier frappé qui s'était "peut-être" enfin échappé...

    Ou pas...

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Elifern, la femme-bête
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